Syrie

Donald Trump durcit le ton pour que la Turquie mette fin à son offensive

Le gouvernement américain a annoncé des sanctions contre trois ministres turcs visant à convaincre Ankara de «mettre fin immédiatement à son offensive» contre les Kurdes en Syrie

Alors que les troupes syriennes se déployaient dans le nord de la Syrie, le président américain Donald Trump a fait volte-face et durci le ton lundi face à l'offensive turque. Lors d'un échange téléphonique avec son homologue turc Recep Tayyip Erdogan, Donald Trump s'est montré «très ferme», a affirmé le vice-président américain Mike Pence qui a assuré que le dirigeant turc s'était engagé à ce qu'il n'y ait «aucune attaque» contre la ville de Kobané.

«Les Etats-Unis veulent que la Turquie mette fin à l'invasion, mette en oeuvre un cessez-le-feu immédiat et commence à négocier avec les forces kurdes en Syrie», a indiqué Mike Pence, qui a précisé qu'il se rendrait prochainement en Turquie à la demande de Donald Trump.

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Les Etats-Unis ont également imposé des sanctions ciblées à trois ministres turcs dans le cadre d'un décret présidentiel de Donald Trump. Les ministres de l'Energie, de la Défense et de l'Intérieur sont frappés par les mesures américaines, selon un communiqué du Trésor américain. Leurs éventuels avoirs aux Etats-Unis sont gelés et leurs transactions internationales en dollars sont bloquées. Ce texte prévoit aussi de bloquer l'entrée sur le territoire américain des personnes sanctionnées.

«Si l'opération de la Turquie continue, elle va aggraver une crise humanitaire déjà grave et en pleine expansion, avec des conséquences potentiellement désastreuses», a déclaré le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo dans un communiqué. «Pour éviter de nouvelles sanctions imposées dans le cadre de ce nouveau décret présidentiel, la Turquie doit mettre fin immédiatement à son offensive unilatérale dans le nord-est de la Syrie et reprendre le dialogue avec les Etats-Unis sur la sécurité» dans la région, a-t-il prévenu.

Le retrait des militaires américains

Le chef du Pentagone, Mark Esper, a de son côté souligné que l'offensive militaire turque avait entraîné la libération de nombreux détenus «dangereux» de l'Etat islamique (EI). «Cette incursion inacceptable a sapé la mission internationale anti-EI, couronnée de succès en Syrie», a-t-il déploré.

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Après une semaine d'annonces contradictoires, un responsable américain a indiqué que tous les militaires américains, environ 1000, déployés depuis quelques années dans le nord de la Syrie pour soutenir les forces kurdes dans leur combat contre l'EI, avaient reçu l'ordre de quitter le pays.

Des combats acharnés se poursuivent à Ras al-Aïn

Lundi, les forces du régime du président syrien Bachar al-Assad -dont l'intervention auprès des Kurdes a surpris- se sont déployées au sud de Ras al-Aïn, à la périphérie de la ville Tal Tamr, où leur arrivée a été saluée par des habitants, a constaté un correspondant de l'Agence France-Presse (AFP). Des unités de l'armée sont désormais à 6 km de la frontière, a dit l'observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), une ONG proche des rebelles syriens. Des chars sont aux abords des villes de Tabqa et d'Aïn Issa.

 

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Et pour la première fois depuis 2012, l'armée syrienne est entrée dans la ville de Minbej, contrôlée par un conseil militaire affilié aux Kurdes, selon les médias officiels et un responsable local. Aux abords ouest de la ville, des combattants proturcs et des véhicules militaires turcs se sont massés par centaines, selon un correspondant de l'AFP sur place.

Des combats acharnés se poursuivent à Ras al-Aïn entre les troupes turques et les forces démocratiques syriennes (FDS), coalition militaire dominée par les YPG, selon l'OSDH. «Il y a un vaste réseau de tunnels sous Ras al-Aïn» utilisés par les forces kurdes, a affirmé un commandant syrien proturc, évoquant des tirs de snipers qui entravent aussi leur progression.

Depuis le début de l'offensive turque le 9 octobre, 133 combattants kurdes et 69 civils ont été tués, ainsi que 108 rebelles proturcs, selon l'OSDH. Quelque 160 000 personnes ont été déplacées, d'après l'ONU.

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