Commerce mondial

Donald Trump brise l’ordre du commerce mondial

En renonçant au traité commercial transpacifique, Donald Trump fait prendre un virage inédit aux Etats-Unis

Au premier jour de sa présidence, le 20 janvier prochain, Donald Trump «émettra une notification d’intention» pour signifier le retrait des Etats-Unis du traité commercial transpacifique (TPP selon le sigle anglais). «Cet accord est un désastre», a-t-il expliqué dans un message vidéo de deux minutes trente-sept secondes dans lequel il liste les priorités des cent premiers jours de son mandat. «A la place, nous négocierons des traités bilatéraux qui ramèneront nos emplois à la maison.»

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Cette déclaration pourrait bien être le premier acte d’un nouvel ordre économique mondial dont rêve le milliardaire américain. Un ordre dans lequel la souveraineté nationale prime sur la quête de solutions multilatérales impliquant l’arbitrage d’instances supranationales.

Est-ce la fin de la globalisation? Pas nécessairement. Mais ce mouvement, selon la conception de Donald Trump, devra se plier à de nouvelles règles du jeu, celles dictées par les purs rapports de force entre Etats. Au risque de déclencher une spirale protectionniste.

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Fin du consensus

Négocié durant près de huit ans, le TPP était au cœur de la pensée stratégique de Barack Obama. Cet accord entre les Etats-Unis et onze pays de l’est asiatique devait permettre à Washington de préserver son leadership dans la région du monde la plus dynamique sur le plan économique. C’était aussi une façon de dessiner les règles futures du commerce international avec des normes sociales et environnementales exigeantes en échange de l’abaissement des tarifs douaniers. Ce faisant, l’actuel résident de la Maison-Blanche s’inscrivait dans une continuité, celle de la liberté du commerce et l’ouverture des mers, dont les Etats-Unis se sont fait les garants depuis la Seconde Guerre mondiale, qu’ils soient gouvernés par les Républicains ou les Démocrates.

En brisant ce consensus, Donald Trump sonne également la fin des espoirs européens de signer un traité commercial transatlantique (TTIP). Il a par ailleurs annoncé vouloir renégocier le traité de libre-échange nord-américain (Alena). Ce retour aux barrières commerciales s’inscrit dans la vision d’un monde duquel les Etats-Unis comptent non pas se retirer, mais dont ils refusent d’assumer le leadership aux noms des valeurs démocratiques. Ce néoisolationnisme se conjuguera avec un renforcement de l’appareil militaire, promet le nouvel élu. Des armes pour mieux dicter les choix des Etats-Unis.

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Ronald Reagan comme modèle

En juin dernier, à Pittsburgh, en Pennsylvanie, Donald Trump avait résumé son credo économique en ces termes: «Nos politiciens se sont engagés dans une politique de globalisation forcenée qui a provoqué le départ de nos emplois, de notre richesse, de nos usines au Mexique ou outre-mer. […] Cette vague de globalisation a éliminé la classe moyenne. Nous pouvons inverser le mouvement – et nous pouvons le faire très vite.»

Sa recette pour ramener aux Etats-Unis les emplois perdus se déclinait en sept points, le premier étant la dénonciation du traité TPP. Parmi les autres mesures, il promettait de nommer une batterie de négociateurs pour batailler dans chaque instance de libre-échange pour la défense des intérêts américains, mais surtout de lutter contre le grand «fraudeur» de la mondialisation, à savoir la Chine. A l’appui de sa démonstration, il se référait aux origines de la Constitution américaine, à George Washington, à Abraham Lincoln et à Ronald Reagan qui tous ont défendu l’imposition de taxes sur certains produits étrangers au bénéfice de la défense des travailleurs américains.

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Le Congrès comme recours

Cette intervention répondait presque point par point à un autre discours sur le commerce, tenu un an plus tôt dans l’Oregon, par Barack Obama. Celui-ci s’efforçait de revaloriser la classe moyenne en défendant l’idée d’une protection plus grande des travailleurs par la signature de nouveaux traités de commerce internationaux. Le président démocrate devait alors convaincre son propre camp de la nécessité de poursuivre la globalisation.

«Nous devons nous assurer que les Etats-Unis écrivent les règles de l’économie globale, disait-il. Et nous devons le faire aujourd’hui car notre économie est en position de force. Si nous n’écrivons pas ces règles – devinez quoi – la Chine le fera. Et elle le fera à l’avantage de ses travailleurs en écartant les produits américains.» Conscient des ratés de la globalisation – et de ses laissés-pour-compte – Barack Obama n’en faisait pas moins le pari que les travailleurs américains en étaient bénéficiaires.

Après l’annonce de Donald Trump, les tenants du libre-échange, partout dans le monde, se raccrochaient mardi à l’espoir que la majorité républicaine du Congrès, fidèle à son idéologie procommerce, ratifierait le TPP contre l’avis de son président. Un scénario qui devient très improbable.

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