Proche-Orient

Donald Trump fait monter la pression sur Jérusalem

Le président américain veut «aller de l’avant» sur le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem. Avec l’appui tacite de l’Arabie saoudite?

C’est devenu soudainement bien plus qu’une rumeur. Aussi bien le président palestinien que le roi de Jordanie auraient reçu mardi un appel de Donald Trump pour les informer qu’il avait pris sa décision: il entendrait bel et bien «aller de l’avant» dans le transfert de l’ambassade des Etats-Unis à Jérusalem.

Cette décision – qui a été repoussée par toutes les administrations américaines successives durant deux décennies et contre laquelle ont mis en garde une bonne quinzaine de chefs d’Etat ces derniers jours – aurait aussi été communiquée aux Israéliens. Mais les ministres de Benyamin Netanyahou auraient reçu l’ordre express de ne rien en dévoiler avant que l’Américain le fasse lui-même, mercredi.

Une annexion non reconnue par la communauté internationale

Si peu sont ceux qui, en réalité, ne reconnaissent pas à Israël le droit de faire de Jérusalem sa capitale; la question est explosive du fait que les Palestiniens la revendiquent également en partie. Après la conquête militaire de Jérusalem-Est (1967), Israël a annexé cette partie arabe de la ville, en faisant de Jérusalem sa capitale «unifiée et indivisible». Une annexion qui n’est pas reconnue par la communauté internationale, alors qu’elle reste dans l’attente d’un éventuel règlement négocié entre Palestiniens et Israéliens.

Donald Trump s’est-il donc décidé à faire le saut? Devrait-il, au contraire, s’arrêter au milieu du gué, annonçant officiellement la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël, mais laissant pour plus tard une décision sur le transfert de l’ambassade? Une chose est sûre: une décision tranchée sur la question ravirait l’électorat évangéliste de Trump (et juif dans une mesure bien moindre), d’autant plus que le milliardaire en avait fait la promesse solennelle lors de sa campagne électorale. Depuis lors, un bâtiment a même été choisi par les Américains, un ancien hôtel situé à Jérusalem-Ouest.

Concert de réprobations

Avi Buskila, le nouveau chef de La Paix Maintenant, l’organisation qui continue d’incarner le camp de la paix israélien, même en miettes, ne pouvait se résoudre à cette perspective. «Nous avons publié une lettre ouverte à ce propos, expliquait-il de passage à Genève mardi à l’invitation de JCall Suisse. Cette décision rendra-t-elle Israël plus fort? Permettra-t-elle la paix? Fera-t-elle de Jérusalem une ville davantage juive? Nous ne pensons rien de tout cela.»

De l’Autorité palestinienne (AP) de Mahmoud Abbas à l’Union européenne, de la Jordanie à la Turquie, du Hamas de Gaza à l’Arabie saoudite, tout le monde a prévenu du pire en cas de passage à l’acte. Mais ce concert de réprobations doit se mesurer à l’aune de la situation actuelle des pays arabes, pratiquement tous aujourd’hui plongés dans des affres existentielles, sinon dans des guerres ouvertes. «Donald Trump va essayer de noyer le poisson. Il présentera cette décision comme un grand pas en avant visant à régler la situation dans son ensemble. Mais il ne trompe personne», affirme une source palestinienne qui n’est pas autorisée à parler au nom de l’AP.

Un plan de règlement du conflit qui ferait bondir les Palestiniens

De fait, la situation risque d’être encore plus critique pour les Palestiniens: parallèlement à cette démarche américaine, l’Arabie saoudite serait déterminée, elle aussi, à «aller de l’avant». Un plan de règlement final du conflit israélo-palestinien, dévoilé en partie par le New York Times, aurait été présenté au président Abbas par le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane. Il aurait fait bondir les Palestiniens, et d’autres dignitaires arabes à qui il a été communiqué, tant il reprend à son compte les «propositions» formulées, il y a trois lustres, par les négociateurs israéliens lors de discussions dites de Camp David.

Mettant notamment un terme aux revendications palestiniennes sur les questions du retour des réfugiés palestiniens et des colonies israéliennes, ce plan ferait d’Abou Dis (un quartier arabe séparé de Jérusalem par le mur érigé par Israël) la future capitale palestinienne.

«Il faut agir intelligemment»

«Les Américains et les Saoudiens sont main dans la main. Ben Salmane veut se débarrasser de la Palestine de la même manière qu’il a voulu éliminer Saad Hariri», note l’interlocuteur palestinien, en référence au premier ministre libanais, temporairement contraint à la démission par la Maison royale saoudienne avant qu’il soit «repêché» avec l’aide du président français, Emmanuel Macron.

«Israël a un droit légitime à Jérusalem, mais cette ville doit être la capitale des deux Etats», insiste pour sa part Avi Buskila. Mais La Paix Maintenant, reconnaît-il, ne fera pas de cette question un cheval de bataille en Israël. «Nous devons aussi veiller à ne pas braquer l’opinion publique israélienne. La question est trop sensible. Ici, rien ne sert de chercher à être juste. Il faut agir intelligemment.»

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