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Donald Trump, acteur majeur de la campagne des «midterms»

Jamais un président américain n’a couru autant de meetings politiques pour les élections de mi-mandat. Il lutte pour conserver la majorité républicaine au Congrès, tout en se préparant pour 2020

Il court, il court, Donald Trump. A quelques jours des élections de mi-mandat du 6 novembre, un constat s’impose: jamais un président américain n’avait participé à autant de meetings politiques. Cette frénésie s’explique par l’importance des enjeux: les démocrates pourraient retrouver la majorité à la Chambre des représentants et brouiller la deuxième partie de son mandat. Le risque est bien là: traditionnellement, le parti du président en exercice perd des sièges aux «midterm», souvent près d’une trentaine.

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Un test grandeur nature

Ces élections parlementaires sont donc un test grandeur nature pour Donald Trump, bien qu’il ne soit pas lui-même soumis aux votes. «Je ne suis pas sur le bulletin, a-t-il lâché lors d’un meeting dans le Mississippi. Mais je suis sur le bulletin, car c’est aussi un référendum sur moi.»

Une «vague bleue» va-t-elle déferler sur le Congrès, aujourd’hui en mains républicaines? Le Grand Old Party, divisé face à son président, boira-t-il la tasse? Donald Trump mouille en tout cas sa chemise. Il a été jusqu’à soutenir lundi dernier le républicain Ted Cruz au Texas. Un candidat qu’il ne porte pas vraiment dans son cœur: les deux hommes s’étaient violemment affrontés lors des primaires républicaines pour l’élection présidentielle de 2016. Mais la donne a changé: le démocrate Beto O’Rourke, la surprise de ces élections, a affolé les sondages et menacé de faire vaciller son adversaire. Du coup, Trump a rajouté le Texas dans sa liste des rassemblements «Make America Great Again» pour soutenir des candidats républicains. Et «Lying Cruz» est devenu «Beautiful Ted».

Pour le président, ces bains de foule sont aussi l’occasion de mesurer sa popularité. Et de se préparer pour 2020. D’ailleurs, lors des rallies, son attitude n’est pas bien différente que lors de sa campagne en 2016: il vocifère, s’emporte, dénonce, gesticule, se répand en accusations, imprécisions et contre-vérités. Et reste égal à lui-même. C’est ce style-là qui l’a fait élire.

Quarante jours

Dakota du Nord, Dakota du Sud, Missouri, Montana, Nevada, Kentucky, Tennessee, Mississippi, Texas, Caroline du Nord, Illinois, et bientôt Floride: Trump multiplie les déplacements. La Maison-Blanche avait déjà annoncé la couleur en août: la campagne de Trump pour les «midterm» allait s’étaler sur 40 jours, entre le 1er août et le jour de l’élection. En 2002, George W. Bush avait fait campagne pendant 33 jours pour les élections de mi-mandat; Barack Obama 36 jours en 2010 et seulement 22 jours en 2014.

La psychose liée aux colis piégés envoyés la semaine dernière à plusieurs personnalités démocrates, dont Barack Obama, Hillary Clinton, Joe Biden et George Soros, a fait monter la tension d’un cran. Donald Trump a très vite quitté le registre rassembleur pour accuser les médias d’attiser la haine et la colère. «Une grande partie de la colère que nous voyons aujourd’hui dans notre société est causée par le traitement intentionnellement inexact et imprécis des médias traditionnels, que j’appelle les Fake News», a-t-il écrit sur Twitter. «C’est devenu si mauvais et hargneux que c’est au-delà de toute description», a-t-il ajouté.

Très rapidement, des thèses complotistes agitées par des milieux proches de l’extrême droite ont surgi. Pour accuser les démocrates d’avoir eux-mêmes organisé ces colis piégés, dans le but de nuire aux républicains. Voilà qui en dit long sur l’état de la division de l’Amérique à quelques jours d’un scrutin important. Vendredi, l'auteur des colis a été arrêté. Et il s'avère qu'il s'agissait d'un républicain. 

Victoire à la Cour suprême

Le président a eu des passages à vide ces derniers mois. Les violentes critiques contenues dans le livre Fear du journaliste d’investigation Bob Woodward et la tribune anonyme publiée dans le New York Times l’ont fragilisé, alors qu’il est déjà affaibli par l’enquête du procureur indépendant Robert Mueller sur l’ingérence russe dans les élections de 2016. Donald Trump a aussi été très critiqué dans son propre camp pour sa politique de séparation des familles de migrants à la frontière.

Mais, très vite, il a repris le dessus. La confirmation, par le Sénat, de la nomination du controversé juge conservateur Brett Kavanaugh représente une importante victoire politique pour lui, lui permettant d’ancrer la Cour suprême plus à droite et de ravir ses électeurs. De derniers sondages lui attribuent par ailleurs le plus haut niveau de popularité jamais atteint. Donald Trump sait aussi profiter des tensions migratoires à la frontière avec le Mexique, alors que les démocrates hésitent sur l’attitude à adopter face à la caravane de migrants qui se dirige vers les Etats-Unis. Sa méthode: attiser la peur en dénonçant un «assaut» et annoncer le déploiement de 800 militaires à la frontière.

