Soucieux de garder le contrôle de la narration de sa fin de règne jusqu’au bout, Donald Trump se mue en maître du suspense. Après la promesse d’une transition non chaotique avec le président élu Joe Biden, voilà qu’il assure qu’il quittera la Maison-Blanche si les grands électeurs confirment la victoire du démocrate. En clair, pour les plus optimistes, Donald Trump laisse entendre qu’il pourrait s’accepter vaincu le 14 décembre. En réalité, la tragicomédie qui se déroule du côté de la Maison-Blanche est un brin plus complexe.

Le mantra des «fraudes massives»

Le 14 décembre, le collège composé de 538 grands électeurs doit confirmer le vainqueur de l’élection du 3 novembre. Joe Biden ayant remporté 306 grands électeurs, il devrait sans surprise être de nouveau plébiscité. Le démocrate entrera en fonction le 20 janvier à midi. Jeudi, jour de Thanksgiving, Donald Trump a pour la première fois déclaré devant la presse qu’il accepterait le vote du collège électoral. Il venait de s’adresser aux forces armées à l’occasion de la fête. C’était aussi la première fois qu’il répondait aux questions de journalistes depuis le jour de l’élection.

Mais le républicain n’a pas pour autant abandonné sa rhétorique agressive. Il continue d’affirmer que l’élection est «truquée» en raison de «fraudes massives», alors que son équipe d’avocats n’a rien réussi à démontrer. La grande majorité des recours introduits ont échoué et les différents Etats où les résultats étaient contestés ont fini par reconfirmer la victoire de Joe Biden. Pour Donald Trump, quitter la Maison-Blanche ne signifie donc pas pour autant qu’il reconnaît la victoire de son adversaire. Ce pas-là sera difficile à franchir. Il ne s’avoue pas non plus vraiment vaincu: il a bien précisé jeudi qu’il respecterait le choix des grands électeurs tout en disant qu’ils «feraient une erreur» s’ils confirmaient l’élection de Joe Biden.

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Et puis, que fera concrètement Donald Trump à partir du 14 décembre? Là encore, plusieurs scénarios sont possibles, du plus fou au plus rationnel. Démission avant le 20 janvier en vue d’obtenir un pardon présidentiel de Mike Pence, qui lui succéderait, départ à l’étranger en abandonnant la Maison-Blanche avant l’heure, ou résignation morale tout en se présentant comme une victime: rien n’est à écarter. La seule option que Donald Trump semble ne pas envisager est celle de s’agripper au pouvoir au-delà du 20 janvier et de devoir être expulsé de force par le Secret Service. «Bien sûr que je le ferai. Et vous le savez», a-t-il répondu jeudi à un journaliste qui lui a demandé s’il quitterait la Maison-Blanche le jour où Biden deviendra officiellement président.

Jamais avant Donald Trump un président n’avait refusé de reconnaître l’élection d’un rival. Que le républicain soit à deux doigts d’accepter sa défaite ou pas, il tient une promesse: «Je pense qu’il va se passer beaucoup de choses d’ici au 20 janvier.» Il ne fait probablement pas uniquement allusion à son déplacement en Géorgie, où l’élection de deux sénateurs le 5 janvier déterminera si la Chambre haute restera en mains républicaines ou pas. Quant à savoir s’il assistera à la prestation de serment de Joe Biden, il a déclaré qu’il connaissait la réponse. Mais qu’il n’a aucune intention de la partager.

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En théorie, Joe Biden devrait, le 20 janvier, retrouver un petit message de Donald Trump sur le Resolute Desk du Bureau ovale. Une tradition. Les mots de Donald Trump risquent d’être amers. Pour autant qu’il décide de lui laisser une lettre.