C'est une pilule qui est difficile à avaler à Bruxelles. L'Union européenne (UE), par la voix d'Ursula von der Leyen, présidente de la Commission, et de Charles Michel, président du Conseil, a vertement critiqué la décision américaine d'interdire aux Européens d'entrer aux Etats-Unis pendant un mois. Cette restriction s'appliquera dès ce vendredi.

Dans un discours à la nation prononcé mercredi soir, Donald Trump a justifié cette mesure, disant qu'elle visait à protéger la santé des Américains d'un virus «venant des pays étrangers». Implicitement, il a reproché à l'UE de n'avoir pas pris «les mêmes précautions». Dans la foulée, il a exhorté les Américains à éviter tout voyage à l'étranger.

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«Le coronavirus est une crise mondiale, qui n'est pas limitée à un continent et qui requiert de la coopération plutôt qu'une action unilatérale», ont répliqué les deux dirigeants européens dans un communiqué commun publié jeudi dans la matinée. Connus plutôt pour leur volonté de vouloir toujours arrondir les angles, ils ont déploré que Washington n'ait pas daigné les consulter avant de prendre les devants.

Décision déconcertante

La décision américaine est jugée déconcertante à Bruxelles, d'autant plus que les frontières américaines sont fermées aux seuls ressortissants de l'espace Schengen. Elle épargne ainsi le Royaume-Uni, qui compte plus de cas de Covid-19 que de nombreux pays de l'Union, de même que l'Irlande, la Roumanie, la Bulgarie et Chypre.


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La Suisse, membre de Schengen, est directement concernée par l'interdiction. A Berne, les Affaires étrangères n'ont pas fait de commentaires. Pour le Secrétariat d'Etat à l'économie, «il est trop tôt pour évaluer les conséquences».

La restriction américaine intervient alors que le virus est déjà bien présent aux Etats-Unis où il a déjà fait une trentaine de morts et contaminé un millier de personnes. «Dans les jours et les semaines à venir, nous nous attendons à voir le nombre de cas, le nombre de décès et le nombre de pays touchés augmenter», a averti le directeur de l'Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus, à Genève.

Trump méprise les Européens

«Après avoir soutenu l'explosion de l'UE en appuyant le Brexit et après nous avoir imposé des sanctions économiques, le président américain confirme son mépris à l'égard des Européens, enrage un haut fonctionnaire européen à Bruxelles. Il est temps de lui répondre coup sur coup.»

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Encore abasourdis par la décision américaine, les dirigeants européens doivent mesurer les conséquences éventuelles de l'interdiction, notamment sur le plan économique. Il régnait encore, jeudi après-midi, une confusion: l'interdiction concernait-elle aussi les échanges commerciaux entre les deux rives atlantiques? Lors de son allocution, le président Trump a laissé entendre que les restrictions s'appliqueraient également aux produits venant d'Europe et pas seulement aux voyageurs. Or, la proclamation officielle publiée plus tard par la Maison-Blanche laisse entendre que le président «continue de s'engager à faciliter le commerce entre nos nations».

Premiers partenaires commerciaux

Le flou présidentiel a de quoi inquiéter. Les Etats-Unis et l'UE sont, l'un pour l'autre, le principal partenaire commercial; ils s'échangent marchandises et services pour environ 1 milliard de dollars par jour. Ensemble, ils représentent 30% des échanges mondiaux. Les Etats-Unis sont aussi les premiers pourvoyeurs de capitaux dans le monde, mais ils investissent d'abord en Europe. Alors que les multinationales européennes généraient 3 millions d'emplois aux Etats-Unis en 2016, les américaines en avaient créé 3,8 millions, selon une étude de la Banque de France.

Soit. En attendant les précisions de l'administration Trump, les secteurs de services qui sont concernés directement par les mouvement de personnes s'inquiètent. L'interdiction de voyage frappera les compagnies aériennes, les agences de voyages, l'hôtellerie, la restauration et d'autres activités. Selon l'IATA, l'association faîtière des compagnies aériennes, il y avait 200 000 vols en 2019 entre les Etats-Unis et les pays de l'espace Schengen, qui ont transporté 46 millions de passagers. Soit 555 vols et 125 000 passagers par jour.