Un podium quotidien sur le coronavirus pour faire campagne. Privé de ses meetings électoraux à cause de la pandémie, Donald Trump a une occasion unique pour faire preuve de leadership et s’imposer comme le président capable de gérer une crise. Les points de presse quotidiens qu’il donne à la Maison-Blanche, aux côtés de membres du gouvernement, de hauts fonctionnaires et du désormais incontournable épidémiologiste Anthony Fauci, sont suivis par des millions d’Américains inquiets. Le président en fait-il bon usage? Erratique, Donald Trump divulgue surtout un message confus, agit en dents de scie, et brouille les pistes.

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L’avertissement du renseignement

Un jour, il appelle à l’unité nationale, annonce la nécessité de bâtir rapidement des hôpitaux de campagne pour faire face à «l’ennemi invisible». Le lendemain il se lâche contre les médias, attaque ses adversaires, déclare ne prendre «aucune responsabilité» dans le retard pris au niveau des tests de dépistage, et quand il ne contredit pas les experts, il les met mal à l’aise. Inquiet des conséquences économiques de la crise, il a même laissé entendre lundi que les mesures de confinement pourraient être levées pour faire redémarrer certaines activités, alors que le pire est encore à venir aux Etats-Unis. La veille, il tweetait, en lettres majuscules: «Nous ne pouvons pas laisser le remède être pire que le mal lui-même.» Mardi, il a répété son message sur Fox News: un confinement prolongé pourrait «détruire» le pays et provoquer des «milliers de suicides».

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Donald Trump a déjà été très critiqué au début de la crise. Il a minimisé la gravité de la situation et tardé à réagir, davantage préoccupé par les effets de la pandémie sur l’économie que par la santé de ses compatriotes, lui qui table sur une bonne croissance pour assurer ses chances de réélection. Selon de récentes révélations du Washington Post, les services de renseignement américains l’auraient averti du danger en janvier déjà, sans qu’il prenne de mesures particulières.

Mais un tournant s’est opéré le lundi 16 mars. Ce jour-là, Donald Trump s’est montré sobre, sans dérapages, avec la gravité adaptée à la situation. Les cas de contamination avaient sensiblement augmenté aux Etats-Unis, et le plan de relance économique de 2000 milliards de dollars devenait urgent. Un nouveau cap? Oui, clairement. Cela s’est d’ailleurs tout de suite vérifié dans un sondage d’ABC News publié vendredi: 55% des Américains approuvaient alors sa gestion de la crise, contre 43% la semaine d’avant. Sauf que Donald Trump a très vite refait du Donald Trump. Dimanche, il s’est par exemple lancé dans un laïus surréaliste sur le fait d’être riche, alors qu’un Américain sur trois est confiné et inquiet pour son avenir, que le nombre de morts augmente et que la pénurie de masques, de ventilateurs et de lits devient criante. «J’ai dépensé des milliards et des milliards (sic) pour devenir président, mais j’en suis heureux», a-t-il dit, en répondant à une «méchante question». Et: «Je pense qu’il est très difficile pour les riches de se présenter aux élections. C’est beaucoup plus coûteux. C’est très difficile.»

Pas de confinement généralisé

Donald Trump a déclaré il y a plusieurs jours l’urgence nationale, mais il ne veut pas prôner de confinement généralisé. Il laisse les gouverneurs et maires agir en ordre dispersé. S’il ne se «moque» désormais plus du virus, qu’il avait osé qualifier de «canular démocrate» il y a quelques semaines, il donne, avec ses propos vagues, de faux espoirs. C’est le cas notamment quand il évoque les vaccins ou de possibles traitements de façon trop optimiste, sans la rigueur scientifique nécessaire. Le médecin Anthony Fauci est en principe là pour le corriger, une mission dans laquelle peu se hasarderaient. Son absence lundi lors du point presse quotidien de la Maison-Blanche a été remarquée.

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Le coronavirus sera le «stress test» de Donald Trump, alors que son principal adversaire, le démocrate Joe Biden, demeure presque invisible. Sur Twitter, David Axelrod, ancien conseiller de Barack Obama, ne cache pas sa perplexité: «Difficile de ne pas tirer une conclusion effrayante de ce spectacle: nous avons un énorme défi devant nous et un tout petit président.»