Etats-Unis

Donald Trump Jr., le fils embarrassant

Le fils aîné du président américain admet dans des e-mails qu’il était prêt à recevoir des documents compromettants des Russes pour nuire à Hillary Clinton. Il a toutefois affirmé sur Fox News ne rien avoir dit à son père

Il aime poser avec des carcasses de léopards fraîchement tués et comparer des réfugiés syriens à des friandises. «Si j’avais un bol de Skittles et que je vous disais que trois d’entre eux allaient vous tuer, est-ce que vous en prendriez une poignée entière? C’est notre problème des réfugiés syriens», avait-il tweeté en septembre, en pleine campagne électorale. Donald Trump Jr. a une certaine habitude des polémiques. Mais il se serait bien passé de la dernière.

Acculé, poussé à bout, il a fini par publier lui-même des échanges d’e-mails sur le point d’être dégainés par le New York Times. Ces documents prouvent que Donald Trump Jr., au cœur d’une tempête médiatique, a bien accepté de l’aide russe pour nuire à Hillary Clinton, rivale de son père pendant la campagne. Avec ces nouvelles révélations, l’étau se resserre autour du clan Trump. Inquiété par les enquêtes sur l’ingérence russe dans la présidentielle américaine, Donald Trump a jusqu’ici dénoncé une «chasse aux sorcières» et nié avec véhémence toute accusation de collusion avec le pouvoir russe. La question du jour se résume en quelques mots: jusqu’à quand cette version va-t-elle encore tenir?

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Une phrase en particulier, lovée dans les e-mails de Donald Trump Jr., intéressera le procureur spécial Robert Mueller. La voici: «Ce sont évidemment des informations de très haut niveau et sensibles, mais qui font partie du soutien de la Russie et de son gouvernement pour M. Trump». La phrase est de Rob Goldstone, un agent du chanteur russe Emin Agalarov, dont la famille est proche des Trump. Il a contacté le fils aîné de Donald Trump le 3 juin 2016, en pleine campagne électorale. Avec une proposition: le procureur général de la Russie est prêt à transmettre à l’équipe de campagne de Trump «des informations et documents officiels qui incrimineraient Hillary et ses transactions avec la Russie». «Et qui seraient très utiles à votre père», poursuit Rob Goldstone. La réponse de Donald Trump Jr.: «J’adore l’idée.»

Un mode clanique

La suite? Le 9 juin 2016, le fils reçoit Natalia Veselnitskaya, à la Trump Tower, à Manhattan, présentée comme une «avocate du gouvernement russe». Après de premières révélations du New York Times, Donald Trump Jr. avait déclaré qu’il ne connaissait pas ses intentions, mais les e-mails démontrent le contraire. Il précise aujourd’hui que l’avocate n’avait au final pas d’information à donner. Le but de la femme était semble-t-il avant tout d’évoquer des sanctions américaines contre la Russie.

On ne connaîtra probablement jamais le contenu exact de cet entretien avec l’avocate. Mais les échanges d’e-mails qui l’ont précédé démontrent une chose: Donald Trump Jr. était prêt à recevoir des documents sensibles et compromettants des Russes, et s’était entouré de deux personnages clés du cercle intime de son père – Jared Kushner et Paul Manafort –, ce qui conférait une certaine importance à la visite. Embarrassée, la Maison-Blanche assure que Donald Trump n’a eu vent de cette réunion que ces derniers jours». Le fils insiste: «Mon père ne savait rien.» Difficile à croire tant la famille fonctionne sur un mode clanique.

Même langage de cow-boy

Donald Trump Jr. tient beaucoup de son père. Même bagout, même langage de cow-boy, même façon de manier l’attaque et la moquerie sur Twitter. Agé de 39 ans, il gère aujourd’hui l’empire immobilier de la famille, la Trump Organization, avec son frère Eric. En décembre 2016, tous deux étaient dans le viseur des médias, accusés d’avoir tenté de monnayer l’accès à leur père. C’est le Center for Public Integrity, une plateforme de journalisme d’investigation, qui avait révélé l’affaire. Leur nouvelle fondation caritative proposait de curieuses offres pour le week-end de l’investiture, pour des sommes allant jusqu’à 1 million de dollars. Parmi elles, la possibilité de participer à une réception privée et ressortir avec une photo en compagnie du président, ou des parties de chasse et de pêche avec les fils. Les réactions ont été fortes et les noms des frères ont fini par disparaître du board de ladite fondation.

Marié à un ancien mannequin, Vanessa Haydon, une ex de Leonardo DiCaprio, et père de cinq enfants, Donald Trump Jr. n’a pas tout de suite travaillé pour l’empire familial. Il y est entré en 2001, l’année où il a passé onze heures dans une cellule de dégrisement pour s’être un peu trop amusé le soir de mardi gras. Il a épaulé son père dans plusieurs projets, comme l’émission de téléréalité «The Apprentice». Ou l’organisation du concours de Miss Univers à Moscou, en 2013, en collaboration avec l’oligarque russe Aras Agalarov, le père du chanteur évoqué dans les e-mails. Ce dernier a qualifié mercredi le contenu des mails d'«inventions».

Donald Trump Jr., qui vit à New York, n’a jamais trop aimé se retrouver sous la lumière des projecteurs. Enfant, il a souffert de l’acharnement des tabloïds quand son père a trompé sa mère Ivana avec Marla Maples. Il avait douze ans. Pendant un an, il avait décidé de ne plus parler à son père.

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Aujourd’hui, rattrapé par l’affaire russe, il tente de sauver la face mais aura besoin de solides avocats. Dans une interview exclusive diffusée mardi soir sur Fox News, il assure une nouvelle fois ne pas avoir parlé à son père de sa rencontre avec l’avocate russe. Il admet toutefois: «Avec le recul, j’aurais probablement agi un peu différemment.» Mais d’ajouter: «Je ne me serais même pas souvenu de cette rencontre si vous n’aviez pas gratté là autour. C’était juste une perte de temps de 20 minutes, ce qui est honteux.» De son côté, Donald Trump père a pris sa défense sur Twitter, le lendemain de l'interview. «Mon fils Donald a fait du bon travail hier soir. Il a été ouvert, transparent et innocent», écrit-il. «C'est la plus grande chasse aux sorcières de l'histoire politique. Triste!».

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