Monnaies

Le dollar reste une arme politique puissante

L’euro occupe certes une part grandissante dans les paiements internationaux. Mais le billet vert demeure un instrument politique et économique puissant pour sanctionner les ennemis de l’Amérique

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. En 2015, 43,9% des paiements domestiques et internationaux étaient effectués en dollars. En 2017, 39,9%. Sur la même période, la part de la monnaie européenne est passée de 29,4% à 35,7%, les trois autres devises les plus utilisées étant l’an dernier la livre sterling (7%), le yen (3%) et le renminbi chinois (1,6%).

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Autant dire que face à l’euro, le dollar sous Trump perd progressivement sa superbe et selon Marie Owens Thomsen, cheffe économiste d’Indosuez Wealth Management (Genève), ce processus devrait se poursuivre. «Le président américain fait fausse route en misant sur l’industrie manufacturière alors que les services, 80% du produit national brut américain, ont un potentiel de croissance quatre fois plus fort, explique-t-elle. Son choix n’est pas optimal en termes d’allocation des ressources.» Si l’économiste devait investir un kopeck, elle éviterait les Etats-Unis.

On donne de l’argent à ceux qui en ont déjà beaucoup. Les baisses d’impôt sont efficaces lorsque la conjoncture est faible. Ce qui n’est pas le cas pour les Etats-Unis

Marie Owens Thomsen, cheffe économiste d’Indosuez Wealth Management

L’économie américaine demeure pourtant parmi les destinations favorites des investisseurs. «Ces derniers ont un a priori favorable pour les Etats-Unis, au détriment de la zone euro, analyse Marie Owens Thomsen. Ce biais est injustifié.» Selon elle, même les cadeaux fiscaux accordés aux entreprises par le président Trump ne produiront qu’un faible effet multiplicateur. Elle ajoute: «On donne de l’argent à ceux qui en ont déjà beaucoup. Les baisses d’impôt sont efficaces lorsque la conjoncture est faible. Ce qui n’est pas le cas pour les Etats-Unis.»

Chris Gannatti, directeur de la recherche du fonds d’investissement WisdomTree, basé à Londres, n’est pas sur la même longueur d’onde. Il croit dans la bonne santé de l’économie américaine et la force du dollar. «La dette colossale américaine? Elle n’est pas un facteur rebutant, s’exclame-t-il. Ce n’est pas un problème nouveau et de nombreux pays se trouvent dans la même situation.»

L’euro, monnaie de cohésion

Chris Gannatti reconnaît que le rôle de l’euro augmente sur la scène internationale. Introduit en 1999, il est la monnaie courante de 340 millions d’habitants. «Mais la crise italienne actuelle, comme celle de la Grèce en 2011, mine sa crédibilité, dit-il. Ce n’est qu’à long terme que la monnaie européenne atteindrait le même statut que le dollar.»

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En réalité, l’UE n’a jamais caressé l’ambition de faire de sa monnaie un instrument politique. Dans son édition du 27 mai dernier, le Financial Times relève que les Etats-Unis ont utilisé la suprématie du dollar pour isoler de nombreux pays (Iran) ou des personnalités (russes) de marchés financiers. A l’inverse, les ennemis des Américains veulent eux miner le dollar. L’Iran par exemple, qui refait l’objet des sanctions américaines, a annoncé le mois dernier vouloir exclure le billet vert de ses transactions internationales et adopter l’euro comme alternative.

«L’euro est certes devenu la deuxième monnaie internationale, mais il joue un rôle marginal sur d’autres plans, écrit son chroniqueur Wolfgang Münchau. En 2016 par exemple, sa part dans les réserves de devises était de 20%, contre 64% pour le billet vert.» Le fait est que la promotion du rôle international de la monnaie européenne ne figure nulle part dans le traité fondateur de Maastricht de 1992. Elle a été pensée plutôt comme un instrument de cohésion que de puissance.

Le renminbi, monnaie du futur

Puis, il y a la montée en puissance du renminbi. La Chine, premier exportateur mondial, devant l’Union européenne et les Etats-Unis, ne cache pas son ambition d’en faire une monnaie internationale. Pour passer de la parole à l’acte, elle a signé un premier accord en 2014 avec la Russie pour livrer le gaz pour 400 milliards de dollars sur trente ans, payables en roubles ou en renminbi. Chris Gannatti est lui prudent et ne croit pas à l’ambition chinoise, du moins à court terme. «Pékin ne pourra pas l’imposer avant que son marché des capitaux ne soit totalement libéralisé.»


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