Midterms

Donald Trump freiné dans son élan

Avec les démocrates qui reprennent la majorité à la Chambre des représentants, le président va devoir affronter des blocages et une seconde partie de mandat chahutée

Donald Trump a tout fait pour l’éviter, il n’y est pas parvenu. Désormais, avec une nouvelle majorité démocrate à la Chambre des représentants, la seconde partie de son mandat a peu de chances de ressembler à un long fleuve tranquille.

Impeachment improbable

Les démocrates vont pouvoir lancer des commissions d’enquêtes parlementaires, par exemple sur l’ingérence russe dans la présidentielle de 2016 et la possible collusion entre Moscou et son équipe de campagne. Ou encore sur ses affaires fiscales. Ou pourquoi pas sur la vive controverse autour de sa politique de séparation des familles de clandestins à la frontière.

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Ils pourraient également décider de lancer une procédure de destitution, qui resterait toutefois plus symbolique qu’autre chose: une telle demande doit être avalisée par le Sénat, avec 60% des voix. Or le Sénat reste en mains républicaines.

Le parti y a même renforcé sa majorité, et c’est bien sur ce point que Donald Trump a d’ailleurs choisi de mettre l’accent après la nuit électorale, en parlant d'«immense succès». Il n’a pas tort: le parti présidentiel n’est jamais parvenu ces dernières années à gagner des sièges au Sénat, sauf en 2002.

Les démocrates ne sont pas dupes: l’état-major du parti refuse pour l’instant d’évoquer une procédure de destitution et aucun candidat n’a fait campagne sur ce thème. En clair, les démocrates pourront freiner Trump, ils pourront tenter d’influencer son agenda et de le pousser à des compromis pour éviter la paralysie de dossiers. Mais ils ne parviendront pas à le bloquer. Le président risque par contre de devoir faire une croix sur certains projets qui lui sont chers, comme obtenir le financement pour la construction d’un mur entre les Etats-Unis et le Mexique. Même quand le Congrès était en mains républicaines, il n’y était pas parvenu. Alors maintenant…

Une certaine logique

Pour Donald Trump, cette nouvelle mainmise démocrate sur une des Chambres du Congrès ne représente pas un grand danger. Historiquement, le président au pouvoir perd toujours une trentaine de sièges lors des «midterms», environ 26 à la Chambre des représentants et 4 au Sénat. Sur les 40 élections de mi-mandat qui se sont déroulées depuis 1862, cela s’est confirmé à 37 reprises, soit dans 93% des cas, analyse Mathieu Gallard, directeur d’études chez Ipsos, sur Twitter. Les seules exceptions ont été en 1934, 1998 et 2002. En perdant la Chambre pendant les premières élections de mi-mandat après son élection, Donald Trump se retrouve en fait dans la même situation que Bill Clinton en 1994 ou encore Barack Obama en 2010.

Par ailleurs, c’est le Sénat qui est chargé de confirmer des nominations cruciales, comme celles de juges à la Cour suprême. Sur ce plan, Donald Trump pourra donc continuer d’imposer son agenda conservateur et obtenir la confirmation de magistrats très à droite et controversés. A l’image de Brett Kavanaugh, nommé malgré de lourdes accusations d’agressions sexuelles qui pesaient sur lui. En politique étrangère, Donald Trump n’a pas non plus besoin de la Chambre des représentants. Il peut très bien choisir d’agir par décrets signés uniquement par le Sénat.

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Voie royale pour 2020?

Le pari désormais est de savoir si Donald Trump va vraiment devenir moins provocateur et renoncer au style qui l’a fait élire, lui qui se targue d’être le roi des «deals». A en juger par sa réaction, surjouée ou non, à l’annonce des résultats, ces élections de mi-mandat pourraient aussi le pousser à devenir plus trumpiste que jamais. Selon le Washington Post, Donald Trump, adepte de limogeages, pourrait décider de se débarrasser de certains membres de son cabinet et de faire le ménage dans son entourage, pour ne s’entourer que d’inconditionnels qui lui seront utiles pour la course à la présidentielle de 2020. Les noms des ministres de la Justice et de la Défense, Jeff Sessions et Jim Mattis, sur la sellette depuis un moment, reviennent régulièrement.

Et si, finalement, cette nouvelle configuration du Congrès était idéale pour Donald Trump en vue de 2020? Le président pourrait jouer dans un registre qu’il connaît bien: celui de la victimisation. Il pourrait dénoncer les «obstructions» des démocrates, leurs tentatives de bloquer ses projets, et galvaniser ainsi sa base électorale. Tant que les démocrates n’auront pas de figures qui sortiront vraiment du lot, tant qu’ils ne parviendront pas à imposer des thèmes forts, Donald Trump aura une voie royale qui s’offre à lui. Le principal danger pour les démocrates n’est peut-être pas forcément Trump lui-même.

Mardi, la cheffe des démocrates à la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a tout fait pour ne pas creuser les divisions et apporter de l’eau au moulin de Trump. Elle a très vite promis un «nouvel équilibre», sans fanfaronner ni revendiquer des capacités de nuisance. «Un Congrès démocrate va œuvrer à des solutions qui nous rassemblent, car nous en avons tous assez des divisions», a-t-elle tonné, en annonçant la «restauration des pouvoirs et contre-pouvoirs constitutionnels».

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Donald Trump a pris la peine de l’appeler pour la féliciter de la victoire démocrate à la Chambre des représentants. Mais les signaux qui émanent de la Maison-Blanche sont souvent contradictoires et troubles. Kellyanne Conway, la conseillère de Donald Trump, n’a pas attendu longtemps avant d’accuser les démocrates de «montrer peu d’appétit pour travailler avec le président».

Au sein du Parti démocrate, les discussions risquent d’ailleurs d’être vives sur la stratégie à adopter face à Donald Trump. Le parti est tiraillé entre deux ailes, embarrassé par l’émergence d’une nouvelle génération de progressistes. Il se murmure que certains démocrates ne veulent pas de Nancy Pelosi, 78 ans, comme nouvelle «speaker», mais espèrent un renouvellement.

Ces deux prochaines années promettent des turbulences. Avec quelques trous d’air.


La carte du vote à la Chambre des représentants.

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