Peut-être est-ce sa prédilection pour le karaté qui fait de Dominic Raab un cogneur de la politique britannique. Ceinture noire dans cette discipline, le voici engagé dans un combat auquel il ne s’attendait pourtant pas jusqu’à lundi soir. Lorsque Downing Street annonce que Boris Johnson a vu son état de santé se détériorer au point d’être transféré aux soins intensifs, le ministre des Affaires étrangères reçoit la tâche de le remplacer «là où ce sera nécessaire».

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L’ordre constitutionnel britannique ne prévoyant pas une hiérarchie fixe de succession en cas d’incapacité ou de décès du premier ministre, c’est un titre honorifique conféré par Boris Johnson à Dominic Raab – celui de «premier secrétaire d’Etat» – qui fait de ce dernier le chef du gouvernement de facto du Royaume-Uni.

Stratégie du coup d’éclat

A 46 ans, cet avocat de formation doit ainsi assurer la gestion des affaires courantes tout en maintenant l’union nationale en pleine crise sanitaire. Un rôle inédit pour cet homme déterminé, direct – cassant selon ses contradicteurs –, plus habitué à la stratégie du coup d’éclat que de la main tendue.

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Fonctionnaire au Ministère des affaires étrangères, ce fils d’un émigré tchèque de confession juive a notamment participé à la traque de criminels de guerre comme Slobodan Milosevic, Radovan Karadzic ou Charles Taylor. Elu député en 2010, il s’affiche en héritier de Margaret Thatcher. Mais il se fait connaître du grand public lors d’une altercation avec Theresa May, alors ministre de l’Intérieur, lorsqu’il qualifie certaines féministes de «fanatiques insupportables». La saillie aurait pu lui coûter cher. Elle lui permet de se faire connaître à droite du Parti conservateur, où son euroscepticisme séduit.

L’inimitié pour Theresa May

D’abord nommé à un poste mineur par David Cameron, Dominic Raab entre dans le cercle des figures de premier plan grâce au référendum de 2016 sur le Brexit. Theresa May, qui n’a rien oublié de leur inimitié passée, lui confie différentes fonctions dans son cabinet avant d’en faire son «Mr. Brexit» en tant que secrétaire d’Etat à la Sortie de l’Union européenne en juillet 2018. Quatre mois plus tard, il démissionne en dénonçant la stratégie de négociation de la première ministre avec Bruxelles. Un coup mortel qui contribuera à la chute, l’année suivante, de Theresa May.

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S’il convoite alors sans succès la tête du Parti conservateur, Dominic Raab rejoint néanmoins le gouvernement de Boris Johnson avec enthousiasme en tant que ministre des Affaires étrangères. Les deux hommes partagent la même vision d’une approche dure face à l’Union européenne, d’une alliance renforcée avec les Etats-Unis et d’une réforme radicale de l’appareil d’Etat. Autant de projets pour l’heure suspendus aux bulletins de santé du premier ministre.