Qui a dit: «Je peux vous assurer que les membres de son cabinet ne voient aucun intérêt à se rendre là-bas pour pavoiser. Il s’agit de rencontrer des chefs d’entreprise et nos homologues. Pour nous, tout tournera autour du besoin de créer des emplois et de favoriser la croissance économique américaine. […] Ce voyage sera du all business, et rien d’autre »? Réponse: Steve Mnuchin, le secrétaire américain au Trésor.

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Le chef de l’impressionnante délégation de Donald Trump à Davos annonce la couleur. La venue du président des Etats-Unis, élu sur un programme populiste et protectionniste, a pour principal but de promouvoir son programme économique «America First» et d’aider les entreprises américaines à se renforcer. C’est du moins sous cet emballage-là que le déplacement est officiellement présenté. Pour ne pas braquer son électorat de base, peu sensible aux tapis rouges, aux mondanités élitistes et aux sirènes du libre-échange.

La Suisse épinglée pour son excédent commercial

Donald Trump a surpris son monde en annonçant sa venue dans la station grisonne, lui qui avait tenu des propos anti-WEF pendant sa campagne.  Non seulement il sera là, mais il ne passera pas inaperçu. Il se déplace avec une importante délégation ainsi qu’un service de sécurité musclé qui donneront du fil à retordre aux autorités suisses.  Rien ne filtre pour l’instant sur les entretiens bilatéraux qu’il pourrait avoir. Mais les 70 chefs d’Etat ainsi que la quarantaine de responsables d’organisations internationales annoncés sont prévenus: pour approcher Donald Trump, mieux vaut d’abord lui parler affaires. Ou en donner l’illusion.  La tâche ne sera pas simple pour le président de la Confédération Alain Berset: la Suisse est épinglée par les Etats-Unis pour son excédent commercial.

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Impossible pour l’heure de savoir combien de temps Donald Trump lui-même arpentera les couloirs du WEF. Plusieurs jours? Quelques heures? Une chose est sûre: son discours est prévu vendredi 26 janvier, dernier jour du Forum. Et quatre jours avant son très attendu discours sur l’état de l’Union devant le Congrès américain. Si Donald Trump lui-même pourrait être difficile à approcher, ses ministres représenteront pour les participants l’équivalent de précieuses prises sur un mur d’escalade.

Un secrétaire d’Etat marginalisé

Outre Steve Mnuchin, Donald Trump sera accompagné de son secrétaire d’Etat Rex Tillerson, des ministres du Commerce, du Travail, des Transports et de l’Energie, Wilbur Ross, Alex Acosta, Elaine Chao et Rick Perry. Kristjen Nielsen, la nouvelle ministre de la Sécurité intérieure, sera également présente. Tout comme son prédécesseur John Kelly, devenu secrétaire général de la Maison-Blanche, le conseiller à la Sécurité nationale, le général H. T. McMaster, et Gary Cohn, ex-banquier de Wall Street qui dirige désormais le Conseil économique national. Sans oublier Jared Kushner, l’omniprésent gendre, ainsi que quatre hauts fonctionnaires, dont l’un actif dans le domaine du contre-terrorisme.

Voilà qui prouve que tout ne devrait pas tourner autour du monde des affaires. Mais à y voir de plus près, la délégation n’est pas des plus homogènes. Elle a ses maillons forts et ses maillons faibles. Le ministre des Affaire étrangères Rex Tillerson, par exemple, est marginalisé. Des rumeurs d’éviction surgissent à intervalles réguliers le concernant. Tout comme le nom de son possible successeur: Mike Pompeo, le patron de la CIA.

Alors que la polémique autour du mot «shithole» agite ces jours la planète entière, Rex Tillerson était, à l’automne, au cœur d’une controverse parce qu’il aurait qualifié le président de «moron», traduisible par crétin, en marge d’une réunion du Pentagone. Il a dû convoquer la presse pour exprimer publiquement son soutien à Donald Trump. Le sénateur républicain Bob Corker, présent à Davos avec six autres membres du Congrès, a dans le Washington Post été jusqu’à parler de «castration» par le président américain. Ambiance.

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Un cabinet qui vaut 6 milliards

Le général McMaster, lui aussi, a dû faire face aux foudres du président. Il aurait récemment comparé son intelligence à celle d’un jeune enfant. Quant à Steve Mnuchin, ex-loup de Wall Street, il n’est pas des plus crédibles pour rassurer les «Américains oubliés» sur le fait que la délégation ne va pas fanfaronner dans la station huppée aux côtés de riches et de puissants. En août, sa femme a déclenché une polémique en postant une photo d’eux sur Instagram, au pied d’un avion gouvernemental, et en affichant son goût pour des produits de luxe. L’avion avait notamment été utilisé à des fins privées.

L’état-major de Donald Trump est d’ailleurs souvent comparé à un «club de millionnaires»: la fortune totale des membres de son cabinet a été évaluée à près de 6 milliards de dollars. Forbes a estimé la seule fortune du ministre du Commerce Wilbur Ross, une ex-figure de Wall Street, à environ 2,9 milliards de dollars en 2016, avant de l’accuser, dans un article coup de poing paru en novembre, d’avoir menti sur près de 2 milliards… dans le but d’apparaître depuis 2004 dans la liste des 400 plus riches.

Une influence difficile à mesurer

Celui qui connaît le mieux le WEF pour s’y être rendu plusieurs fois reste son conseiller économique Gary Cohn, ancien numéro deux de Goldman Sachs. Mais son «influence» auprès de Donald Trump est aussi difficile à mesurer: des rumeurs le disaient sur le départ en août, après la polémique sur les heurts de Charlottesville. Il a été offensé par les déclarations de Trump mettant extrémistes de droite et manifestants de gauche sur un pied d’égalité. Plusieurs grands patrons ont d’ailleurs lâché le président à ce moment-là.

Le démocrate Bill Clinton est le dernier président américain à avoir fait le déplacement dans les montagnes grisonnes, en 2000. Ronald Reagan n’y avait participé que par vidéo alors que George W. Bush et Barack Obama ont boudé l’événement. Donald Trump, lui, a compris l’intérêt de se rendre au WEF alors qu’il fête sa première année chahutée au pouvoir: il sera au centre de l’attention quoi qu’il fasse. Et peu importe qui l’accompagne.


Des centaines de gardes du corps

Combien d’avions? Combien de membres du Secret Service? Pour des raisons sécuritaires, la Maison-Blanche ne divulgue aucun chiffre à propos de la venue de Donald Trump à Davos. Mais, cité dans la NZZ am Sonntag, Ronald Kessler, un ancien du Washington Post, spécialiste des services secrets américains, donne un avant-goût de ce à quoi on peut s’attendre: «Lors des déplacements du président à l’étranger, près de 600 membres des services secrets l’accompagnent.» La plupart sont déjà à pied d’œuvre dans la station grisonne. Mission: inspecter les moindres recoins de l’hôtel dans lequel il descendra, refaire plusieurs fois les trajets qu’il empruntera.