Au nom de la lutte contre le chômage, Donald Trump a décidé lundi un nouveau tour de vis migratoire avec le gel des cartes vertes et de certains visas de travail jusqu'en 2021. Confronté à la destruction brutale de millions d'emplois en raison des mesures de confinement, le président républicain avait décidé il y a deux mois de suspendre pour 60 jours la délivrance des «green cards», qui offrent un statut de résident permanent aux Etats-Unis, sans toucher aux visas de travail temporaire.

Comme le rapporte la Maison-Blanche, il a signé un nouveau décret qui prolongera cette «pause» jusqu'au 31 décembre et inclura cette fois plusieurs types de visas de travail, dont les H1-B très utilisés dans le secteur des hautes technologies. Sont également concernés les visas H2B réservés aux travailleurs peu qualifiés (avec une exception pour les employés de l'industrie alimentaire), les visas J utilisés pour les étudiants-chercheurs ou les visas de transfert inter-compagnies qui servent pour certains contrats expatriés.

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Selon un haut responsable, cette «pause» devrait empêcher au moins 525 000 étrangers d'entrer sur le sol américain et réserver leurs emplois à des Américains. «La priorité du président, c'est de remettre les Américains au travail», a-t-il justifié.

Un décret pour lutter contre le chômage

Au-delà du gel des visas annoncés ce lundi, il a ordonné à son administration de réfléchir à une réforme des visas H1-B pour qu'en 2021, ils soient attribués aux étrangers à qui les plus hauts salaires ont été promis et non plus par loterie.«Cela éliminera la compétition pour les Américains aux postes de débutants et nous aidera à attirer les meilleurs, les plus doués», a estimé le haut responsable.

Aux Etats-Unis, le taux de chômage a bondi à 13,3% de la population active en mai, contre 3,5% en février, en raison des mesures de confinement prises pour lutter contre la pandémie de nouveau coronavirus.

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Cette dégradation du marché de l'emploi, la mort de 120 000 malades du Covid-19, ainsi que des manifestations monstres contre les violences policières compliquent la campagne de Donald Trump, à la peine dans les sondages face à son rival démocrate Joe Biden.

Des réactions hétérogènes

Après un meeting décevant dans l'Oklahoma ce week-end, il espère rebondir en utilisant les ressorts de sa campagne victorieuse de 2016: la lutte contre l'immigration illégale. Il se rendra mardi à Yuma, dans l'Arizona, pour marquer l'achèvement de «200 miles» (320 kilomètres) du mur qu'il avait promis d'ériger à la frontière avec le Mexique. En parallèle, il entend réformer le système d'immigration légale, pour attirer les étrangers les plus qualifiés.

Ces annonces ont immédiatement suscité des réactions aux antipodes. Le sénateur républicain Ted Cruz, un proche du président, a salué un «acte important». «Alors que nous travaillons pour vaincre le coronavirus et remettre notre économie sur pied, sous devons nous concentrer sur les vies et les emplois des Américains», a-t-il tweeté.

«Ce n'est ni une réponse à la pandémie, ni une réponse économique», a au contraire jugé Andrea Flores de la puissante association de défense des droits civiques ACLU, pour qui, «il s'agit d'une instrumentalisation de la pandémie (...) pour remodeler nos lois migratoires sans passer par le Congrès».

Fait inhabituel, le sénateur républicain de Caroline du sud, Lindsay Graham, d’ordinaire un fervent soutien de Donald Trump, a lui aussi critiqué la décision du président en estimant qu’elle constituera «un frein pour notre reprise économique». «Ceux qui pensent que l’immigration légale, et particulièrement les visas de travail, nuisent au travailleur américain ne comprennent pas l’économie américaine.»