Etats-Unis

Donald Trump: «Ce mur, je le construirai!»

Dans son discours sur l'état de l'Union, le président a appelé au compromis et à l'unité, sans pour autant céder à propos de son projet de consolider la frontière sud pour lutter contre l'immigration clandestine

En difficultés après plusieurs jours d'un vif et long bras de fer avec Nancy Pelosi, la présidente de la Chambre des représentants, Donald Trump s'est d'abord montré rassembleur, comme on pouvait s'y attendre. «Ensemble, nous pouvons mettre fin à des décennies de blocage politique, guérir les anciennes blessures, construire de nouvelles coalitions et esquisser de nouvelles solutions», a déclaré le président des Etats-Unis lors de son très attendu discours sur l'état de l'Union prononcé mardi devant le Congrès réuni au grand complet. Il a appelé à l'unité, au compromis, au «rejet de la politique de la revanche». Puis sont venues les piques. Mais plutôt légères. 

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«Les murs sauvent les vies»

Affaire russe, polémique à propos du «mur», campagne pour la présidentielle de 2020 avec les candidats démocrates qui affûtent déjà leurs armes: l'allocution solennelle de Donald Trump s'est tenue dans un climat tendu. Les tractations à propos du «mur» qu'il veut construire entre les Etats-Unis et le Mexique patinent. Elles sont à l'origine du plus long shutdown que les Etats-Unis ont connu. La paralysie partielle du gouvernement fédéral a été provisoirement suspendue jusqu'au 15 février. C'est la seule concession que Donald Trump a faite, et qui lui a permis de tenir le discours, dans un premier temps annulé par Nancy Pelosi. Mais une solution doit être trouvée d'ici là.

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Or les démocrates refusent toujours de voter en faveur des 5,7 milliards de dollars voulus par Donald Trump pour l'érection de son «mur», et ce dernier ne lâche rien. Mardi, il n'a toutefois pas déclaré l'«urgence nationale», qui de facto lui permettrait de contourner le Congrès. Parlant de «devoir moral» de consolider la «dangereuse frontière sud» pour «stopper l'immigration illégale», il a rappelé qu'il vient d'ordonner l'envoi de 3700 militaires supplémentaires à la frontière. «Ce mur, je le construirai!», a asséné Donald Trump, sans dire comment. Pour lui, la balle est dans le camp des démocrates.

Il n'a évoqué le «mur» – «une barrière en acier qui permet de voir à travers» – qu'à la 32ème minute de son allocution. Avec une pique adressée aux «politiciens fortunés qui prônent des frontières ouvertes alors qu'ils sont eux-mêmes retranchés derrière des murs, protégés par des gardiens». «Les murs sauvent des vies», a encore ajouté Donald Trump. 

«Une guerre avec des millions de morts»

Ce discours s'inscrit déjà clairement dans la campagne présidentielle de 2020, et Donald Trump est plutôt en baisse dans les sondages de popularité. La plupart des élues démocrates étaient habillées en blanc, en signe de protestation, et en hommage au centenaire du mouvement des suffragettes. Donald Trump n'avait pas le ton agressif de ses meetings ou tweets, s'adressant cette fois au pays tout entier. «Le programme que je vais présenter ce soir n'est ni républicain, ni démocrate. C'est celui du peuple américain», a-t-il prononcé en préambule. «Nous sommes une Nation, pas un pays scindé entre deux partis.»

Il s'est félicité des très bons indices économiques, des «5,3 millions de nouveaux emplois créés», d'un taux de chômage en baisse chez les minorités et de disposer de «l'armée la plus puissante du monde». Il a aussi par exemple annoncé vouloir intégrer dans son budget les montants nécessaires pour «éradiquer l'épidémie du sida aux Etats-Unis avant 2030».

Sur le front de la politique étrangère, thématisée très tard dans le discours, Donald Trump a confirmé les orientations prises ces derniers jours, alors que le Sénat vient d'approuver, lundi soir, à une très large majorité, un amendement critiquant sa décision de retirer les troupes américaines de Syrie et d'Afghanistan. «Les grandes Nations ne se combattent pas dans des guerres sans fin», a-t-il plaidé.

Sur la Chine, il a une nouvelle fois dénoncé les «pratiques commerciales injustes» et averti qu'elle ne «pourrait plus voler les emplois et la richesse des Américains». A propos de la Corée du Nord, il a insisté sur le fait que «les otages américains sont rentrés, les tests nucléaires ont cessé et il n'y a pas eu de lancement de missiles depuis 15 mois». «Si je n'avais pas été élu président des Etats-Unis, nous serions maintenant, je pense, en guerre avec la Corée du Nord, avec probablement des millions de morts», a-t-il osé ajouter. Comme prévu, il a annoncé la date du prochain sommet, au Vietnam, avec son homologue nord-coréen: ce sera les 27 et 28 février.  

La «quête de liberté» des Vénézuéliens

Pour le Venezuela, Donald Trump confirme le soutien des Etats-Unis à l'opposant Juan Guaido, reconnu comme président par intérim. Il a encouragé l'armée vénézuélienne à faire de même. «Nous soutenons le peuple du Venezuela dans sa noble quête de liberté», a-t-il souligné. Il n'a en revanche pas rappelé que toutes les options, y compris militaires, étaient sur la table. Mais s'est dit inquiet par «certains appels à adopter le socialisme aux Etats-Unis». «Nous sommes nés libres et le resterons. Aujourd'hui, nous confirmons que l'Amérique ne deviendra jamais un pays socialiste», a-t-il précisé. 

Après plus d'une heure et demie de discours, bien applaudi par les républicains, et avec les traditionnelles séquences émotion – des invités habilement choisis transformés en héros américains –, Donald Trump a cédé la place à la démocrate Stacey Abrams, la figure de l'opposition désignée pour lui répondre. Star montante du parti, elle n'a actuellement aucun mandat politique, mais a failli devenir la première gouverneure noire des Etats-Unis lors des récentes élections de mi-mandat. 

Quelques heures avant le discours de Donald Trump, Chuck Schumer, le chef de file de la minorité démocrate au Sénat, n'avait pas pu s'empêcher d'ironiser: «On dirait que, tous les ans, le président se réveille le jour du discours sur l'état de l'Union avec une soudaine envie d'unité. Les 364 autres jours de l'année, le président passe son temps à nous diviser.» «Nous devons choisir si nous nous définissons par nos différences ou si avons l'audace de les transcender»: Donald Trump se souviendra-t-il de cette phrase qu'il a lui-même prononcée en fin d'allocution? Réponse dans les prochains tweets présidentiels. 

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