Etats-Unis

Donald Trump, l’ami inconditionnel des pro-armes

Au Congrès annuel de la NRA, le président américain a confirmé son soutien sans failles au lobby des armes, alors même qu’il s’en était un peu distancié il y a quelques semaines

Après la fusillade de Parkland qui a endeuillé la Floride le 14 février, et surtout l’incroyable mobilisation de jeunes survivants, Donald Trump avait fait mine de vouloir durcir quelque peu la législation sur les armes. Il n’en est rien. Loin de l’émotion et des pressions, le président des Etats-Unis a pu rassurer la National Rifle Association (NRA), le lobby pro-armes, qui vient de tenir son congrès annuel à Dallas: il reste bien l’ami des armes.

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Des «propos honteux» et «simagrées obscènes»

La NRA, qui n’admet aucun journaliste étranger à sa convention, tient mordicus au deuxième amendement de la Constitution, garantissant aux Américains le droit de posséder une arme. Son credo: pour désarmer un bad guy (méchant), il faut armer les good guys (gentils). Devant un parterre en liesse, Donald Trump a tenu le même discours. Il s’est présenté en ami inconditionnel de la NRA. Il a surtout déclenché une polémique qui a fait réagir les autorités françaises.

Les attentats de Paris de novembre 2015 – 130 morts – auraient été moins sanglants si les Parisiens avaient été armés, a-t-il osé clamer. Il a ajouté, joignant le geste à la parole: «Les victimes ont été tuées brutalement par un petit groupe de terroristes qui avaient des armes. Ils ont pris leur temps et les ont tuées une par une. Boum, viens là; boum, viens là; boum. Mais si un employé, ou juste un client avait eu une arme, ou si l’un de vous dans l’assistance avait été là avec une arme pointée dans la direction opposée, les terroristes auraient fui ou se seraient fait tirer dessus, et ça aurait été une tout autre histoire.» L’ancien président français François Hollande a dénoncé des «propos honteux» et des «simagrées obscènes».

Donald Trump, qui s’est servi du congrès comme d’une plateforme électorale, a par ailleurs une nouvelle fois insisté sur le fait que les enseignants devraient être armés pour faire face aux fusillades dans les écoles. C’est la quatrième année de suite qu’il participe au rendez-vous de la NRA. Près de 70 000 personnes ont assisté au grand raout du lobby, qui comptabiliserait près de 5 millions de membres.

A coups de millions de dollars

Ces déclarations ont de quoi satisfaire Wayne LaPierre, le président de la NRA, qui n’a cessé de dénoncer la «politisation honteuse de la tragédie de Parkland». Elles ne découragent pas pour autant les rescapés de la fusillade de Floride, déterminés à continuer à donner de la voix. Ils insistent d’ailleurs sur le fait qu’ils ne demandent pas l’abrogation du deuxième amendement. En revanche, à quelques mois des élections de mi-mandat, ils rappellent que la NRA soutient à coups de millions de dollars bon nombre d’élus du Congrès. Elle a notamment généreusement arrosé la campagne de Donald Trump.

Pour les survivants, le but est d’imposer un meilleur contrôle des armes, notamment des fusils d’assaut de type AR-15. Nikolas Cruz, le tueur de Parkland, en avait acheté un en toute légalité, malgré ses antécédents psychologiques. Les armes à feu font toujours plus de 30 000 morts par an aux Etats-Unis. Le 24 mars, plusieurs centaines de milliers de manifestants anti-armes sont descendus dans les rues à Washington et dans d’autres villes américaines dans le cadre de l’événement «March for Our Lives». Une première. Donald Trump ne pouvait pas rester sans rien faire. ll a demandé l’interdiction des bump stocks, qui permettent des tirs en rafale, comme lors du drame de Las Vegas d’octobre 2017. Plus question par contre dans son discours de vendredi de relever l’âge légal pour acheter des armes semi-automatiques, de 18 à 21 ans. Après avoir fait un petit pas en avant, il refait marche arrière. Devant le lobby, le président a offert un remake du «Il n’y a pas de plus grand fan du deuxième amendement et de la NRA que moi», prononcé pendant sa campagne.

«La NRA se sent plus puissante qu’elle ne l’est»

Avec son soutien appuyé, Trump participe à la redynamisation de la NRA que l’on dit en perte de vitesse. Plusieurs entreprises, comme Hertz, Symantec ou l’assureur Metlife, ont pris leurs distances avec le lobby, et n’accordent plus de privilèges à ses membres. Dans une récente interview au Temps, Abigail Disney, petite-nièce de Walt Disney, assurait que la NRA se «sent plus puissante qu’elle ne l’est réellement». «La NRA a eu son moment de gloire, mais elle est plutôt en train de décliner. Je suis obsédée par les gens de la NRA: j’écris un livre sur eux. Ils représentent tout ce qu’il y a de plus toxique au sein de la droite la plus conservatrice», ajoutait-elle. Dans son documentaire The Armor of Light, elle s’était déjà intéressée aux liens entre les chrétiens évangéliques pro-vie et la NRA.

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L’époque où Donald Trump étrillait publiquement des élus républicains jugés trop proches de la NRA est bien révolue. Gabrielle Giffords, une ancienne élue démocrate qui a elle-même reçu une balle dans la tête, ne mâche pas ses mots sur Twitter: «Donald Trump permet à sa présidence d’être prise en otage par des lobbyistes pro-armes et des dollars déversés dans les campagnes électorales», dénonce-t-elle.

Si Donald Trump ne compte pas durcir la législation sur les armes, le Secret Service (services de sécurité), lui, a en revanche décidé… d’interdire les armes lors du meeting, histoire de le protéger. La théorie du good guy et du bad guy ne convainc visiblement pas tout le monde.

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