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Donald Trump à l’assaut de Davos

Le président américain a été attaqué toute la semaine par ses homologues. Très attendu, Donald Trump donnera un discours vendredi à 14h qui doit préciser sa politique: America First ou America Alone?

Trump, Trump, Trump. Avant même que son avion ne touche le tarmac zurichois devant les caméras du monde entier, avant même que sa flotte d’hélicoptères n’envahisse bruyamment le cœur des Alpes, le président américain occupait le terrain du World Economic Forum. Caché entre les lignes de tous les discours des chefs d’Etat. Embusqué dans les allusions et les traits d’humour à l’instar de cet animateur qui se demandait dès le premier jour du WEF: «Combien de temps pourrons-nous tenir sans utiliser le T Word?»

Qu’il s’agisse de sa réforme fiscale, de ses mesures protectionnistes, de la lutte contre le climat ou des tensions avec la Corée du Nord, Donald Trump aura hanté Davos toute la semaine. L’assemblée avait été chauffée à blanc ces derniers jours par toutes les prises de position contre lui. Le spectacle pouvait commencer.

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Davos envahi par la fébrilité

Dès les alertes push sur les smartphones qui annonçaient sa descente d’avion, une fébrilité envahissait Davos. De mémoire d’habitué du rendez-vous, on n’avait jamais vu cela: une foule agglutinée pour suivre dans le Centre de congrès le showman, l’entertainer, le président des Etats-Unis. Pourquoi? Tout le monde s’imagine qu’il peut dire ou faire n’importe quoi d’une minute à l’autre. Une recette imparable pour attirer toute la lumière sur lui: c’est malin et cela fonctionne aussi bien dans des meetings au fin fond de l’Amérique rurale qu’au sein du club des élites le plus sélect.

Arrivé jeudi en début d’après-midi aux Grisons, Donald Trump fera son discours très attendu ce vendredi à 14h devant une salle des congrès qui promet d’être pleine à craquer. Comment sera-t-il reçu par le monde politique, le monde économique et que dira-t-il durant les 45 minutes qui seront à sa disposition? Eléments de réponse.

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Le monde politique l’accueille froidement

Mis à part la ministre américaine des Transports, Elaine Chao, qui estime que «Davos devrait être fier d’accueillir le président Trump», la plupart des politiciens se pincent le nez. L’Europe a par ailleurs donné l’impression de prendre du muscle durant les premiers jours du Forum. Il y avait certes un peu de volontarisme de la part de ses dirigeants. Mais pas seulement. Les résultats économiques sont enfin là et un nouveau leader émerge du lot. Emmanuel Macron a en effet impressionné son public mercredi avec son discours très articulé. A la manière du président chinois, Xi Jinping, l’an dernier, le président français a proposé une vision alternative de celle de son homologue américain.

Pour ce dernier, un allié naturel aurait dû être Theresa May. Mais, à l’heure du Brexit, la brouille entre les deux dirigeants s’avère tenace. La première ministre britannique a expérimenté à Davos cette année ce qu’il y a de pire, selon Philipp Jennings, le patron du plus grand syndicat mondial, UNI. Ce dernier cite Oscar Wilde: «Qu’on parle de vous en mal, c’est affreux. Mais il y a une chose pire: c’est qu’on n’en parle pas!»

Les dirigeants de premier plan ont tous mis en garde contre un retour du protectionnisme, du Canadien Trudeau au Brésilien Temer en passant par l’Indien Modi. Autant de munitions contre Donald Trump.

Le monde économique l’accueille chaudement

Chômage en baisse, marchés en hausse, croissance solide. Les principaux indicateurs économiques sont au vert et Donald Trump compte bien profiter de cette aubaine. «Je vais bientôt rejoindre Davos, Switzerland, pour dire au monde combien l’Amérique se porte bien. Notre économie est en train de boomer et, avec tout ce que je fais, ne s’en portera encore que mieux. Notre pays est enfin en train de GAGNER de nouveau», twittait d’ailleurs – majuscules comprises – le président juste avant de monter dans Air Force One.

Difficile de lui donner tort: la plupart des patrons rencontrés lors du Forum ont le sourire. Essentiellement grâce au cadeau fiscal historique que le président américain a offert aux entreprises en fin d’année dernière. L’impôt des sociétés tombe de 35 à 20%, ce qui a par exemple conduit Apple à annoncer le rapatriement prochain de 38 milliards de dollars sur le sol américain. Donald Trump a d’ailleurs déclaré mercredi soir qu’il allait à Davos pour dire aux investisseurs et aux entreprises de «ramener un paquet d’argent».

«C’est "business as usual". Qu’ils soient républicains ou démocrates, les présidents américains ont toujours pensé à leur intérêt en premier»

Un CEO suisse

Ce message, une série de grands patrons triés sur le volet pourront l’entendre directement jeudi soir. Donald Trump recevra une délégation de dirigeants européens. Pour un CEO suisse, le locataire de la Maison-Blanche n’a rien d’un iconoclaste. «C’est business as usual. Qu’ils soient républicains ou démocrates, les présidents américains ont toujours pensé à leur intérêt en premier. La question sera de savoir si c’est America First ou America Alone.»

La combinaison d’une forte baisse d’impôts et d’un affaiblissement du dollar rend les choses claires pour cet interlocuteur: «Cela veut dire: venez faire du business chez nous. Et quand l’économie se mettra à ralentir, les sociétés américaines qui sont encore établies dans des pays très chers comme la Suisse sabreront d’abord dans leurs effectifs à l’étranger.»

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Ce qu’il va dire dans son discours

«Stay tuned and you’ll hear it» [«Restez en ligne et vous verrez bien»]. Jeudi matin, lorsqu’un journaliste a demandé à la délégation américaine ce que Donald Trump allait dire durant son discours, le secrétaire d’Etat au commerce, Wilbur Ross, s’en est sorti avec cette boutade. Et son voisin de table, le conseiller du président à la Sécurité intérieure, Tom Bossert, s’est contenté de répéter ce qu’on peut lire depuis plusieurs jours dans les médias américains: «Il dira que les Etats-Unis amènent de la stabilité pour les bonnes entreprises.»

Comme le résumait mardi David Rubenstein, le fondateur du puissant gestionnaire d’actifs américain Carlyle, Donald Trump a deux options: soit il vient à Davos pour affirmer que la globalisation n’est pas une bonne chose et demander à tout le monde de s’aligner sur lui, soit il soutient qu’il avait été mal compris et que son slogan «America First» était bon pour tout le monde.

Possibles déclarations au sujet de son agenda politique

Outre l’aspect économique, Donald Trump pourrait également aborder des questions sur l’agenda géopolitique. En appelant par exemple les leaders du monde entier à s’unir contre la Corée du Nord, l’Etat islamique ou l’Iran – un refrain assez familier et déjà entendu lors de ses précédents discours publics.

Donald Trump adore jouer de son humeur imprévisible. Le président du conglomérat japonais Hitachi, Hiroaki Nakanishi, déclarait d’ailleurs qu’il s’agissait d’un vrai sujet de préoccupation. «C’est très, très important pour nous. On ne peut pas imaginer ce que sera sa prochaine déclaration. Nous n’avons aucune idée» de ce qu’il pourra déclarer vendredi.

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