Au lendemain de l’attentat perpétré à l’aéroport de Moscou-Domodedovo, plusieurs pistes se croisent et se contredisent.

Selon les premiers éléments de l’enquête, c’est un homme «d’une trentaine d’années et d’apparence arabe» qui aurait déclenché la bombe dans le hall des arrivées internationales de l’aéroport moscovite de Domodedovo, qui a fait, selon le dernier bilan (peu sûr), 35 morts et près de 200 blessés lundi (lire LT du 25.01.2011). Mais selon de nouvelles sources cités par l’agence RIA Novosti, ce serait plutôt «une femme kamikaze et un complice» qui seraient les coupables, écrivent Le Parisien et El Mundo madrilène. Alors que le quotidien russe en ligne Vzgliad, cité par Courrier international, rapporte de sources policières «que l’explosion serait le fait de trois hommes qui auraient séjourné dans la région de Moscou. Le kamikaze serait un ressortissant du Caucase du Nord et aurait été aidé par deux complices. D’après Mikhaïl Grichankov, vice-président de la Commission de la Douma pour la sécurité, il n’est pas exclu que l’explosif ait été dissimulé dans un bagage de passager.»

Si les dirigeants du monde entier ont condamné cet attentat, selon l’Agence France-Presse qui recense leurs ulcérations, ce sont donc tout de même «cinq kilos qui n’ont pas été vérifiés», titre le journal économique russe Vedomosti, en référence à l’importance de la charge explosive… Le quotidien relève l’échec des services spéciaux, qui n’avaient pas d’informations concrètes suffisantes pour empêcher l’acte kamikaze, et pointe le doigt sur la corruption galopante du pays, qui serait, selon lui, la cause de l’attentat: «Le niveau actuel [de corruption] des autorités et de la police permet, malheureusement, aux terroristes de mener à nouveau ce genre d’actions.» Le quotidien libéral Kommersant soutient, lui, l’hypothèse privilégiée par les autorités russes d’un acte mené par des rebelles du Caucase, tchétchènes ou autres. Selon un député interviewé par ce journal, l’attentat pourrait être «la réponse de «l’Emirat du Caucase» [ ce mouvement qui veut rassembler les différentes factions rebelles actives dans les républiques du Caucase russe, Tchétchénie, Ingouchie, Daguestan, Kabardino-Balkarie, Karatchaïevo-Tcherkessie, district de Stavropol et Ossétie du Nord, qui agissent cependant avec une large autonomie] aux opérations antiterroristes que nous avons mené avec succès dans la région».

La très populaire Komsomolskaïa Pravda donne pour sa part la parole à des survivants, tout comme la Berliner Morgenpost, qui racontent les dernières secondes avant l’explosion: selon eux, c’est un homme mêlé à la foule, dense, de passagers et de chauffeurs de taxi, qui aurait crié «maintenant, vous allez tous mourir!» avant d’actionner sa charge explosive. Quant au journal officiel, la Rossiïskaïa Gazeta, il revient sur les déclarations du président, Dmitri Medvedev, tout particulièrement sur son blâme à l’endroit des forces de sécurité et de renseignement: «Après les attentats dans le métro [en mars 2010], nous avons pris certaines mesures», a-t-il rappelé lors d’une rencontre télédiffusée avec le ministre des Situations d’urgence. «Ce qui s’est passé indique que toutes ces mesures n’ont pas été suivies correctement.»

Le Daily Telegraph londonien et le site internet d’information russe RBC Daily, enfin, reviennent sur l’information selon laquelle les services de renseignements auraient été au courant de la préparation d’un acte terroriste à l’aéroport Domodedovo depuis quelques jours. «Puisque les fouilles, à l’entrée de l’aéroport, sont aléatoires, il est facile de faire passer de puissants explosifs dans le terminal», explique au journal un spécialiste des questions aéronautiques. D’ailleurs, selon les mesures spéciales adoptées lundi par le président Medvedev – dont les opposants craignent «une instrumentalisation de ce drame à des fins politiques», aux yeux de Libération – la fouille de toutes les personnes et de tous les bagages est désormais systématique à l’entrée des aéroports de tout le pays.