Les Américains

Donald Trump Jr, le doigt sur la gâchette

Notre chroniqueuse a lu le livre du fils aîné du président américain. Ce qu’il faut en retenir? Pas grand chose

Dans la famille Trump, je demande le fils aîné. Donald Jr vient de publier, mardi, un livre de 300 pages qui s’inscrit dans l’ambiance électrique de la campagne présidentielle de 2020. Il fallait donc bien le lire. Des deux fils aînés de Donald Trump, Junior est le plus âgé, le brun, le divorcé, celui qui est père de cinq enfants. Il a néanmoins beaucoup de points communs avec Eric, le blond, comme celui d’aimer poser aux côtés de cadavres d’animaux africains, le fusil victorieux.

«Ils veulent nous faire taire»

Mais revenons au livre. Tout est dans le titre: Triggered. How the left thrives on hate and wants to silence us, que l’on pourrait traduire par «Hystériques: comment les progressistes de gauche se nourrissent de haine et veulent nous faire taire». Triggered, vient de trigger, qui veut dire gâchette. Le mot est puissant.

Le livre s’adresse à ceux qui «aiment les Etats-Unis et la viande rouge, et ne donnent pas dans le politiquement correct». Sarcastique, Donald Junior montre qu’il sait rivaliser avec son père question provocations. Mercredi, comme si sa tournée promotionnelle ne lui suffisait pas, il a, sur Twitter, livré en pâture le nom d’un agent du Renseignement qu’il estime être le lanceur d’alerte à l’origine du déclenchement de la procédure d’impeachment contre son père.

Pendant que sa sœur Ivanka parade dans les couloirs de la Maison-Blanche, Donald Junior est resté à New York avec Eric, pour gérer la Trump Organization, mais il n’hésite pas à s’immiscer dans la politique. Lui aussi parle de «chasse aux sorcières» et de «complot». Dans son livre, il s’en prend avec virulence à certains démocrates, comme Hillary Clinton. La jeune New-Yorkaise «socialiste» Alexandria Ocasio Cortez en prend aussi pour son grade. A CBS, il a assuré qu’il s’était retenu et qu’il aurait pu être bien plus méchant.

«Cool, calme et réfléchi»

Donald Trump Junior tient à préciser qu’il aime discuter avec des ouvriers sur les chantiers. Il glisse aussi, en passant, qu’il a presque été ému aux larmes quand une femme d’origine éthiopienne lui a confié avoir voté pour son père. Il raconte également – séquence émotion – que sa vie de gosse de riche n’était pas facile. «Même quand mon père ramenait une célébrité à la maison, je courais dans l’autre sens», écrit-il. Un père qu’il n’a d’ailleurs pas toujours autant vénéré qu’aujourd’hui: Don Junior ne lui a pas parlé pendant un an, quand son mariage avec sa mère Ivana était en train de s’effondrer. Il y évoque aussi ses problèmes d’alcool pendant sa jeunesse. Il ne boit plus.

Donald Junior suit Donald Senior dans de nombreux meetings et semble y prendre goût. Des ambitions politiques? Il n’exclut rien. Vous voilà prévenus. Voici quelques extraits de son livre. «Je fonctionnais avec de l’adrénaline pure, de la testostérone et une douzaine de Red Bulls»: il se décrit ainsi le jour de l’élection, le 8 novembre 2016. Puis, en parlant de son père: «En le regardant, je cherchais à sentir s’il était surpris ou au moins excité par le fait qu’il risquait de devenir le président des Etats-Unis. Mais il n’y avait rien sur son visage. Il regardait les écrans comme s’ils diffusaient de vieux films qu’il avait déjà regardés 20 fois: cool, calme et réfléchi.»

Dans un tout autre registre, le fiston semble perturbé par le débat autour des personnes transgenres, car il y consacre tout un chapitre: «J’ai un problème avec ceux qui tentent de tirer profit d’une situation. Si vous êtes un sportif mâle à l’université et qu’il y a trop d’hommes forts dans votre division, vous avez un moyen de sortie! Il vous suffit de vous déclarer femme et soudainement vous aurez moins de concurrence et moins de muscles. C’est magique!» Si c’est de l’humour, il faudra repasser.

Un certain Ben Fletcher joue la caricature à fond, avec un livre-parodie sorti le même jour, et c’est, ma foi, plutôt réussi. La couverture ressemble à l’original, avec pour sous-titre: «Mon père est meilleur que le tien». Il a pensé à tout: tourné à l’envers, le petit ouvrage se déploie en... russe.

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