états-Unis

Donald Trump attend des garanties de la Corée du Nord

L’annonce, par Séoul, d’une possible dénucléarisation de la Corée du Nord «si la sécurité du régime est assurée» est analysée avec circonspection du côté américain

Cette fois, Donald Trump s’est bien gardé de traiter le leader nord-coréen Kim Jong-un de «little rocket man». Mais le président américain reste sur ses gardes. Dans un tweet diffusé quelques heures après l’annonce, par Séoul, d’une possible dénucléarisation de la Corée du Nord «si la sécurité du régime est garantie», Donald Trump salue les progrès accomplis sans pour autant cacher son scepticisme.

Pour la première fois depuis plusieurs années, un sérieux effort est fourni par toutes les parties concernées

Donald Trump

«Possibles progrès dans les pourparlers avec la Corée du Nord, écrit-il. Pour la première fois depuis plusieurs années, un sérieux effort est fourni par toutes les parties concernées. Le monde entier observe et attend. C’est peut-être un faux espoir, mais les Etats-Unis sont prêts à réagir fortement quelle que soit la direction prise!» Mike Pence s’est montré plus ferme. Le vice-président exige des «avancées crédibles, vérifiables et concrètes», sans quoi «les Etats-Unis et leurs alliés ne feront pas baisser la pression», avertit-il.

Les relations entre Américains et Nord-Coréens ont été particulièrement tendues ces derniers mois. Aux tests balistiques et nucléaires à répétition qui menacent les Etats-Unis s’ajoute l’affaire Otto Warmbier, du nom de ce jeune étudiant américain tombé dans un coma profond pendant sa détention en Corée du Nord et mort peu après avoir été libéré et transféré aux Etats-Unis.

Un risque de se faire humilier

Le 21 février, Mike Pence a subi un affront aux JO de Pyeongchang, en Corée du Sud, une rencontre avec une délégation nord-coréenne ayant été annulée au dernier moment. Le fait qu’il ait rencontré des déserteurs et la famille Warmbier n’a pas été du goût des leaders nord-coréens. Mike Pence craignait de participer à un exercice de propagande, la Corée du Nord ayant profité de la vitrine des JO pour tenter de redorer son blason.

Ce nouveau dégel inspire la plus grande prudence du côté américain, la Corée du Nord ayant déjà évoqué une possible dénucléarisation, avant d’imposer de nouvelles conditions. Les Américains ne veulent en aucun cas se montrer trop conciliants, avec le risque, en cas de «faux espoir», de se faire humilier plus tard. L’annonce d’une possible dénucléarisation de la Corée du Nord a par ailleurs été faite par la Corée du Sud et pas par Kim Jong-un lui-même.

Mais dans ce nouveau climat de rapprochement entre les deux Corées amorcé aux JO, la rencontre, lundi à Pyongyang, entre Chung Eui-yong, le conseiller pour la sécurité du président de la Corée du Sud Moon Jae-in, et Kim Jong-un a bien marqué un nouveau tournant. C’est à l’issue de ces longs entretiens que Séoul a assuré, mardi, que la Corée du Nord avait exprimé «sa volonté de dénucléariser la péninsule Coréenne» et «clairement dit qu’il n’existe aucune raison de posséder des armes nucléaires si les menaces militaires contre le Nord disparaissent et si la sécurité de son régime est garantie».

«Un dialogue franc»

Chung Eui-yong affirme surtout que la Corée du Nord est prête à «avoir un dialogue franc avec les Etats-Unis pour évoquer la question de la dénucléarisation et pour normaliser les relations entre les pays». Accompagné de quatre hauts responsables de la Corée du Sud, il a ajouté que les Nord-Coréens avaient promis de ne se livrer à aucune provocation pendant la durée du dialogue.

Un sommet historique entre les dirigeants des deux Corées est annoncé pour fin avril, à Panmunjeom, en pleine zone démilitarisée entre le Nord et le Sud. Il s’agit du troisième sommet depuis de la fin de la guerre de Corée en 1953, après ceux de 2000 et de 2007, du temps du père de Kim Jong-un, Kim Jong-il. Le premier a eu lieu à Pyongyang et avait débouché sur la signature d’une déclaration commune pour s’engager à progresser sur le chemin d’une paix durable.

Démission brutale

ll a valu le Prix Nobel de la paix au président sud-coréen. La révélation d’un versement de 500 millions de dollars du Sud au Nord avant la rencontre a ensuite considérablement noirci le tableau. La deuxième rencontre a elle aussi eu lieu à Pyongyang. Nouvelle déclaration commune, nouveaux signes d’ouverture. Avant une nouvelle période de glaciation.

Des émissaires sud-coréens vont se rendre prochainement à Washington pour évoquer la rencontre avec Kim Jong-un, alors que les Etats-Unis viennent d’imposer de nouvelles sanctions à la Corée du Nord. La démission brutale de Joe Yun, le représentant spécial du Département d’Etat américain pour la Corée du Nord, ne rendra pas les choses plus simples. Elle est révélatrice des tensions au sein de l’administration Trump sur l’attitude à adopter face à Kim Jong-un.

Publicité