On attendait un vote sanction des Afro-Américains à l’égard de Donald Trump. Mais, surprise, le président a davantage séduit l’électorat noir qu’il y a quatre ans. On est très loin d’un basculement, le vote afro-américain restant dans sa grande majorité acquis aux démocrates. Mais l’évolution est notable et interpelle.

Selon différents sondages réalisés à la sortie des urnes, seuls éléments disponibles pour l’instant, le président a obtenu entre 8 et 12% du vote des Afro-Américains, qui représente environ 12% de l’électorat américain. Mais les sondeurs s’accordent sur le fait que Donald Trump a fait mieux auprès de la minorité noire qu’en 2016. Cette augmentation (entre deux et quatre points, selon les instituts de sondage) est d’autant plus remarquable que la participation a atteint des records.

Or les Etats-Unis ont été balayés durant le printemps et l’été par des manifestations sans précédent suite à la mort de George Floyd, un Afro-Américain, sous le genou d’un policier blanc, un cas de plus dans la longue liste des violences policières contre la communauté noire. Face à la colère de la rue, Donald Trump s’était résolument rangé du côté de la police, affirmant être le candidat de «la loi et l’ordre». Il n’a pas montré la moindre compassion pour la victime.

Lassitude

Cette posture et les accointances du président avec le suprémacisme blanc n’ont pas dissuadé de nombreux Afro-Américains de voter pour lui. Pourquoi? Tout d’abord, le président n’a pas renoncé à faire campagne auprès de cet électorat a priori hostile. A peine remis du covid, Donald Trump s’était adressé aux minorités: «Chaque jour, de plus en plus de Noirs américains et de Latinos sont laissés de côté par les politiciens de gauche et leur idéologie corrompue.»

Le discours du président axé sur l’économie et les emplois, alors que les chiffres du chômage étaient bons avant la pandémie, a pu convaincre une partie de cette communauté historiquement défavorisée, qui rêve d’ascension sociale – vendue depuis des décennies par le milliardaire new-yorkais. «Nous votons démocrate depuis cinquante ou soixante ans, déclarait au New York Times un Afro-Américain dans un meeting de Donald Trump, et il n’y a eu aucun progrès. Nous avons même eu un président noir pendant huit ans, mais il ne nous a rien donné.»

Vote pas acquis

Joe Biden pensait peut-être que le vote des Afro-Américains lui était acquis. Il pouvait s’enorgueillir d’avoir été le vice-président de Barack Obama, lequel s’est fortement engagé dans la dernière ligne droite de la campagne. Enfin, Joe Biden a choisi Kamala Harris comme colistière, une femme issue des minorités. Son père est d’origine jamaïcaine et sa mère est née en Inde. Apparemment pas suffisant pour consolider l’avantage démocrate auprès des Afro-Américains. Mais si le candidat Trump a tant fait mentir les sondages, il le doit avant tout aux Blancs, deux tiers de l’électorat, qui ont majoritairement voté pour lui, en particulier les hommes.

A titre de comparaison, les Latino-Américains (13% de l’électorat) se sont prononcés aux deux tiers pour Joe Biden, contre un tiers pour Donald Trump, selon un autre sondage réalisé à la sortie des urnes. Ce rapport de force cache de grandes disparités selon les Etats. En Floride, Donald Trump a fait quasiment jeu égal face à Joe Biden auprès des Latinos, alors qu’Hillary Clinton avait eu une avance confortable en 2016.

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Le président sortant a aussi davantage séduit les Latinos en Géorgie. En revanche, en Arizona, les électeurs latinos ont voté deux fois plus pour le démocrate que pour le républicain. En Pennsylvanie, le fossé est encore plus grand: 69% pour Biden et 27% pour Trump. Des chiffres qui faisaient dire ce jeudi à l’analyste latino-américaine démocrate Ana Navarro, interrogée sur CNN, que le cas de la Floride était une exception: «Les exilés cubains sont traumatisés par le communisme et ils ont été bombardés de messages par la campagne Trump sur les risques de socialisme avec les démocrates. En Arizona, si Joe Biden l’emporte, il le devra beaucoup aux Latinos.»