États-Unis

Donald Trump était «à dix minutes» de bombarder l’Iran

Le président américain confirme que des frappes américaines, susceptibles de tuer 150 personnes, étaient planifiées. Son revirement suscite à la fois interrogations et inquiétudes

Une dangereuse escalade évitée à dix minutes près. La confirmation est finalement venue de Donald Trump lui-même, entraînant aussitôt des vagues d’interrogations et de réactions. Comme l’avait rapporté le New York Times, le président américain a bien approuvé des frappes contre des cibles iraniennes, avant de se raviser. Au dernier moment.

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«Pas pressé»

«Nous étions armés et prêts à riposter hier soir [jeudi] sur trois sites différents quand j’ai demandé combien de personnes allaient mourir», a écrit vendredi Donald Trump, dans une série de tweets matinaux. «Cent cinquante personnes, Monsieur, a été la réponse d’un général. Dix minutes avant les frappes, je les ai stoppées, car c’était disproportionné par rapport à l’abattage d’un drone sans pilote.» N’étant pas à une contradiction près, il poursuit, en ajoutant «ne pas être pressé» à déclencher une riposte armée, tout en indiquant que les forces militaires sont prêtes à réagir. Avant de conclure: «L’Iran ne sera JAMAIS autorisé à avoir des armes nucléaires, ni contre les Etats-Unis, ni contre le MONDE!» Il évoque également de nouvelles sanctions imposées depuis jeudi soir, sans les détailler.

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S’agit-il d’un nouveau moyen de pression relevant du grand bluff? Le président exagère-t-il en parlant de «dix minutes»? Ou fait-il, au contraire, preuve d’une impréparation inquiétante, des frappes étant rarement organisées sans que des scénarios détaillés tiennent compte des dégâts humains et matériels qui pourraient être engendrés? La version donnée par le président se veut «humanitaire» et ne mentionne pas les tensions dans son entourage, et au sein du Parti républicain, sur la stratégie à adopter face à l’Iran, entre les tenants d’une politique dure, comme son conseiller à la sécurité nationale John Bolton, et ceux qui espèrent éviter une escalade. Le contexte, des plus tendus, se déroule par ailleurs alors que le ministre de la Défense ad interim, Patrick Shanahan, a annoncé son départ, pour des raisons familiales.

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Des républicains regrettent

Selon le New York Times, le président aurait notamment écouté le secrétaire d’Etat, Mike Pompeo, pourtant connu comme défenseur d’une politique agressive vis-à-vis de l’Iran. Lors d’une réunion de crise dans la Situation Room, le chef de la diplomatie américaine aurait surtout mis en avant l’efficacité des sanctions qui étranglent financièrement l’Iran. Mais, toujours selon le quotidien américain, il y aurait aussi une autre explication, bien moins «rationnelle». Le New York Times cite «une personne familière avec la pensée de Trump» qui explique que le président était satisfait des événements, car cela lui permet d’user de son pouvoir d’ordonner des frappes… mais aussi celui d’y mettre fin.

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Jeudi déjà, Donald Trump avait tergiversé en réagissant à l’abattage d’un drone Global Hawk par un missile iranien. Téhéran affirme que le drone a violé son espace aérien alors que Washington assure qu’il se trouvait en espace aérien international. Donald Trump a évoqué dans un premier temps une «grossière erreur», avant de minimiser l’attaque, en laissant entendre que la décision aurait pu être prise par quelqu’un de «stupide». Il souffle le chaud et le froid, une attitude qui peut à la fois traduire des hésitations et divisions internes, ou une volonté délibérée de désorienter l’Iran.

Au sein des républicains, certains ont dénoncé le revirement de Donald Trump. Liz Cheney, élue à la Chambre des représentants, a été particulièrement virulente. Elle parle de «faiblesse» et relève «qu’un monde dans lequel la réponse aux attaques contre des cibles américaines est de se retirer, ou d’accepter l’attaque, est un monde dans lequel l’Amérique ne sera pas capable de défendre avec succès nos intérêts». La démocrate Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants, a confirmé de son côté que la Maison-Blanche ne l’avait pas informée des frappes envisagées. Les leaders des deux Chambres au Congrès sont pourtant habituellement censés être mis au courant de ce type d’actions militaires.

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