Etats-Unis

Donald Trump et l’islam, un discours à double tranchant

A Ryad, le président américain a mis l’accent sur la lutte contre le terrorisme et a fustigé l’Iran, tout en signant un gigantesque contrat d’armement avec l’Arabie saoudite. Il espère faire oublier un peu l’incendie qui couve à Washington

«Ensemble, nous triomphons.» Dans les rues de Ryad, ce slogan s’affichait sous des photos montrant Donald Trump et le roi d’Arabie saoudite. Le président américain et sa femme, cheveux au vent, ont été accueillis comme un couple royal ce week-end, l’Arabie saoudite étant pressée de tourner la page de l’ère Obama et de démarrer un nouveau partenariat. Mais pendant qu’il esquissait un petit pas de danse lors de la traditionnelle cérémonie des sabres, l’esprit de Donald Trump était très certainement à Washington. Où l’ambiance n’est pas vraiment à la fête.

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Son premier voyage à l’étranger tombe-t-il au bon moment, alors que chaos et confusion totale règnent à la Maison-Blanche? Ses faits et gestes sont scrutés avec d’autant plus d’attention. Son discours sur l’islam, prononcé dimanche devant une cinquantaine de dirigeants de pays musulmans réunis à Ryad, avait valeur de test. D’autant plus qu’il a été rédigé par son conseiller Stephen Miller, un des artisans de son «décret antimusulmans».

«Pas une bataille entre religions»

Pendant sa campagne, Donald Trump avait choqué en déclarant vouloir temporairement interdire à tous les musulmans d’entrer sur sol américain. «Je pense que l’islam nous déteste. Il y a énormément de haine», avait-il également asséné lors d’une interview à CNN, en mars 2016. Mais dimanche, il a, comme on s’y attendait, changé de ton: il s’est écarté de sa rhétorique incendiaire de campagne, en mettant l’accent sur la lutte contre l’extrémisme. «La lutte contre le terrorisme n’est pas une bataille entre différentes religions ou différentes civilisations. C’est une bataille entre des criminels barbares qui essaient d’anéantir la vie humaine et des gens bien de toutes religions qui cherchent à la protéger. C’est une bataille entre le bien et le mal», a-t-il déclaré.

Il a surtout exhorté les dirigeants à réagir et combattre «l’extrémisme islamiste», sans parler de «terrorisme islamique radical», des termes qui avaient provoqué la polémique. «L’Amérique est prête à être à vos côtés», a-t-il ajouté. «Mais les pays du Proche-Orient ne peuvent attendre que la puissance américaine écrase l’ennemi pour eux. Ils doivent décider de l’avenir qu’ils veulent pour eux-mêmes, leurs pays, leurs enfants.» C’est un message «d’amitié, d’espoir et d’amour», selon ses propres termes, que Donald Trump a voulu livrer. Tout en fustigeant l’Iran: le président américain a appelé tous les pays à «l’isoler», «en attendant que le régime montre sa volonté d’être un partenaire dans la paix». Il accuse la République islamique d’attiser «les feux du conflit sectaire et du terrorisme», de «financer, armer et entraîner des terroristes qui répandent la destruction et le chaos à travers la région». Le roi Salmane avait quelques minutes plus tôt qualifié le grand rival chiite de «fer de lance du terrorisme mondial».

Pas de sujets qui fâchent

Donald Trump s’est en revanche gardé d’évoquer les sujets qui fâchent avec l’Arabie saoudite. Pas un mot sur les droits de l’homme, alors que le pays pratique la peine de mort par décapitation, lapidation et parfois même par crucifixion. Par ailleurs, en annonçant, en partenariat avec les monarchies arabes du Golfe, la création d’un centre pour lutter contre les sources du financement du terrorisme, il semble un peu vite oublier que l’Arabie saoudite est régulièrement accusée de financer des groupes terroristes via des organisations salafistes. C’est ce qui a fait dire, sur CNN, à Elliott Abrams, avocat américain qui a servi pour Ronald Reagan et George W. Bush: «Donald Trump parle des terroristes comme s’ils étaient des extraterrestres. Il semble oublier les sociétés qui les produisent.»

L’Arabie saoudite ne figurait d’ailleurs pas parmi les sept pays à majorité musulmane visés par le décret anti-immigration, alors que 15 des 19 terroristes des attentats du 11 septembre 2001 en sont originaires. Le pays aurait été épargné en raison d’intérêts économiques. Le récent voyage a d’ailleurs été l’occasion pour Donald Trump de renforcer ces liens, grâce à des contrats promettant des investissements de plus de 380 milliards de dollars dans les deux pays. L’un porte sur des ventes d’armements à Ryad pour 110 milliards de dollars.

Sa préoccupation: démasquer la «taupe»

Pendant ce temps, l’incendie couve à Washington. A peine avait-il les talons tournés vendredi que de nouvelles révélations sont tombées. Quelques minutes après le décollage d’Air Force One, le New York Times faisait savoir que Donald Trump, lors de son entretien avec le ministre russe des Affaires étrangères, a déclaré à Sergueï Lavrov: «Je viens de congédier le directeur du FBI. Il était fou, un vrai dingue. Je faisais face à une grande pression à cause de la Russie. Elle s’est allégée.» Quelques minutes plus tard, une seconde «bombe». Du Washington Post, cette fois: le FBI s’intéresserait, toujours dans le cadre de l’affaire de l’ingérence russe dans la présidentielle américaine, à un actuel conseiller du président. Il pourrait s’agir de son gendre, Jared Kushner.

Alors que l’étau se resserre sur lui, Donald Trump a une préoccupation: démasquer la «taupe» parmi ses proches qui nourrit les médias. James Comey, le patron du FBI congédié, a de son côté fait savoir qu’il acceptait une audition publique devant le Sénat dans quelques semaines. Elle pourrait être déterminante, s’il confirme une tentative d’entrave à la justice. Selon plusieurs sources, la Maison-Blanche se renseigne à propos de la procédure de destitution. Une preuve qu’elle n’écarte pas cette éventualité.

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