Entre la Chine et les Etats-Unis, l’heure est désormais à la guerre froide. Donald Trump l’a acté, vendredi 29 mai, en multipliant les gestes de défiance vis-à-vis de Pékin. Le président des Etats-Unis va ainsi lancer le processus de révocation des exemptions accordées à Hongkong, du fait de la remise en cause de son statut spécial par les autorités chinoises.

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«Cette décision aura un impact sur l’ensemble des accords que nous avons avec Hongkong», a assuré Donald Trump, qui a qualifié de «tragédie pour le peuple de Hongkong, pour la Chine, et pour le monde entier» les atteintes contre l’autonomie concédée en 1997 par les autorités chinoises, lors de la rétrocession du territoire à la Chine par la Couronne britannique. Cette autonomie devait s’étendre pendant un demi-siècle. Pékin «n’a pas tenu sa parole», a assuré le président après le feu vert donné à une loi de sécurité nationale par le parlement chinois. «La Chine a remplacé sa formule promise «un pays, deux systèmes», par «un pays, un système», a-t-il ajouté.

Liens coupés avec l’OMS

Victime collatérale de ces tensions sans précédent entre les deux pays, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) n’a pu que mesurer l’ampleur des dégâts vendredi. Donald Trump a en effet mis à exécution ses menaces de couper les liens avec l’agence onusienne du fait de relations jugées trop étroites avec Pékin. «Nous avions détaillé les réformes qu’ils devaient faire et nous nous sommes adressés directement à eux, mais ils ont refusé d’agir», s’est justifié le président, qui avait adressé un ultimatum à l’organisation. Il a assuré que les sommes versées auparavant par le pays, premier contributeur de l’OMS, seraient réaffectées à d’autres organisations, sans préciser lesquelles.

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Le président des Etats-Unis s’est inspiré en outre des suggestions des tenants d’une ligne dure contre la Chine, à commencer par le sénateur républicain de l’Arkansas, Tom Cotton, pour sanctuariser «la recherche universitaire vitale» aux Etats-Unis, en décidant de suspendre l’entrée de «certains ressortissants de la Chine que nous avons identifiés comme risques potentiels à la sécurité». Tom Cotton estime que certains étudiants se livrent en fait à des activités d’espionnage. La moitié des 370 000 étudiants chinois présents aux Etats-Unis suivent des études scientifiques.

Enfin, Donald Trump a demandé à son administration d’examiner «les pratiques des entreprises chinoises cotées sur les marchés financiers des Etats-Unis, afin de protéger les investisseurs américains». «Les sociétés d’investissement ne devraient pas soumettre leurs clients aux risques cachés et inutiles présentés par des entreprises chinoises qui ne jouent pas selon les mêmes règles. Les Américains ont droit à un traitement équitable et transparent», a encore souligné le président.

Revirement brutal

La détermination de Donald Trump tranche avec la mansuétude dont il a longtemps fait preuve à l’égard de Pékin. En privilégiant la conclusion d’un accord commercial dans la perspective de l’élection présidentielle, le président des Etats-Unis a été conduit à relativiser l’enjeu de Hongkong en 2019. De même, il a longtemps porté crédit à son homologue, Xi Jinping, pour sa gestion du coronavirus, avant d’effectuer un revirement brutal lorsque la maladie a commencé à ravager les Etats-Unis. Contrairement à son vice-président, Mike Pence, qui, en octobre 2018, avait prononcé un discours particulièrement virulent contre la Chine, Donald Trump, pourtant prompt à dénoncer «le communisme» et «le socialisme», ne s’est jamais attaqué directement à la nature autoritaire du régime chinois.

Le président des Etats-Unis sait que ce durcissement américain va rencontrer un large écho, au Congrès comme au sein de l’opinion publique. La Chambre des représentants a ainsi voté, le 27 mai, une proposition de loi visant à sanctionner des responsables chinois accusés de «l’internement de masse» des musulmans ouïgours. Le texte, adopté à une écrasante majorité de 413 voix pour et seulement une contre, avait déjà été approuvé à l’unanimité par le Sénat quelques jours plus tôt. Il attend désormais un paraphe présidentiel qui envenimerait encore davantage des relations entre les deux premières puissances mondiales.

Les décisions annoncées par Donald Trump ne font cependant pas toutes l’unanimité. Celle de couper la contribution américaine à l’OMS est ainsi critiquée par les élus démocrates, qui considèrent qu’elle va donner les coudées encore plus franches à Pékin. La présidente démocrate de la Chambre, Nancy Pelosi (Californie), a déploré «un acte de stupidité extraordinaire». Sa légalité est également contestée, s’agissant de fonds votés par le Congrès.

Image négative de la Chine

L’image de la Chine n’a cessé de se dégrader chez les Américains au cours des deux dernières années. Une enquête du Pew Research Center publiée en avril a en effet montré que 66% des Américains en ont une image négative (contre 26% d’avis contraires). Il s’agit du pire résultat depuis les débuts de ce baromètre, en 2005. En 2017, les avis défavorables ne l’emportaient que de très peu sur les positifs (47% contre 44%).

Cette mauvaise image est majoritaire chez les républicains (72%), comme chez les démocrates (62%). Elle s’impose dans toutes les classes d’âge, y compris chez les jeunes. Compte tenu de ce terreau propice, il est très probable que les deux principaux candidats à l’élection présidentielle de novembre rivalisent pour le titre de meilleur opposant à Pékin.

Fidèle à l’attitude adoptée depuis son arrivée à la Maison-Blanche, Donald Trump a choisi de s’engager dans cette guerre froide avec Pékin sans chercher à se concerter avec ses alliés européens. Le haut représentant européen, Josep Borrell, a admis vendredi que la pression chinoise sur Hongkong pose problème. «Notre relation avec la Chine est fondée sur le respect et la confiance mutuels, mais cette décision les remet en cause», a-t-il assuré.

Particulièrement prudent, l’ancien ministre espagnol a présenté la Chine comme «une alliée, une rivale, une compétitrice, une actrice systémique». Il n’est pas question, à ce stade, d’adopter des sanctions, réclamées, pour l’instant, seulement par la Suède. Il a ajouté que ces tensions ne remettent pas en cause la tenue du prochain sommet entre l’Union européenne et la Chine, prévu par visioconférence à la fin de juin, et d’un autre, en septembre, à Leipzig.

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