L'Arabie saoudite «apprécie» les efforts du président américain pour un plan de paix au Moyen-Orient, a annoncé mercredi le ministère des Affaires étrangères. Tout désaccord avec le plan américain doit être résolu par la négociation «de manière à faire avancer le processus de paix afin de parvenir à un accord qui consacre les droits légitimes du peuple palestinien». De son côté, le roi d'Arabie saoudite a affirmé son soutien «inébranlable» aux droits des Palestiniens, lors d'un entretien téléphonique avec le président palestinien Mahmoud Abbas, a rapporté mercredi l'agence d'Etat saoudienne (SPA). Le roi est du côté des Palestiniens et soutient «leurs choix et ce qui représente leurs espoirs et aspirations», a indiqué SPA.

C’était la «vision» de Donald Trump, mais il a fallu les précisions de Benyamin Netanyahou pour l’expliciter pleinement. Mardi à la Maison-Blanche, le président américain et le premier ministre israélien se sont mis à deux pour détailler «l’accord du siècle» promis par l’administration américaine depuis près de trois ans et qui est censé amener la paix au Proche-Orient. Les Palestiniens ne sont pas venus assister à la présentation. Et pour cause: énumérées par Netanyahou, les conditions qui leur sont posées sont telles que cet «accord» n’en sera jamais un.

Donald Trump a déjà «beaucoup fait pour Israël», soulignait-il, en rappelant notamment le fait que les Etats-Unis ont décidé de déplacer leur ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem, qu’ils ont reconnu l’annexion israélienne du Golan syrien et qu’ils jugent désormais légales les colonies israéliennes construites dans les territoires palestiniens occupés. «Il faut être juste», raisonnait donc le président américain, en faisant mine de se tourner vers les Palestiniens et en leur promettant, à eux aussi, un «très bon deal». A Mahmoud Abbas, le président de l’Autorité palestinienne: «Si vous choisissez la paix, nous serons avec vous, à chaque étape» du processus.

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50 milliards de dollars «en récompense»

A chaque étape? Faisant référence à un document de 80 pages – «le plus détaillé de l’histoire, de loin» –, Donald Trump a donné quatre ans aux Palestiniens pour se décider. A cette échéance, si leurs efforts devaient porter leurs fruits, les Palestiniens devraient être récompensés par une pluie de 50 milliards de dollars, déjà annoncée en juin dernier par Jared Kushner, le gendre du président et l’un des principaux architectes supposés de ce «deal du siècle».

Si le président Trump est resté assez flou sur les contours du «marché», Benyamin Netanyahou s’est fait plus précis, sous le regard approbateur de l’Américain. Pêle-mêle: Israël sera reconnu comme un «Etat juif» et il contrôlera la frontière avec la Jordanie, c’est-à-dire qu’il n’y aura pas de souveraineté palestinienne sur la vallée du Jourdain (environ 30% de la Cisjordanie). Dans le même temps, les réfugiés palestiniens oublieront leur droit au retour, Jérusalem sera la capitale «indivisible» de l’Etat israélien, le Hamas et les factions palestiniennes seront désarmés à Gaza et les colonies israéliennes en Cisjordanie resteront en l’état, a détaillé le premier ministre israélien.

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La réalité telle qu’elle est

En vérité, les Palestiniens ont donc quatre ans pour accepter la réalité sur le terrain telle qu’elle… se présente actuellement. «Le changement le plus important, c’est qu’Israël et l’administration Trump affichent clairement leur intention de perpétuer la réalité actuelle, réagissait Hagai el-Ad, directeur de l’organisation B’Tselem. Cela réduit le fossé entre la réalité telle qu’elle est, et les euphémismes qui sont d’ordinaire utilisés pour la décrire.»

L’administration Trump a retardé à plusieurs reprises la publication de ce «plan du siècle» au motif, disait-elle, qu’elle ne voulait pas interférer dans le processus électoral israélien. Le prochain scrutin – le troisième d’affilée – est pourtant prévu le 2 mars prochain en Israël, et Benyamin Netanyahou ne cache pas sa volonté de se servir de ce soutien américain comme d’un argument électoral déterminant. Présent également à Washington (mais non à la présentation du plan à la Maison-Blanche), le principal rival de Netanyahou, Benny Gantz, s’est montré un peu emprunté à l’heure d’accueillir cette initiative américaine, soucieux de ne pas trop se distancier de l’administration Trump mais aussi de ne pas donner le sentiment d’adhérer pleinement à un projet dont l’origine lui échappe.

Inculpé pour trois affaires de corruption

A Jérusalem, Benyamin Netanyahou faisait les titres mardi pour une autre raison. Renonçant à la dernière minute à chercher une majorité qui lui aurait accordé l’immunité, le premier ministre a été officiellement inculpé pour trois affaires de corruption, quelques heures à peine avant sa prestation à la Maison-Blanche.

Les colons rejettent le plan

A aucun moment il n’a été question officiellement mardi d’annexer les colonies israéliennes en Cisjordanie. Pourtant, les propos de Netanyahou laissaient peu de place au doute et, de fait, le gouvernement israélien devrait se réunir dimanche pour y affirmer «la souveraineté israélienne», rendant de facto impossible un Etat palestinien viable.

Ces jours, pourtant, alors que s’approchait l’annonce de ce plan américain, aussi bien l’extrême droite israélienne que les associations de colons avaient pris soin de rejeter la «vision» énoncée par Donald Trump, au motif qu’elle n’écartait pas formellement la perspective de l’établissement d’un Etat palestinien. «Seules les actions sont déterminantes», martelait Naftali Bennett, le ministre de la Défense qui dirige Yamina, l’alliance de partis à la droite du Likoud de Benyamin Netanyahou. Pour sa part, l’ambassadeur des Etats-Unis à Jérusalem, David Friedman, qui est considéré comme le vrai concepteur de ce plan américain, finissait de mettre les pendules à l’heure. «Israël ne doit pas attendre du tout», répondait-il à un journaliste lui demandant si l’annexion serait aussi soumise au délai de quatre ans énoncé par Donald Trump. Le coup de départ est donné.