Il a créé un effet de surprise. En annonçant sa venue au Forum économique de Davos, Donald Trump a une nouvelle fois exprimé son imprévisibilité et démontré qu’il ne craignait pas les contradictions. Au cœur d’une tempête après la publication du livre Fire and Fury, le président américain, chantre du protectionnisme et ennemi du multilatéralisme, se rend dans la station grisonne alors même qu’il s’en était fortement pris au WEF pendant sa campagne, dans la droite ligne de ses critiques contre les élites et sa volonté d'«assécher le marécage».

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Rupture consommée avec Steve Bannon

La dernière venue d’un président américain à Davos remonte à 2000, avec le démocrate Bill Clinton, qui s’était lancé dans un vibrant plaidoyer pro libre-échange et OMC. Le but premier de Donald Trump est aux antipodes: il présentera son programme de l'«Amérique d’abord» («America First») aux dirigeants du monde entier, indique sa porte-parole, Sarah Sanders. «Le président a hâte d’y promouvoir sa politique pour renforcer les entreprises américaines, les industries américaines et les travailleurs américains», précise-t-elle.

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L’an dernier, il avait renoncé à Davos, fidèle à ses convictions et ses promesses. Cette année, il a un bilan économique à défendre. Il en profitera pour vanter sa réforme fiscale, son premier succès au Congrès. Sa venue coïncide également avec des décisions controversées qu’il s’apprête à prendre sur le plan commercial. Comme une possible renégociation ou dénonciation de l’Alena, le traité de libre-échange entre les Etats-Unis, le Mexique et le Canada.

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Steve Bannon, l’ancien conseiller controversé de Donald Trump, était l’un des plus féroces détracteurs de ce que représente le Forum, meeting annuel de milliardaires, politiciens, hommes d’affaires et vedettes d'Hollywood. La présence de Donald Trump à Davos ne fait que confirmer que la rupture est consommée entre les deux hommes. Le président américain, longtemps considéré comme la marionnette de Steve Bannon, s’est affranchi de son influence. Ce dernier, qui a contribué à alimenter le brûlot contre Trump, est en chute libre: il vient de quitter Breitbart News, sa plateforme d’idées extrémistes, lâché par sa principale actionnaire, la milliardaire ultra-conservatrice Rebekah Mercer.

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Une «bombe puante» lâchée en plein Davos

C’est le conseiller économique de Trump, le démocrate Gary Cohn, qui a probablement réussi à convaincre le président américain de se rendre au WEF. Il était un habitué de Davos comme banquier de Wall Street. Gary Cohn fait partie du clan de l’influent gendre Jared Kushner, en guerre frontale avec le clan Bannon, réduit aujourd’hui à peau de chagrin.

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Politico n’hésite pas à évoquer une «bombe puante de Trump» lancée en plein Davos, pour qualifier le «show populiste» qu’il donnera devant l’élite mondiale. Exactement le type de cérémonie que Trump, qui a bâti sa victoire sur le dédain des élites, adore démonter, rappelle le magazine. Mais le président, dont la cote de popularité plonge, ex-magnat de l’immobilier et star de la télé-réalité, aime fréquenter du beau monde, fouler les tapis rouges et briller sous les projecteurs. Davos sera pour lui aussi une sorte d’échappatoire, alors qu’il tente désespérément de redorer son blason après les révélations du livre de Michael Wolff. Au risque de provoquer l’incompréhension d’une bonne partie de sa base électorale.