Moscou n'a pas cherché à faire élire Donald Trump. C'est le message qu'ont tenté de faire passer ce weekend l'équipe du président élu et certains membres du parti républicain. Des révélations du Washington Post selon lesquelles un rapport secret de la CIA prouve que la Russie a interféré dans la présidentielle américaine pour faire élire le milliardaire a provoqué chez eux une poussée de fièvre. L'équipe de transition a balayé d'un coup ces accusations. Et s'est défendue en déclarant que les analystes de la CIA parvenus à ces conclusions sont «les mêmes que ceux qui disaient que Saddam Hussein disposait d'armes de destruction massive». 

Si l'ingérence russe ne semble pas faire de doute et a été confirmée par le Département de la Sécurité intérieure et la Direction du renseignement début octobre déjà, sa nature, son ampleur et ses effets concrets font l'objet de nombreuses spéculations. Le Washington Post lui-même précise que le récent rapport de la CIA, présenté à des sénateurs, ne relaie pas l'avis unanime des dix-sept agences de renseignement américaines. Reste que la légèreté de la réaction de l'entourage de Donald Trump a de quoi étonner. Elle interroge aussi sur la manière dont le futur président des Etats-Unis compte travailler avec les agences de renseignement et utiliser les informations sensibles qu'elles lui transmettront.

Briefings de sécurité délaissés

Cette curieuse ligne de défense, alors que de nombreuses zones d'ombre subsistent, contribue à décrédibiliser la CIA et les agences de renseignement. Donald Trump n'a d'ailleurs pas hésité à déclarer au magazine Time que les conclusions des agences sur l'interférence de Moscou pouvaient être «politiquement motivées». Et il ne juge pas nécessaire de participer quotidiennement aux briefings de sécurité des renseignements américains, comme le veut pourtant la coutume. Barack Obama y participe six fois par semaine, Donald Trump en moyenne une fois. «Avoir un président élu qui rejette des faits relayés par la communauté du renseignement simplement parce que cela entre en conflit avec ses hypothèses, c'est incroyable!», réagit, dans le New York Times, Michael V. Hayden, ex-directeur de la NSA puis de la CIA sous la présidence de George W. Bush.

Dimanche, dans une interview exclusive accordée à la chaîne Fox News, Donald Trump a réaffirmé qu'il ne croyait pas aux conclusions de la CIA affirmant que Moscou a cherché à le faire élire. «Je pense que c'est ridicule. C'est encore un prétexte. Je n'y crois pas», a-t-il précisé, en laissant entendre que ces fuites ont été orchestrées par les démocrates pour lui nuire. Concernant les briefings de sécurité, le président élu a souligné qu'il n'avait pas besoin qu'on lui dise «la même chose et les mêmes mots pendant les huit prochaines années, car cela pourrait durer huit ans». 

L'apparente hostilité de Donald Trump vis-à-vis de la CIA pourrait notamment être influencée par Michael Flynn, son conseiller en sécurité nationale. Ancien directeur de l'Agence de renseignement militaire (DIA), Michael Flynn, connu pour son franc parler et son caractère excessif, en avait été licencié alors que sa mésentente et rivalité avec la CIA était déjà consommée. C'est James Clapper, l'actuel directeur du renseignement national des Etats-Unis, qui était à l'origine de cette décision. 

Extrême nervosité

Pendant que l'équipe de transition s'érigeait contre les conclusions de la CIA, Chuck Schumer, chef de la minorité démocrate au Sénat dès janvier, a exigé une enquête bipartite du Congrès pour clarifier les faits. Cette passe d'arme intervient alors que Barack Obama a ordonné, vendredi, un rapport complet sur les piratages informatiques survenus pendant la campagne.

L'affaire révèle l'extrême nervosité qui prévaut s'agissant du déroulé du scrutin. Samedi, Sean Spicer, le porte-parole du parti républicain, a été virulent sur CNN. Il a démenti que les Russes auraient non seulement transmis à Wikileaks des milliers d'emails piratés des comptes de proches d'Hillary Clinton, dont son ex-directeur de campagne John Podesta, mais également hackés ceux du Comité national du parti républicain, sans les utiliser. «Nous avons travaillé avec des agences du renseignement qui nous ont dit que nous n'avons pas été hackés», a-t-il insisté. 

Ce weekend, d'autres rumeurs ont agité les esprits. Un nouveau nom revient avec insistance pour le poste de Secrétaire d'Etat: Rex Tillerson, le patron d’ExxonMobil, un pro-russe, qui aurait des liens étroits avec Vladimir Poutine. L'ancien maire de New York Rudy Giuliani n'est plus dans la course, ayant décidé lui-même de se retirer.