Etats-Unis

Donald Trump a choisi l’homme qui construira son mur

John Kelly, un général à la retraite, sera le nouveau responsable de la Sécurité intérieure, chargé de freiner la migration illégale et lutter contre le terrorisme. Il a fait la guerre en Irak et a perdu un fils en Afghanistan

C’est l’homme qui sera chargé de construire le mur entre les Etats-Unis et le Mexique. Donald Trump a nommé John Kelly à la tête de la Sécurité intérieure, troisième général à la retraite à rejoindre son administration après James Mattis, qui dirige le Pentagone, et Michael Flynn, devenu son conseiller à la Sécurité nationale.

Ancien Marine, général de corps d’armée, John Kelly, 66 ans, est donc celui qui devra assurer la protection des frontières et mener «l’urgente mission de stopper l’immigration illégale», selon les termes utilisés par Donald Trump dans un communiqué diffusé lundi. Il pourrait aussi lancer l’expulsion de millions de clandestins déjà présents sur sol américain et un registre pour ficher les musulmans, projet controversé régulièrement ressuscité par le président élu. Le «peuple américain a voté lors de cette élection pour stopper le terrorisme, récupérer la souveraineté de nos frontières, et mettre fin à l’attitude politiquement correcte qui a trop longtemps régi notre approche de la sécurité nationale», précise John Kelly dans le communiqué.

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En charge de la lutte contre le terrorisme, il aura également la lourde tâche d’apaiser les tensions avec les agences de renseignement et de lutter contre le piratage informatique. Ce week-end, Donald Trump a jeté le discrédit sur la CIA, dont un rapport secret confirme l’ingérence russe dans la présidentielle américaine dans le but de le favoriser. Le président élu a aussi déclenché la polémique en déclarant qu’il était «trop intelligent» pour avoir besoin de briefings de sécurité quotidiens.

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John Kelly a participé à l’invasion de l’Irak en 2003. Ancien chef du Commandement Sud de l’armée américaine pour l’Amérique latine, qui était aussi responsable de la prison de Guantanamo à Cuba, il a une certaine expérience des problèmes de trafics d’êtres humains et de drogues aux frontières. Devant le Sénat, il avait insisté, en mars 2015, sur la nécessité de mettre fin aux filières des trafiquants, car elles pourraient être utilisées par des organisations terroristes, «par exemple pour faire entrer des armes de destruction massive aux Etats-Unis». En 2010, John Kelly a perdu un fils en Afghanistan, qui a sauté sur une mine alors qu’il était en mission. Au sein de l’armée, il était respecté par ses collègues, connu pour sa loyauté et son humilité.

Fait intéressant, sa nomination ne provoque pas de hauts cris du côté des organisations de défense des migrants, à l’image de America’s Voice. Contactée par le Temps, l’ONG lui reconnaît, grâce à son expérience du terrain, une compréhension des racines de l’immigration. Son directeur Frank Sharry, qui fait preuve d’un optimisme précautionneux, rappelle qu’il a été très impliqué dans la lutte contre la violence des gangs dans les pays d’Amérique centrale, facteur qui pousse les gens à fuir vers les Etats-Unis. Consciente d’avoir un interlocuteur capable d’être à l’écoute, America’s Voice saisit la perche et l’invite à ne pas mettre fin à un projet d’accueil de clandestins mineurs. Surtout, l’ONG lui demande de ne pas s’adonner à des expulsions de masse, sans faire la distinction entre les criminels qui représentent un danger pour la sécurité intérieure, et les migrants qui travaillent et sont déjà depuis longtemps installés aux Etats-Unis.

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