Le président Donald Trump n'est actuellement pas sous oxygène et n'a plus eu de fièvre depuis 24 heures, a précisé samedi le médecin de la Maison-Blanche, Sean Conley, en assurant que le dirigeant allait «très bien». Son niveau de saturation en oxygène est de 96%, selon le docteur lors d'une conférence de presse à l'hôpital militaire de Walter Reed près de Washington, où Donald Trump a été admis vendredi. (AFP)

Le covid, dont Donald Trump n’a cessé de minimiser la dangerosité, avait déjà chamboulé sa campagne mais, cette fois, c’est le coup de massue. Testé positif au coronavirus, le président des Etats-Unis a dû mettre ses déplacements dans des Etats cruciaux entre parenthèse, mais surtout, pris de fièvre et de toux, il a été transféré dans un hôpital militaire de la banlieue de Washington, où il devrait rester «quelques jours». L'annonce faite vendredi en fin de soirée à Washington suscite inquiétudes et interrogations. Avant d'embarquer dans l'hélicoptère, masqué, il n'a pas fait le moindre commentaire aux journalistes présents, se contentant d'un pouce levé. «Dans un souci d'extrême prudence, et sur recommandation de son médecin et d'experts médicaux, le président travaillera depuis les bureaux présidentiels à (l'hôpital) Walter Reed ces prochains jours», a fait savoir sa porte-parole Kayleigh McEnany. 

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«Bon moral»

Quelques heures plus tôt, le couple présidentiel allait «bien», selon un tweet de la First Lady, testée elle aussi positive. Le médecin de la Maison-Blanche l’avait confirmé, ajoutant que le président exerçait ses fonctions «normalement». Donald Trump ne présentait que de «légers symptômes» et gardait un «bon moral», selon son chef de cabinet. Mais à 74 ans et avec ses 110 kilos pour une taille d’1,90 mètre qui font de lui un homme cliniquement obèse, il entre dans la catégorie des personnes à risques et n’est pas à l’abri de complications.

A peine arrivé à l'hôpital, il a publié un tweet avec une vidéo très brève enregistrée à la Maison-Blanche, dans laquelle il tente de se montrer rassurant sur son état de santé et celui de la First Lady. Il fait désormais l'objet d'un traitement expérimental de Regeneron contre le Covid-19, à base d'anticorps de synthèse, et s'est fait injecter une dose de 8 grammes, la plus forte. Ce traitement n'a été expérimenté que sur 275 patients, avec des résultats encourageants. Selon son médecin, il se fait également administrer du zinc, de la vitamine D, de la famotidine, de la mélatonine et de l'aspirine.

Lors d'un événement en ligne, son prédécesseur, le démocrate Barack Obama, lui a souhaité un prompt rétablissement. «Bien que nous soyons au milieu d'un grand combat politique, et nous prenons cela très au sérieux, nous voulons aussi adresser nos meilleurs voeux au président des Etats-Unis et à la Première dame», a-t-il déclaré, en parlant aussi au nom de son épouse. 

Jeudi soir, c’est d’abord l’information selon laquelle Hope Hicks, une conseillère de Donald Trump, a été testée positive qui est tombée. Puis le président a lui-même annoncé par tweet, vers 1 heure du matin vendredi, heure de Washington, que son épouse Melania et lui avaient aussi été testés positifs. Hope Hicks était avec lui à bord d’Air Force One pour se rendre à Cleveland (Ohio) pour le débat présidentiel de mardi, et l’avait également accompagné, le lendemain, à un meeting dans le Minnesota. Le président était probablement déjà au courant jeudi matin que sa collaboratrice était positive, mais a néanmoins participé dans la journée à un événement de récolte de fonds dans le New Jersey.


Pour aller plus loin:


Alors que le coronavirus a déjà fait plus de 207 000 morts aux Etats-Unis, Donald Trump a sciemment minimisé sa dangerosité en public, a révélé le journaliste Bob Woodward dans son dernier livre. Il a contredit des scientifiques, affirmé que le virus pouvait être terrassé en avalant de l’eau de javel – il prétend aujourd’hui avoir voulu faire de l’humour –, révélé qu’il avait pris de l’hydroxychloroquine à titre préventif, et a pendant longtemps refusé de porter des masques, soucieux de relancer l’économie au plus vite. Pas plus tard que mardi, lors de son face-à-face avec le démocrate Joe Biden, il s’était moqué de son adversaire qui en porte «des énormes».

On apprend aujourd’hui que ses proches conseillers n’en portaient pas pendant les journées de préparation. Pendant le débat, la plupart des membres de sa famille ont par ailleurs enlevé leur masque, faisant fi les règles établies. Plusieurs personnes doivent désormais se faire dépister. Mike Lee, sénateur républicain, et le président de l'Université de Notre Dame, ont déjà annoncé vendredi être positifs. Ils faisaient partie des invités de la cérémonie de la semaine dernière pour la présentation de la candidate de Donald Trump à la Cour suprême, Amy Coney Barrett. La plupart des personnes du public ne respectaient pas les règles sanitaires de base. 

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Testé tous les jours

Très critiqué pour sa gestion de la pandémie, Donald Trump va-t-il désormais, selon l'évolution de son état de santé, minimiser le virus, ou vouloir se présenter en héros? Aussi bien le premier ministre britannique, Boris Johnson, que le président brésilien, Jair Bolsonaro, ont vu leur popularité augmenter après avoir eux-mêmes été testés positifs. Les prochains jours seront cruciaux. Ils permettront de déterminer à quel point la dynamique de la campagne présidentielle sera affectée. En cas de difficultés, il reviendra au vice-président, Mike Pence, de prendre les rênes du pays. Mais vendredi dans la soirée, il n'était pas encore question que Donald Trump cède le pouvoir.

Plusieurs présidents américains sont tombés gravement malades alors qu’ils étaient en exercice – George Washington aurait frôlé la mort lors d’une épidémie de grippe et Woodrow Wilson a eu de sérieux problèmes de santé lors des pourparlers de paix à Paris après la Première Guerre mondiale –, quatre sont morts de causes naturelles pendant leur mandat et quatre autres ont été assassinés, rappelle le New York Times. Mais depuis la tentative d’assassinat de Ronald Reagan en 1981, aucun président n’a dû faire face à une menace potentiellement mortelle alors qu’il était au pouvoir.

Donald Trump, son entourage, ainsi que tous les collaborateurs de la «West Wing» de la Maison-Blanche sont testés quotidiennement. Vendredi, Mike Pence a révélé que lui et sa femme étaient négatifs. Mais il va devoir redoubler de précautions. Joe Biden, qui s’est rendu dans la journée dans le Michigan, s’est aussi fait tester. Les résultats sont pour l’instant négatifs. Dans un tweet avant l’annonce du président, le démocrate l’accusait encore de vouloir «détourner l’attention» de la pandémie. «A cause de sa réaction calamiteuse au Covid-19, plus de 200 000 Américains sont morts, 26 millions sont au chômage et une petite entreprise sur six risque de fermer définitivement», a-t-il écrit.

Contrairement à Donald Trump, Joe Biden a toujours été très respectueux des règles sanitaires, faisant une bonne partie de sa campagne terré dans le basement de sa maison du Delaware, même quand le président avait décidé de repartir sur le terrain. Le démocrate est aussi toujours apparu masqué en public.