Donald Trump a officiellement déclaré vendredi à la frontière une urgence nationale pour mobiliser des milliards de dollars afin de construire un mur anti-frontière que le Congrès refuse de lui accorder.

«Tout le monde sait que les murs fonctionnent», a-t-il martelé, évoquant une «invasion» de migrants en situation illégale. Cette procédure lui permet théoriquement de contourner le Congrès afin de débloquer des fonds pour construire son ouvrage phare contre l’immigration clandestine.

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Le président a confié s’attendre à ce que des poursuites judiciaires soient lancées contre sa déclaration d’urgence nationale. L’Etat de New York a d’ores et déjà déclaré qu’il allait lutter contre cette mesure devant les tribunaux. «Heureusement nous allons gagner», a-t-il ajouté, affichant une confiance sans doute confortée par les juges conservateurs qu’il a nommés à la Cour suprême, l’instance judiciaire suprême du pays.

L'Etat de New York, un bastion démocrate, a en effet très vite déclaré qu'il allait saisir les tribunaux. «La Californie vous donne rendez-vous devant la justice», a lancé de son côté le gouverneur de Californie Gavin Newsom.

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Vives réactions de l’opposition

Reste que l’initiative est décriée par les démocrates et ne fait pas non plus l’unanimité dans le camp républicain. Les opposants de Donald Trump voient dans cette décision la basse manœuvre politique d’un président affaibli par la perte de la Chambre des représentants en novembre et son recul fin janvier dans le bras de fer qu’il avait engagé sur l’immigration. Les chefs de l’opposition démocrate ont immédiatement dénoncé vendredi un «coup violent» porté à la Constitution.

La Maison Blanche assure de son côté que cette initiative est la marque d'un homme qui n'oublie pas ses promesses. Donald Trump, les yeux rivés sur la présidentielle de 2020, espère qu'elle lui permettra, une nouvelle fois, de galvaniser sa base sur la question de l'immigration. La décision du dirigeant, qui devait s'envoler dans l'après-midi pour son club luxueux de Mar-a-Lago, en Floride, s'accompagne de celle de signer un compromis budgétaire obtenu de haute lutte au Congrès, qui marque la fin de longues tractations entre démocrates et républicains afin de financer les services publics fédéraux.

Précédents

Plusieurs présidents des Etats-Unis ont par le passé eu recours à ces moyens exceptionnels, mais dans des circonstances beaucoup moins controversées. Jimmy Carter avait invoqué l'urgence après la prise d'otages à l'ambassade américaine de Téhéran en 1979. George W. Bush l'avait fait après les attentats du 11 septembre 2001. Et Barack Obama y avait eu recours lors de l'épidémie de grippe H1N1.

«Scandaleux»

Pour Peter Schuck, professeur émérite de droit à l'université de Yale, «le fait que le président puisse avoir le pouvoir de gaspiller des milliards de dollars au nom d'une promesse de campagne idiote est, en soi, scandaleux». Il estime que le Congrès devrait définir plus rigoureusement les conditions dans lesquelles le président peut avoir recours au «National Emergencies Act», voté en 1976.

Avant de s'envoler pour la Floride, Donald Trump a signé la loi de financement approuvée jeudi à une large majorité au Sénat, contrôlé par les républicains, puis à la Chambre des représentants, contrôlée par les démocrates. Elle ne comprend qu'un quart du budget qu'il réclamait pour son édifice frontalier (1,4 milliard de dollars contre 5,7 milliards). Et elle ne mentionne pas le mot «mur», lui préférant «barrière» ou «clôture».