Le Temps a suivi en détail ce moment historique qu'a été le second procès en destitution d'un président américain.

Acquitté! Donald Trump peut savourer sa victoire de son club privé de Mar-a-Lago (Floride). Après un procès en destitution express, pimenté par un double coup de théâtre de dernière minute, le Sénat a jugé que l'ancien président n'était pas responsable de l'attaque meurtrière du Capitole du 6 janvier dernier.

Seuls sept sénateurs républicains l'ont reconnu coupable d'«incitation à l'insurrection». Or il fallait deux tiers des voix, et donc dix-sept républicains, pour que le verdict soit inversé et empêcher Donald Trump de se présenter une nouvelle fois. La principale crainte des démocrates n'est désormais pas qu'il vise un nouveau mandat présidentiel en 2024. Mais bien qu'il se présente, qu'il perde et qu'il sème une nouvelle fois chaos et violences par le biais de fidèles militants prêts à tout pour le soutenir. Car Donald Trump n'a pas exprimé le moindre remords.

Notre article sur le débat de ce samedi: Double coup de théâtre au procès de Donald Trump, et bientôt un verdict 

Un procès alibi?

Le verdict n'a rien de surprenant. C'est la deuxième fois que Donald Trump est blanchi d'un procès en destitution, une première dans l'histoire des Etats-Unis. Dès le départ, la probabilité de voir dix-sept sénateurs républicains tourner le dos à leur leader paraissait très faible. Malgré les lézardes apparues dans le mur républicain et les hésitations, jouées ou sincères, de certains.

Alors, a-t-ton assisté à un procès purement alibi? Les deux parties n'étaient d'accord que sur un seul point: leur volonté d'aller vite. Les républicains étaient pressés de tourner la page d'un procès embarrassant, qui met leurs divisions en exergue. Alors que les démocrates ne souhaitaient pas que les audiences n'éclipsent les priorités et l'agenda du président Joe Biden.

Le coup de théâtre survenu samedi est d'ailleurs révélateur de cette situation. L'accusation a obtenu l'audition de témoins, ce qui menaçait de prolonger le procès de plusieurs heures, jours, voire semaines. En début d'audience, Jamie Raskin, le leader de l'équipe qui menait l'accusation, a demandé à pouvoir entendre une élue républicaine de la Chambre des représentants, Jaime Herrera Beutler, «au moins une heure par Zoom».

«Plus en colère que toi»

C'est elle qui, vendredi, a divulgué le contenu de l'appel téléphonique entre Kevin McCarthy, le chef des républicains de la Chambre, et Donald Trump, le 6 janvier. Alors que Kevin McCarthy alertait le président de la gravité de l'attaque en cours au Capitole et lui demandait de réagir, Donald Trump se serait rangé du côté des émeutiers. «Eh bien, Kevin, j'imagine que ces gens sont plus en colère que toi à propos de l'élection», lui aurait-il répondu. Kevin McCarthy n'a pas pour autant voté en faveur de son impeachment. CNN a été le premier média à divulguer l'information. 

A peine la demande démocrate déposée, Michael van der Veen, un des trois avocats de Donald Trump, s'est érigé contre cette requête, avec agressivité, menaçant d'appeler à son tour de nombreux témoins, ce qui aurait pu prolonger considérablement le procès. Le Sénat a néanmoins tranché en faveur de l'audition de témoins, par 55 voix contre 45, dans une certaine confusion. Lindsey Graham, un fidèle de Donald Trump, a par exemple créé la surprise en demandant de changer son vote de «non» à «oui». Finalement, après une pause d'une heure, les deux parties ont décidé d'y renoncer. La déposition de l'élue républicaine a été lue en séance et versée au dossier.

Quant à Mitch McConnell, le président des républicains au Sénat, qui s'est distancé de Donald Trump et l'a même accusé ces dernières semaines d'avoir «provoqué» les émeutes, il a fait savoir par écrit à ses pairs quelques heures plus tôt qu'il l'acquitterait. Selon plusieurs médias, il évoque une «décision difficile» dans un message adressé à son groupe parlementaire. Dès cette confirmation connue, il devenait de plus en plus évident que le verdict ne ferait pas l'ombre d'un pli. 

«Incitateur en chef»

Lors de ce procès mené au pas de charge, l'équipe de mise en accusation composée de neuf élus de la Chambre des représentants a été pugnace et précise. Elle a étalé son argumentaire sur deux jours – elle disposait de seize heures au total – en diffusant notamment de nouveaux documents audio et vidéo des événements du 6 janvier, qui ont démontré à quel point l'attaque aurait pu se révéler encore plus meurtrière. Des assaillants voulaient «pendre» le vice-président Mike Pence, d'autres «tirer une balle dans la tête» de Nancy Pelosi, la leader démocrate de la Chambre des représentants. Il s'en est fallu de peu pour que des membres du Congrès, dans la panique et le chaos, se retrouvent nez à nez avec des trumpistes en colère et armés.


