Jusqu’où ira Donald Trump? Rien ne semble l’effrayer. Visé par une procédure d’impeachment pour avoir cherché à nuire à un rival politique en recourant à l’Ukraine, il n’hésite pas, publiquement, à dire qu’il est prêt à solliciter l’aide de la Chine pour s’en prendre au même Joe Biden. Voilà que l’on apprend que le président américain a bien assorti sa demande à son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky de chantages. Des échanges de SMS sont là pour le prouver. 

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Une idée «folle»

Kurt Volker, l’envoyé spécial des Etats-Unis pour l’Ukraine désormais démissionnaire, collabore avec les démocrates qui enquêtent sur Donald Trump. Il vient d’être auditionné pendant neuf heures, jeudi, à huis clos, par trois commissions présidées par des démocrates. Il a notamment fourni des échanges de SMS entre diplomates américains et ukrainiens, qui démontrent que Washington a fait pression sur le président ukrainien.
Volodymyr Zelensky espère être accueilli par Donald Trump à la Maison-Blanche?

Qu’il ordonne d’abord une enquête sur Burisma, le groupe gazier ukrainien pour lequel travaillait Hunter Biden, le fils de Joe Biden! Pour rappel, Hunter Biden siégeait, dès 2014, au sein d’un conseil de surveillance de Burisma alors que son père était vice-président sous Barack Obama. Le groupe gazier a fait l’objet d’une enquête judiciaire pour soupçons de corruption, avant d’être blanchi. Hunter Biden n’a lui-même jamais été inquiété. Quant à Joe Biden, candidat démocrate qui vise la 
Maison-Blanche, il a bien exigé le limogeage du procureur ukrainien de l’époque, mais il l’a fait au même titre que l’Union européenne et le FMI, parce que ce dernier était peu enclin à enquêter sur des affaires de corruption. Pour Donald Trump au contraire, Joe Biden aurait tenté d’écarter quelqu’un susceptible d’être gênant pour son fils. 

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Faire miroiter une invitation à la Maison-Blanche n’est pas le seul chantage exercé. Il y a bien plus grave. Peu avant le désormais fameux coup de fil du 25 juillet où il suggère à Volodymyr Zelensky d’enquêter sur les Biden, Donald Trump avait fait geler une aide militaire de 391 millions de dollars, finalement débloquée un peu plus tard. Etait-ce lié à la demande d’enquêter sur les Biden? L’audition de Kurt Volker semble le suggérer. Selon le New York Times, il en ressort notamment qu’un haut diplomate américain en poste en Ukraine, William Taylor, aurait à plusieurs reprises fait part à ses collègues de ses préoccupations au sujet de ce gel, qualifiant de «folle» l’idée de refuser une aide sur le plan sécuritaire en raison d’une campagne politique. 

Des zones d’ombre

Les républicains exigent désormais une transcription complète de l’audition de Kurt Volker. Ce dernier semble avoir tenu des propos ambigus. «Entendu de la 
Maison-Blanche. Si président Z convainc Trump qu’il va enquêter, découvrir ce qui s’est passé en 2016, nous trouverons une date pour une visite à Washington. Bonne chance!» a-t-il écrit à un conseiller du président ukrainien, Andriy Yermak, peu avant l’appel téléphonique signalé par un lanceur d’alerte de la CIA. 2016? Donald Trump propage des rumeurs selon lesquelles des Ukrainiens auraient tenté d’agir en faveur des démocrates lors de la présidentielle. 

Le lendemain de l’appel, Andriy Yermak renvoie un SMS à son interlocuteur: «Une fois que nous aurons une date, nous convoquerons une conférence de presse, annonçant notre prochaine visite […]. Il y sera question, entre autres, de Burisma et de l’ingérence dans les élections.» L’avocat de Donald Trump, Rudolph Giuliani, a joué un rôle actif dans ces «négociations» avec l’Ukraine avec, toujours en toile de fond, l’intention de nuire au candidat démocrate Joe Biden. Il a tout fait pour qu’une déclaration publique du président Zelensky mentionne à la fois l’ouverture d’une enquête contre Burisma et les élections de 2016. Sans succès. Mais, fait troublant, le parquet ukrainien a annoncé jeudi qu’il allait réexaminer les accusations visant Burisma. 

Dans cette affaire complexe, de nombreuses zones d’ombre subsistent. Au final, pour que Donald Trump puisse être destitué, il faudrait que 20 sénateurs républicains décident de le lâcher. Un scénario encore très lointain malgré les révélations qui se succèdent. Kurt Volker semble par ailleurs ne pas faire de lien direct entre l’aide militaire gelée et l’enquête sur les Biden. Toujours selon le New York Times, il a fait savoir aux enquêteurs démocrates que le président ukrainien n’a pas le sentiment d’avoir fait l’objet de pressions. Ce dernier l’a d’ailleurs déclaré lui-même.

Attaques violentes 

Depuis le 24  septembre, et l’annonce, par la speaker Nancy Pelosi, de l’ouverture d’une enquête en vue d’un impeachment, Donald Trump n’a cessé d’attaquer violemment les démocrates. Il a parlé de «guerre civile», de «trahison», de «conneries» et même de «coup d’Etat», et a été jusqu’à suggérer que le démocrate Adam Schiff, qui préside la très puissante Commission du renseignement de la Chambre des représentants, avait des méthodes «mafieuses».

Surtout, il n’a pas arrêté de qualifier le coup de fil du 25 juillet de «parfait», assurant qu’il n’a exercé aucune pression sur son homologue ukrainien. Désormais, les auditions menées par les démocrates devraient continuer à apporter un peu de chair à l’os qu’ils rongent. En attendant, Donald Trump a déclaré vendredi «ne pas savoir encore» s’il coopérerait avec le Congrès.