États-Unis

Donald Trump fait de la crise des opiacés une «urgence sanitaire nationale»

Le président américain a décidé de rediriger tous les fonds disponibles vers la crise des opiacés, qui a tué plus de 33 000 personnes en 2015. Il n’a toutefois pas débloqué de fonds fédéraux spécifiques

La crise des opiacés aux Etats-Unis, responsable d’une épidémie meurtrière d’overdoses dans le pays, a été qualifiée d’«urgence sanitaire nationale» jeudi 26 octobre par Donald Trump. Le président n’a néanmoins pas débloqué de fonds fédéraux spécifiques, suscitant les critiques du camp démocrate et des experts sanitaires.

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Qualifiant le phénomène de «honte nationale» et de «tragédie humaine», Donald Trump a promis de «vaincre l’addiction en Amérique», lors d’une conférence de presse à la Maison-Blanche. «Cette épidémie est une urgence sanitaire nationale», a-t-il dit. «Personne n’a jamais vu ce qui est en train de se produire. En tant qu’Américains, nous ne pouvons pas accepter cela.»

Les opiacés, des substances dérivées de l’opium ou produisant les mêmes effets, utilisées souvent comme analgésiques, ont provoqué la mort de plus de 33 000 personnes aux Etats-Unis en 2015 selon les statistiques fédérales, ce qui constitue un record. D’après les Centres américains de prévention et de contrôle des maladies (CDC), 100 Américains meurent chaque jour des suites d’une surdose d’opiacés. Ces derniers englobent l’héroïne et le fentanyl, un antidouleur chimique 50 à 100 fois plus puissant que la morphine. Les zones rurales sont les plus touchées par le phénomène mortel, comme l’Etat de Virginie-Occidentale, dont le taux de surdoses mortelles atteint 41,5 pour 100 000 habitants, suivi par le New Hampshire (34,3) et le Kentucky (29,9).

Prescription abusive

La déclaration d’urgence sanitaire nationale va permettre de «rediriger tous les fonds fédéraux et exécutifs disponibles pour qu’ils soient recentrés sur l’assistance à fournir face à cette situation d’urgence», a expliqué un responsable du Bureau ovale, peu avant la conférence de presse de Donald Trump. Il a néanmoins ajouté qu’aucune ressource supplémentaire ne serait accordée, car les fonds de l’Agence fédérale des situations d’urgence (FEMA) ont été utilisés pour apporter une aide d’urgence aux Etats récemment dévastés par les passages d’ouragans, en Floride, au Texas ou à Porto Rico notamment. Le déblocage de nouveaux fonds devra être négocié avec le Congrès.

La déclaration d’urgence nationale devrait en revanche aider à lutter contre la prescription abusive d’opiacés comme le fentanyl, la morphine ou la vicodine, en élargissant l’accès aux soins ou en augmentant les effectifs dans le secteur médical. Donald Trump a déclaré que le gouvernement fédéral s’attellerait au développement d’analgésiques non addictifs.

Poursuites promises

Le président américain a dit qu’il comptait s’entretenir du problème du fentanyl avec son homologue chinois Xi Jinping lors de sa visite en Asie début novembre. Il a promis de renforcer l’action des douanes pour freiner l’importation de «fentanyl mortel à bon marché, un opioïde synthétique fabriqué en Chine».

Donald Trump a aussi promis des poursuites contre les «mauvais acteurs». A Boston dans la journée, les autorités ont annoncé l’inculpation du fondateur du laboratoire Insys Therapeutics, le milliardaire John Kapoor, accusé d’avoir participé à un système de corruption des médecins afin qu’ils prescrivent du fentanyl à leurs patients Le département de la Justice a également engagé des poursuites contre un médecin de Pittsburgh soupçonné d’avoir illégalement distribué des opioïdes.

«Just say no»

Mais lors d’une séance de questions-réponses à la Heritage Foundation, un laboratoire d’idées conservateur de Washington, l’Attorney General Jeff Sessions a placé la question sur un terrain moral. «Je suis convaincu que l’ensemble du pays ne doit pas se montrer si apathique à propos des drogues», a déclaré l’ancien sénateur de l’Alabama. «Les gens doivent dire non à la consommation de drogue. Ils doivent d’abord se protéger», a-t-il assuré.

Ces propos rappellent le «Just Say No», fameux slogan de la campagne lancée dans les années 1980 par l’ancienne première dame Nancy Reagan face aux ravages de l’épidémie de crack.

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