Etats-Unis

Donald Trump face au spectre de la destitution

Dans une ambiance de crise, des élus démocrates réclament l'«impeachment» du président américain. Mais malgré la succession de dérapages, les critiques contre Donald Trump restent minoritaires dans le camp républicain

Qu’est-ce qui va bien pouvoir stopper le tout-puissant Donald Trump? Un vent de tempête souffle sur Washington ces jours. Au passage, il sème tumultes et chaos. Après avoir brutalement licencié le patron du FBI, le président américain est tour à tour accusé d’avoir livré des informations sensibles en provenance d’Israël au ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, puis d’avoir tenté de mettre fin à une enquête du FBI sur son ex-conseiller à la sécurité nationale. Au Congrès, des démocrates brandissent le spectre de l'«impeachment». Le malaise atteint les rangs républicains. Mais les voix dissidentes restent encore marginales.

Un climat délétère

Partage d’informations confidentielles en bafouant les règles du renseignement, tentatives d’obstruction à la justice: les accusations sont graves. C’est dans un climat délétère que les médias profitent de fuites qui affaiblissent Donald Trump, alors que son équipe de communication se répand en contradictions. Les murs de la Maison Blanche tremblent et les vibrations atteignent le Congrès, dans une certaine confusion.

«C’est le cœur serré que je demande la destitution du président», a lancé mercredi, depuis le Capitole, le démocrate Al Green, élu à la Chambre des représentants. Accusé d’entraves à la justice, Donald Trump pourrait en faire les frais. La Constitution américaine prévoit une procédure de mise en accusation du président qui peut conduire à sa destitution. Une procédure lourde et compliquée, qui reste exceptionnelle. Elle n’a été déclenchée que deux fois, en 1867 et en 1998, avec Bill Clinton, sans aboutir à des condamnations. En plein scandale du Watergate, Richard Nixon a préféré démissionner avant que le Congrès se prononce.

«L’ampleur du scandale du Watergate»

Donald Trump est-il en train de vaciller? Mardi encore, Nancy Pelosi, la cheffe de file de la minorité démocrate à la Chambre des représentants, a clairement refusé de se joindre aux appels à la destitution. Pour elle, les accusations doivent encore être prouvées. Chez les républicains, les réactions dissidentes restent minoritaires, à part les voix critiques habituelles. Le tandem John McCain et Lindsey Graham – les sénateurs n’ont jamais caché leur antipathie pour Trump – fait partie des détracteurs. John McCain évoque une «affaire de l’ampleur du scandale du Watergate».

Mais les chefs républicains du Sénat et de la Chambre des représentants, Mitch McConnell et Paul Ryan, continuent de faire corps avec Donald Trump, les yeux rivés sur les élections de mi-mandat de 2018. Seuls une quarantaine d’élus parmi les 290 républicains du Congrès – le parti est majoritaire dans les deux chambres – ont osé exprimer leurs doutes quant au limogeage de James Comey. Six ont ouvertement demandé une investigation indépendante sur l’affaire russe.

«Le parti républicain a vendu son âme»

Les nouvelles révélations délieront probablement des langues. Mais, fidèle de Donald Trump, on voit mal Mitch McConnell fléchir: sa femme, Elaine Chao, est ministre. Pour ce qui est de Paul Ryan, il suffit par contre de revenir quelques mois en arrière pour se souvenir qu’il n’a pas toujours été aussi fidèle. En pleine campagne présidentielle, outré par les propos du candidat Trump sur les femmes, il avait annoncé ne pas faire campagne pour lui, mais se concentrer sur les élections au Congrès. Cela lui avait valu d’être traité par Trump de «très faible leader» et de «déloyal».

Dans une Opinion du New York Times, l’historien militaire Max Boot, qui a quitté le parti républicain le 9 novembre, emploie des mots assassins: «Le parti a vendu son âme au charlatan sans âme qui occupe maintenant le Bureau ovale et se moque de tous les principes du parti». Des lézardes apparaissent dans la forteresse républicaine. Mais selon un récent sondage de l’Université de Quinnipiac, si le soutien des électeurs républicains à Donald Trump baisse, il est toujours de 80%.

Le Congrès veut entendre James Comey

Aujourd’hui, l’objectif premier des élus est de clarifier la situation. «Nous avons besoin des faits. Il est évident que certaines personnes essaient de nuire au président. Mais nous avons une obligation d’accomplir notre mission de contrôle, quel que soit le parti au pouvoir à la Maison Blanche», a insisté Paul Ryan, après une réunion au Capitole.

Le président russe Vladimir Poutine est entré dans la danse, alors que l’affaire de l’ingérence russe dans l’élection présidentielle américaine empoisonne le début de mandat de Donald Trump, en se disant… «prêt à fournir l’enregistrement» de l’entretien entre Lavrov et Trump. Il a dénoncé, d’un ton moqueur, la «schizophrénie politique» qui règne aux Etats-Unis.

Le Congrès espère surtout pouvoir auditionner James Comey. Mardi, le New York Times a révélé le contenu d’un de ses mémos: Donald Trump aurait demandé au patron du FBI de laisser tomber l’enquête sur Michael Flynn, révélation que la Maison Blanche a démentie. La rencontre a eu lieu le lendemain de la démission forcée du conseiller à la sécurité nationale. Selon le New York Times, le président aurait dit: «C’est un gars bien. J’espère que vous pourrez laisser tomber.»

«Toute cette affaire est un test sans précédent pour le pays. L’histoire nous regarde», a déclaré, sur un ton solennel, Chuck Schumer devant le Sénat, à peine l’article publié. Donald Trump, lui, a lâché une autre phrase, mercredi, devant des gardes-côtes, en parlant de sa situation: «Vous devez baisser la tête et combattre, combattre, combattre. Ne laissez jamais, jamais tomber.»

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