Etats-Unis

Avec Donald Trump, les «Dreamers» ne rêvent plus

En abrogeant le programme DACA, le président américain menace d’expulsion 800 000 clandestins arrivés mineurs aux Etats-Unis. Il renvoie toutefois la balle au Congrès pour «trouver une solution»

Va-t-il le faire, ou va-t-il renoncer? Pendant de longs mois, Donald Trump a hésité. Et pendant ses hésitations, ce sont près de 800 000 sans-papiers arrivés mineurs aux Etats-Unis qui tremblaient. Ces «Dreamers» bénéficient du programme DACA (pour Deferred Action for Childhood Arrivals), un programme que le président américain n’avait cessé d’attaquer violemment pendant sa campagne. Le couperet est tombé ce mardi: Donald Trump a finalement bien décidé de l’abroger, tout en renvoyant la balle au Congrès, qui a six mois pour «trouver une solution».

Signe des difficultés et du malaise que lui inspire ce dossier sensible, le président a laissé son ministre de la Justice annoncer la décision controversée. Jeff Sessions s’est éclipsé avant de répondre aux questions des journalistes. Désormais, le sentiment de peur redouble en intensité dans les rangs des clandestins.

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Quelques jours plus tôt, plusieurs dirigeants d’entreprise, dont ceux d’Amazon, d’Apple, de Facebook, de Cisco, d’eBay, de General Motors ou encore de Microsoft, étaient montés au créneau pour dissuader l'administration Trump de le faire. Ils ont insisté, via une lettre ouverte, sur l’impact économique d’une telle décision, et chiffré la perte à 460,3 milliards de dollars pour le PIB américain. En vain. Tim Cook, le patron d’Apple, a ouvertement affiché sur Twitter son soutien aux Dreamers en rappelant avoir 250 collègues arrivés clandestinement aux Etats-Unis alors qu’ils étaient mineurs. «Ils méritent notre respect et une solution digne des valeurs américaines», écrit-il.

Sortir de l’ombre

DACA fait partie de l’héritage Obama. L’ancien président démocrate, qui a expulsé plus de clandestins que ses prédécesseurs, l’a édicté par voie de décret en juin 2012. L’idée était de protéger ceux qui sont arrivés illégalement aux Etats-Unis avant l’âge de 16 ans en leur offrant l’équivalent d’un permis de séjour. Une sorte de régularisation. Pour y prétendre, il fallait par ailleurs avoir moins de 31 ans en juin 2012, et surtout pouvoir prouver avoir résidé continuellement dans le pays depuis 2007, sans condamnation dans son casier judiciaire.

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Les Dreamers sélectionnés pouvaient alors respirer, sortir de l’ombre avec la garantie de ne pas être expulsés. Et travailler autrement qu’au noir. DACA avait une validité de deux ans, renouvelable. Ces jeunes souvent arrivés aux Etats-Unis dans les premières années de leur vie bénéficiaient de facto d’une sorte d’immunité provisoire. Désormais menacés, les Dreamers ont encore six mois de répit, jusqu’au 5 mars 2018, le temps que le Congrès légifère. Mais dès aujourd’hui, aucune nouvelle demande ne sera examinée.

«Ces jeunes absolument fantastiques»

La décision provoque un déluge de colère et d'indignation chez les principaux concernés, les organisations qui les défendent et du côté des démocrates. Même certains républicains, reconnaissant le succès de DACA, avaient tenté de persuader Donald Trump de ne pas revenir en arrière. Paul Ryan, le président de la majorité républicaine à la Chambre des représentants, fait partie de ceux qui ont émis des réserves, estimant que c’était au Congrès de régler le problème.

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Il y a quelques mois encore, Donald Trump parlait de DACA comme d’un dossier des plus difficiles qui soient, «car vous avez ces jeunes absolument fantastiques qui ont été amenés ici…». «Nous traiterons DACA avec du cœur», avait-il même annoncé peu après son élection. Donald Trump devait prendre une décision jusqu’au 5 septembre, dix Etats républicains ayant averti qu’au-delà de cette date ils saisiraient la justice fédérale, pour contester la légalité du programme. Aujourd'hui, dans un long communiqué, il insiste sur le besoin de redonner la «priorité» aux travailleurs américains: «Nous devons nous rappeler que les jeunes Américains ont aussi des rêves.»

Dans les faits, des Dreamers bénéficiaires de DACA ont déjà été expulsés sous l’ère Trump, certains ayant apparemment été faussement accusés d’appartenir à des gangs. Cet été, Donald Trump avait déjà décidé d’abroger une directive protégeant les parents d’enfants clandestins nés aux Etats-Unis. Il s’agit du programme DAPA, mis sur pied par Barack Obama deux ans après DACA, en 2014. Il n’a toutefois jamais été appliqué: 26 Etats ont demandé à la justice de le bloquer.

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Avec cette nouvelle décision, ce sont près d’un million d’individus jusqu’ici tolérés sur sol américain qui vont replonger dans la clandestinité et tenter d’échapper aux expulsions. La résistance s'organise déjà devant les tribunaux. 

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