Dans la tourmente, Jeff Sessions peut compter sur le soutien de Donald Trump. Alors que les appels à la démission du ministre de la Justice se multiplient, le président américain dénonce une «chasse aux sorcières» et accuse les services de renseignement d’être à l’origine de fuites.

Point de départ de l’affaire: Jeff Sessions a admis, contrairement à ce qu’il avait déclaré précédemment, qu’il a rencontré à deux reprises, en juillet et en septembre 2016, l’ambassadeur de Russie aux Etats-Unis, Sergueï Kislyak. Devant les réactions outrées et les pressions du camp démocrate mais aussi du côté des républicains, il a fini par se récuser dans toute enquête censée cerner la nature exacte des liens entre l’entourage de Donald Trump et les Russes. C’est donc toute l’affaire de l’ingérence russe pendant la présidentielle américaine, qui avait, selon la CIA, pour but de faire élire Donald Trump, qui remonte à la surface.

Justifier les rencontres

La ligne de défense de Jeff Sessions: les rencontres ont eu lieu bien avant qu’il soit nommé ministre de la Justice, alors qu’il n’était pas impliqué dans la campagne, et c’était son rôle de sénateur de rencontrer des diplomates. Il assure n’avoir commis aucun acte illicite pendant ces entrevues, et dit ne pas avoir menti pendant ses auditions au Congrès pour la confirmation de sa nomination. Sur Fox News, Jeff Sessions a répété jeudi soir qu’il n’avait pas parlé de la campagne électorale avec l’ambassadeur.

Dans un communiqué et sur Twitter, Donald Trump le défend, en attaquant les démocrates. Mais il admet qu’il aurait pu répondre «avec plus de précision» à propos de ses contacts russes.

Son conseiller à la sécurité nationale, Michael Flynn, a lui été contraint à la démission le 13 février, pour avoir caché des entretiens avec le même ambassadeur russe. Selon le New Yorker, Sergueï Kislyak a également rencontré, en décembre, dans la Trump Tower de Manhattan, Jared Kushner, le gendre du président. La Maison Blanche l’a confirmé.

Vendredi, Donald Trump, qui cherche à calmer le jeu, n’a pas évoqué l’affaire Sessions pendant son allocution hebdomadaire diffusée en Facebook live. En veste kaki et casquette noire, il a consacré son bref message aux forces militaires, sans la moindre allusion à la polémique.

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Important revers

Proche de Donald Trump, Jeff Sessions, 70 ans, originaire de l’Alabama, et plus particulièrement de Selma, ville connue pour la répression policière lors des fameuses Marches des militants des droits civiques en 1965, est un personnage qui divise. Ultra-conservateur, il a subi un important revers au Sénat, sa nomination, par Ronald Reagan, comme juge fédéral de la cour de district du sud de l’Alabama ayant été bloquée. C’était en 1986.

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En cause: des accusations de racisme, dont il s’est toujours défendu. Procureur fédéral en Alabama, il se serait notamment adressé à un collègue noir en le traitant de «boy». Et aurait affiché quelques sympathies pour le Ku Klux Klan. Avec le conseiller stratégique Stephen Bannon, il a inspiré la politique anti-immigration de Donald Trump, qui s’est soldée par la suspension d’un décret par la justice. Sénateur de 1997 à 2017, il s’est toujours vigoureusement opposé à toute régularisation de clandestins, y compris ceux présents depuis des décennies sur sol américain. Plusieurs de ses proches ont rejoint l’administration Trump.

Après la récusation de Jeff Sessions, les revendications en faveur d’une commission spéciale, sur le modèle de celle du Watergate, pour faire toute la lumière sur les connivences russes, reprennent de plus belle. De nombreux démocrates soupçonnent l’exécutif et leurs relais républicains de vouloir dissimuler l’affaire.