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Visiblement acculé, le président américain met pour la première fois dans le même sac le régime de Damas et ses alliés russe et iranien.
© Susan Walsh

Moyen-Orient

Donald Trump fait jouer le tambour sur la Syrie

Le président américain s’en prend directement à la Russie de Vladimir Poutine. Les Israéliens, eux aussi, se distancient de Moscou

Le projet de résolution américain proposé par les Etats-Unis lundi à l'ONU pour créer un mécanisme d'enquête en Syrie contient «des éléments inacceptables» qui rendent les choses «pires», a déclaré à la presse l'ambassadeur russe auprès des Nations unies, Vassily Nebenzia. «Je crains qu'ils ne cherchent davantage l'option militaire qui est très très dangereuse», a-t-il déclaré, ajoutant : elle est «dangereuse non seulement pour la Syrie mais aussi pour le monde (...), la paix et la sécurité internationales». Le projet de texte américain prévoit de créer un nouveau «mécanisme d'enquête indépendant des Nations unies» (Unimi) sur le recours aux armes chimiques en Syrie ; et détermine que les responsables de «tout recours à des armes chimiques devront rendre des comptes».

Une «attaque barbare»; des «atrocités» qui ne peuvent être tolérées; «ça va être très dur, très dur»… Si les mots ont un sens, ceux que formulait lundi Donald Trump laissaient peu de place au doute, après les attaques chimiques qui ont tué plusieurs dizaines de personnes dans la ville de Douma, en Syrie. Au terme d’une réunion avec ses responsables de la sécurité, le président américain ne s’en prenait pas seulement au régime syrien de Bachar el-Assad, qu’il avait déjà qualifié la veille d’«animal». Il s’adressait aussi directement à la Russie et à l’Iran, alliés de Damas, affirmant vouloir mettre en relief leur faute propre. Puis, en réponse à une question d’un journaliste, à propos de la responsabilité du président russe, Vladimir Poutine: «Tout le monde paiera le prix. Il [Poutine] le paiera, tout le monde le paiera.»

Faut-il voir, dans cette rhétorique belliqueuse, le reflet de la nouvelle équipe chargée de la politique étrangère américaine? Ce lundi correspondait à l’arrivée à la Maison-Blanche de John Bolton – un «faucon» qui assume pleinement ses positions va-t-en guerre – en tant que conseiller à la sécurité nationale, un poste clé au sein de l’administration américaine.

«Entre 24 et 48 heures»

Ces menaces très claires de représailles – Trump disait se laisser «entre 24 et 48 heures» pour prendre une décision – semblent aussi répondre aux critiques que le président a dû affronter dans son propre camp. La semaine dernière, Donald Trump avait suggéré que la Syrie n’était plus une priorité pour les Etats-Unis et qu’il envisageait un retrait rapide des troupes américaines déployées dans ce pays. Une manière de céder le terrain à l’ennemi, ont conclu des personnalités républicaines tels les sénateurs Lindsey Graham ou John McCain, qui ont établi un lien direct entre ces déclarations du président et les attaques chimiques qui ont eu lieu quelques jours plus tard dans la Ghouta orientale.

Visiblement acculé, le président américain met pour la première fois dans le même sac le régime de Damas et ses alliés russe et iranien. Jusqu’ici, malgré l’implication directe de son aviation dans les carnages, la Russie, pour ne parler que d’elle, avait réussi à maintenir l’illusion de représenter une sorte d’arbitre du conflit, affichant de plus en plus ouvertement la volonté de prendre le rôle de médiateur politique, au détriment notamment des Nations unies. Cette illusion pourrait avoir volé en éclats ce lundi, non seulement avec les déclarations de Donald Trump mais aussi après une opération menée par Israël, un Etat lui aussi aspiré progressivement dans le conflit.

D’ordinaire, l’armée israélienne rechigne à confirmer ses actions militaires. Mais d’autres l’ont fait pour elle lundi: aussi bien la Russie que l’Iran ont attribué à Israël la responsabilité de l’envoi de missiles contre l’une des principales bases aériennes en Syrie, dite T-4, à mi-chemin entre Homs et Palmyre, qui aurait coûté la vie à quatorze militaires et combattants, dont quatre «conseillers militaires» iraniens.

Survenue quelques heures à peine après les attaques chimiques à Douma, cette opération pouvait apparaître comme une action entreprise par les Etats-Unis contre le régime de Damas, accusé d’en être le responsable. Mais à leur tour, les Américains ont eux aussi pointé du doigt Israël, quitte à embarrasser quelque peu leur principal allié dans la région. Sur une télévision, des responsables américains assuraient en outre que les Israéliens avaient partagé leur plan avec les Etats-Unis avant de passer à l’action.

Une sorte d’avant-goût de possibles représailles américaines à venir? La base T-4, dans laquelle sont postés des militaires iraniens et libanais chiites du Hezbollah, avait déjà été le théâtre d’un bombardement israélien par le passé. Mais avant de mener à bien cette opération, ainsi que beaucoup d’autres en Syrie, Israël avait pris soin de prévenir aussi les militaires russes. Cela n’a pas été le cas lundi: «Poutine n’a pas eu de contacts avec nos collègues israéliens», confirmait le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov.

«Des spéculations inadmissibles»

Jusqu’ici, la Russie tentait de garder de bons rapports aussi bien avec Israël qu’avec l’Iran. «La Russie ne peut pas se permettre de ne pas prendre parti alors que le conflit entre Israël et l’Iran s’intensifie en Syrie», note toutefois Ofer Zalzberg, de l’International Crisis Group. 

De la même manière, alors que la pression s’intensifiait sur le régime de Damas, la Russie ne fait rien pour se désolidariser du crime de Douma. Lundi, elle assurait qu’elle avait envoyé sur place ses propres experts qui avaient conclu à l’absence de toute attaque chimique. Il s’agit de «provocations et de spéculations inadmissibles», jugeait Vladimir Poutine, tandis que son ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, promettait que Moscou «ne se pliera jamais aux ultimatums» de l’Occident.

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