L'une des interventions de l’accusation, avec les extraits vidéo et audio


Les démocrates ont mis l'accent sur la rhétorique incendiaire de Donald Trump cultivée depuis des mois, pour alimenter la colère de ses partisans. Déjà avant l'élection, il avait averti qu'il ne pouvait pas perdre sans quelle soit «truquée». Puis, depuis la victoire du démocrate Joe Biden, il n'a cessé de dénoncer des «fraudes massives» et un «vol du scrutin», sans la moindre preuve, et malgré les décisions de tribunaux qui ont rejeté les recours des républicains. Jusqu'à ce funeste 6 janvier. Donald Trump est l'«incitateur en chef d'une dangereuse insurrection», qui a commis «la pire violation de serment présidentiel de l'histoire des Etats-Unis», insistent les démocrates. S'il avait été dépassé par les événements, il aurait dû appeler à stopper immédiatement les violences. Il ne l'a pas fait. 

Forte charge émotionnelle

«Battez-vous comme des diables!», «Stoppez le vol!», «Vous ne reprendrez jamais notre pays en étant faibles!»: durant ces derniers jours, ces mots de Donald Trump ont résonné dans l'hémicycle, sur les lieux même de l'assaut. Avec des élus à la fois juges, jurés et victimes, le procès avait une forte charge émotionnelle. Des procureurs démocrates n'ont pas réussi à cacher leurs larmes en se remémorant les événements.

La défense: «se battre» n'est pas un mot républicain

Mais pour les avocats de Donald Trump, le procès n'avait pas lieu d'être. Leur principal axe de défense était de relever qu'il était «anticonstitutionnel», leur client n'étant plus président. Il a pourtant été mis en accusation par la Chambre des représentants le 13 janvier alors qu'il était encore au pouvoir. Mardi, au premier jour des audiences, le vote sur la constitutionnalité du procès a déjà démontré les rapports de forces: seuls six républicains se sont rangés derrière les démocrates pour voter oui. 

Ensuite, la défense, qui rejette toute responsabilité de Donald Trump dans les événements, a argumenté que les discours politiques étaient protégés par le premier amendement qui garantit la liberté d'expression. Les avocats ont ressorti des images. Ou plutôt un long clip avec des extraits de discours de démocrates appelant au «combat», à «se battre». Pour démontrer qu'ils utilisent la même rhétorique que celle reprochée à Donald Trump.


Le montage républicain:


De la «vengeance politique»

Ils n'ont plaidé que pendant trois heures, conscients que les jeux étaient déjà faits. Procès «injuste», acte de «vengeance politique», «monstrueux mensonge»: les avocats ont acculé les démocrates, les accusant de ne chercher qu'à «diviser encore plus l'Amérique». Ils ne nient pas les violences survenues le 6 janvier. Mais les imputent à des «criminels», sans le moindre lien avec Donald Trump. 

Les avocats n'ont pas eu la tâche facile. Il y eut des tensions au sein de l'équipe de défense, ainsi que des mécontentements exprimés par Donald Trump au premier jour du procès. Il faut dire qu'ils ont été appelés à la dernière minute: les cinq avocats qui devaient initialement défendre l'ancien président ont décidé de le lâcher au dernier moment. Mais Bruce Castor, David Schoen et Michael van der Veen ont pu compter sur des sénateurs très proches de Donald Trump pour les aider à fourbir leurs arguments. 


Les républicains contre Donald Trump

Voici les sept républicains qui ont voté en faveur de la culpabilité de Donald Trump avec les 50 sénateurs démocrates: Richard Burr (Caroline du Nord), Bill Cassidy (Louisiane), Susan Collins (Maine), Lisa Murkowski (Alaska), Mitt Romney (Utah), Ben Sasse (Nebraska) et Pat Toomey (Pennsylvanie).



La réaction de Donald Trump: 


L'ex-président américain Donald Trump, acquitté samedi par le Sénat, a promis de «continuer» à défendre «la grandeur de l'Amérique». «Notre mouvement magnifique, historique et patriotique, Make America Great Again, ne fait que commencer», a réagi M. Trump dans un communiqué, se posant une nouvelle fois en victime d'une «chasse aux sorcières». «Dans les mois à venir, j'aurai beaucoup de choses à partager avec vous et suis impatient de continuer notre incroyable aventure pour la grandeur de l'Amérique», a-t-il ajouté, sans donner de précisions sur la façon dont il envisageait son avenir politique.

Remerciant tous les sénateurs «qui ont fièrement défendu la Constitution», il a dénoncé un procès en destitution qui n'était à ses yeux qu'«une nouvelle phase de la plus grande chasse aux sorcières de l'histoire».L'ancien président n'a à aucun moment mentionné les 7 républicains ayant voté pour un verdict de culpabilité. (AFP)