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Manifestation de protestation à New York, 15 août 2017.
© Anadolu Agency

Etats-Unis

Donald Trump joue avec le feu racial

La conférence de presse donnée par le président américain mardi à la Trump Tower a poussé à la caricature la figure d’un dirigeant qu’une partie croissante de l’Amérique juge moralement inapte à diriger le pays. Même le général John Kelly, son chef de cabinet, n’arrive pas à le contrôler

«A moment of reckoning». La conférence de presse que Donald Trump a donnée mardi dans l’atrium de la Trump Tower à Manhattan a tout de la caricature d’une présidence chaotique. Elle pousse l’Amérique à une introspection. Elle a choqué démocrates et républicains, notamment les ex-présidents Bush père et fils. Elle interroge sur la possible déliquescence morale d’un locataire de la Maison-Blanche qui s’est pourtant fixé pour objectif de «rendre la grandeur à l’Amérique».

Sous pression de l’establishment et de ses conseillers, le président républicain avait finalement accepté lundi, après un long silence de 48 heures, de condamner l’attitude des suprémacistes blancs du Ku Klux Klan et des néonazis lors d’un rassemblement organisé samedi dans la ville de Charlottesville en Virginie. Ces derniers avaient lâché des insultes racistes contre les Afro-Américains et les Juifs. L’un d’eux avait même foncé sur la foule avec sa voiture, tuant une manifestante antiraciste.

Mardi, pour se libérer du carcan du «politiquement correct» dans lequel il semble étouffer, Trump est revenu sur ses propos, attribuant la responsabilité des violences du week-end aussi bien aux militants d’extrême droite qu’aux manifestants antiracistes.

«Un crime de lèse-majesté»

Dans un pays où la question raciale reste historiquement très chargée, beaucoup ont qualifié Trump «d’irresponsable», voire, comme l’a déclaré l’ex-président des démocrates, le médecin Howard Dean, de «profondément malade». De leur côté, les suprémacistes blancs dont l’ex-grand sorcier du KKK David Duke exultent. Pour eux, c’est un soutien tacite de la Maison-Blanche.

Donald Trump ne s’est pas contenté de ces déclarations. Il s’en est pris à George Washington et Thomas Jefferson. Comme Charlottesville entend retirer une statue du général des armées confédérées Robert E. Lee, il a demandé s’il fallait aussi retirer les statues des deux présidents américains, étant donné que tous deux possédaient des esclaves. Un crime de lèse-majesté.

Cet épisode, qui révèle une méconnaissance crasse de l’histoire américaine, a provoqué un tollé magistral à un moment où un nombre croissant de villes retirent les symboles liés à la guerre de Sécession. A-t-il exprimé le fond de sa pensée envers et contre tout? C’est une hypothèse solide qui reflète sa personnalité, mais on ne peut exclure le fait qu’il cherche toujours à caresser dans le sens du poil la frange la plus extrême de son électorat.


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L’incohérent Donald Trump

Accompagné de membres de son cabinet, Donald Trump avait pourtant l’intention de parler exclusivement d’un projet, les infrastructures nationales dans lesquelles il juge urgent d’investir. Mais le contre-feu, si c’en était un, n’a pas pris. Les journalistes présents n’avaient qu’un sujet en tête: Charlottesville.

Peu importe. De façon incohérente, Trump n’a pas hésité à critiquer le sénateur John McCain, atteint d’un cancer au cerveau, pour ne pas avoir voté contre Obamacare, mais aussi les grands patrons de multinationales qui ont décidé de ne plus le conseiller. Réaction erratique de Trump: il a annoncé mercredi qu’il allait dissoudre deux des instances composées de PDG le conseillant sur le plan économique.

Durant la conférence de presse, les caméras de NBC n’ont pas manqué de filmer John Kelly, qui se morfondait dans un coin, le regard rivé au sol. Son langage corporel trahissait un embarras manifeste. Le moment avait un côté tragique. Nommé voici peu secrétaire général de la Maison-Blanche, le général a pu le constater en direct: il a échoué dans sa mission de «recadrer» Donald Trump pour mettre fin au chaos régnant à la Maison-Blanche.

«La présidence révèle qui vous êtes»

Il n’est pas le seul. Son prédécesseur Reince Priebus, le conseiller à la sécurité nationale, le général McMaster, voire la fille du président Ivanka Trump n’ont pas eu davantage d’impact sur un président de plus en plus incontrôlable.

On peut se demander combien de temps John Kelly va encore supporter les incartades présidentielles. Mais l’attitude du président ne devrait surprendre personne. Le 16 juin 2015, il lançait sa campagne électorale dans cette même Trump Tower. Dans un discours d’une heure environ, il disait déjà tout, insultant les musulmans et les Mexicains, traitants ces derniers de violeurs et de criminels. Il faisait voler en éclats tous les codes de la politique.

L’an dernier, dans une vidéo aujourd’hui d’une rare pertinence, la rivale démocrate de Donald Trump, Hillary Clinton, l’affirmait: Trump ne changera pas. L’ex-First Lady Michelle Obama surenchérissait: «La présidence ne change pas qui vous êtes, elle révèle qui vous êtes.» L’Amérique le découvre brutalement, les yeux ébahis.

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