Conscient qu’une victoire des républicains le 6 novembre représenterait un plébiscite de rêve pour lui, il a choisi d’occuper le terrain en se concentrant sur les «wedge issues», les questions controversées qui lui permettent de galvaniser sa base électorale. Depuis 1914, le taux de participation aux «midterm» n’a jamais dépassé les 50%. La cuvée 2018 pourrait bien être différente. Tout se jouera en fait sur la capacité des démocrates et des républicains à mobiliser leur base. C’est bien là la clé de ces élections.


Des duels sous tension

Les Américains vont renouveler les 435 sièges de la Chambre des représentants et 35 des 100 sièges du Sénat

Ils sentent le vent du changement. Ou du moins, ils y croient si fort qu’ils pensent le sentir. Des démocrates se montrent très offensifs dans des Etats traditionnellement conservateurs. Parmi les duels les plus intéressants à surveiller, il y a celui qui se déroule au Texas, où le démocrate Beto O’Rourke défie le républicain Ted Cruz, pour un siège au Sénat. Ce qui paraissait encore impossible il y a peu – les démocrates n’ont pas eu de sénateur texan depuis 1988 – a basculé du côté du possible il y a quelques semaines, même si les derniers sondages semblent confirmer la victoire de Ted Cruz.

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Le 6 novembre, les Américains sont appelés à renouveler l’ensemble des 435 sièges de la Chambre des représentants, ainsi que 35 des 100 sièges du Sénat. Mais ce n’est pas tout: hors Congrès, ce sont également 6665 sièges des pouvoirs exécutif et législatif locaux qui seront renouvelés. Sans oublier les élections des gouverneurs. Elles auront lieu dans 36 Etats et trois territoires (Guam, les îles Mariannes du Nord et les îles Vierges des Etats-Unis). Trente procureurs seront aussi soumis au scrutin populaire. Les Américains devront par ailleurs se prononcer sur près de 160 référendums locaux.

Les deux Chambres sont actuellement en mains républicaines. Les démocrates ont besoin de 23 sièges pour renverser la vapeur à la Chambre des représentants, ce qui paraît jouable aux yeux de nombreux analystes. La bataille au Sénat sera par contre plus rude. Les républicains n’y règnent certes que grâce à une courte majorité de 51 voix contre 49. Mais ils n’ont que 9 sièges à défendre, contre 26 pour les démocrates.

Dans les faits, beaucoup de duels se sont transformés en référendum pour ou anti-Trump. Dans l’Etat conservateur du Texas, Sharice Davids, soutenue par Barack Obama, se démarque. Amérindienne et adepte des arts martiaux mixtes (MMA), la démocrate qui revendique son homosexualité vient bousculer l’élu républicain Kevin Yoder. Comme d’autres candidats, ce dernier se trouve en difficulté car il ne peut plus compter sur le soutien financier de son parti.

Autre exemple: la Floride. Le duel pour le poste de gouverneur entre le démocrate Andrew Gillum, maire de la capitale, Tallahassee, et son adversaire Ron DeSantis, élu à la Chambre des représentants depuis 2013, fait des étincelles. DeSantis a tenu des propos déplacés envers son concurrent noir. Il pourrait en pâtir. VDG


Fox News, moins fidèle

La chaîne renonce à diffuser systématiquement tous les meetings. Pour des raisons financières: elle perd des téléspectateurs

Pour Donald Trump, c’est une tuile. Fox News, la chaîne de télévision qui lui est entièrement acquise, vient de renoncer à diffuser la totalité des meetings électoraux auxquels participe le président américain. Pour des questions de sous. Elle continue à les retransmettre en direct sur son site internet mais ne les diffuse plus systématiquement en prime time, ce qui prive Donald Trump d’un mégaphone de taille.

Politico s’est livré le 10 octobre à quelques calculs pour expliquer la décision sur laquelle Fox News préfère ne pas trop s’épancher. Le 30 août, le meeting d’Evansville, dans l’Indiana, avait par exemple attiré 2,536 millions de téléspectateurs alors que l’émission de l’animateur Tucker Carlson, pour le coup éclipsée, attire généralement plus de 2,8 millions de fidèles à cette heure de grande écoute.

Toujours selon les sondages Nielsen décryptés par le média, en 2017, les déplacements de Donald Trump, moins nombreux, intéressaient près de 4 millions de téléspectateurs. Mais ce chiffre n’a plus jamais été atteint en 2018. Autre difficulté: la chaîne ne peut pas se permettre d’entrecouper les longs discours de Trump avec des pauses publicitaires.

En clair: même pour Fox News, Donald Trump n’est plus assez rentable. Le président, grand adepte de l’émission Fox & Friends, n’a pas pour autant de quoi s’inquiéter: peu après la publication de l’article de Politico, la chaîne s’est empressée d’annoncer la diffusion d’une interview de Trump. Il a des proches au sein de la chaîne: son actuel directeur de communication, Bill Shine, vient de la maison. Quant à Hope Hicks, qui occupait préalablement ce poste exposé avant de rendre son tablier, elle a accepté de devenir la nouvelle responsable de communication de Fox News. De quoi s’assurer de se faire toujours dérouler le tapis rouge. VDG


Près de 5 milliards de dollars

Les «midterm» 2018 risquent d’être les plus coûteuses de l’histoire américaine, selon le Center for Responsive Politics. Les dépenses pourraient pour la première fois dépasser les 5 milliards de dollars. En 1998, les coûts n’étaient que de 1,7 milliard. Ils ont dépassé les 2 milliards en 2002 et les 3,5 en 2010. Il y a quatre ans, les fonds récoltés par les candidats frisaient les 4 milliards. LT

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