Etats-Unis

Donald Trump envisage le retour des prisons secrètes de la CIA

Kenneth Roth, directeur de Human Rights Watch, compte sur le Congrès pour jouer son rôle de supervision de l’exécutif

Le directeur de Human Rights Watch, Kenneth Roth, a présenté au Palais des Nations à Genève le rapport annuel de l’ONG américaine consacré en grande partie aux dangers liés à l’émergence des forces populistes dans le monde.

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Le Temps: Donald Trump annonce plusieurs mesures renforçant les frontières pour des raisons de sécurité, qu’en pensez-vous ?

Kenneth Roth: La dernière chose que je ferais si j’étais un agent de l’organisation Etat islamique (EI) serait d’entrer aux Etats-Unis en tant que réfugié. C’est l’assurance d’être contrôlé à de multiple reprises. Je viendrais comme étudiant, touriste ou homme d’affaires. La décision d'interdire les réfugiés de plusieurs pays musulmans en guerre relève d’une symbolique cruelle et inutile. C’est ignorer l’extraordinaire souffrance de ces réfugiés dont beaucoup fuient l’EI. Donald Trump confirme par ailleurs qu’il va construire un mur. J’espère que ce sera l’occasion pour le gouvernement mexicain d’exprimer ses préoccupations pour le sale boulot qu’il doit déjà faire pour les Etats-Unis. Pourquoi le Mexique doit-il mener une guerre à la drogue, avec d’immenses pertes humaines, alors que les Etats-Unis sont en train de décriminaliser la consommation de la marijuana ? Le Mexique fait par ailleurs déjà une faveur aux Etats-Unis en freinant le flux des migrants venus d’Amérique du Sud en chemin vers le nord. Pourquoi Mexico devrait-il continuer de le faire? J’espère que Pena Nieto évoquera ces sujets lorsque Donald Trump lui demandera de payer pour un mur ou de renégocier le traité de libre-échange (Nafta).

– Faut-il craindre une érosion de la démocratie américaine ?

– La principale question sera l’attitude du Congrès qui est contrôlé par les Républicains. Plusieurs initiatives de Trump ne font pas partie de la plate-forme politique du parti. Reste à voir si le Congrès va suivre le président ou s’il remplit sa fonction de supervision. On ne le sait pas encore. Jusqu’ici, dans le processus de confirmation des nominations, il a été décevant. Il n’a pas posé les questions permettant de clarifier l’engagement de la nouvelle équipe au pouvoir. Le Congrès est-il prêt à se battre pour défendre la Constitution et le Droits de l’homme? Pour l’heure, il semble surtout effrayé par Trump.

– Que va faire Donald Trump de la prison de Guantanamo ?

– Je crains qu’il soit déterminer à l’utiliser, juste pour prouver son utilité. C’est l’un des grands échecs de Barack Obama, il aurait pu la fermer, malgré l’opposition du Congrès. Il a renoncé, par manque de courage. C’est une invitation faite à Trump de la remplir à nouveau. Il considère aussi la possibilité de remettre à l’ordre du jour les prisons secrètes de la CIA. Pourquoi le ferait-il sinon pour recourir à la torture, raison pour laquelle elles avaient été créées en premier lieu ? J’espère que cette fois-ci, les gouvernements feront mieux leur boulot pour stopper les Etats-Unis. La dernière fois, ces prisons étaient souvent sur des territoires démocratiques, en Pologne, en Lettonie, en Roumanie, ou encore au Maroc, en Egypte, en Jordanie, en Thaïlande, en Afghanistan. Ces pays ne doivent plus se rendre complices d’un programme de torture américain.

– Craignez-vous des représailles contre votre ONG ?

– Pour des raisons de principe, HRW n’a jamais accepté l’argent des gouvernements. C’est précisément pour des moments comme celui-ci que nous avons refusé de le faire. Nous ne dépendons que de fonds privés, très diversifiés. On critique, il nous critique, c’est normal. On l’a déjà connu. Je ne crains pas ces manœuvres. Par contre l’ampleur des attaques contre les droits de l’homme pourrait être inhabituelle. Mais je n’ai pas d’inquiétude pour des institutions comme HRW.

– Les Etats-Unis vont-ils renoncer à défendre la cause des droits de l'homme?

– C’est encore trop tôt pour le dire. Mais c’est une grande inquiétude du fait que Trump exprime son admiration pour les hommes forts. Plusieurs personnalités de son gouvernement n’ont aucun respect pour les droits de l’homme. Les Etats-Unis, malgré leurs défauts, leur inconsistance, ont été une voix importante pour la société civile, pour l’espace civil dans beaucoup de pays. Je crains que beaucoup de pays vont profiter de l’arrivée de Trump au pouvoir pour réprimer. Il est d’autant plus important que d’autres gouvernement démocratique donnent de la voix pour défendre ces principes. Pas seulement en Europe, mais aussi en Amérique latine, en Afrique et en Asie. Si ce n’est pas le cas, la société civile dans beaucoup de pays connaîtra de gros problèmes.

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