Le démocrate Joe Biden aura encore quelques couleuvres à avaler avant de devenir officiellement le 46e président des Etats-Unis, le 20 janvier à midi. Et en termes de remous, cette semaine s’annonce plutôt agitée. La féroce bataille en Géorgie, qui déterminera si le Sénat reste en mains républicaines ou bascule dans le camp démocrate, connaîtra son épisode final mardi. Mais depuis dimanche, c’est un enregistrement audio dévoilé par le Washington Post qui agite les Etats-Unis.

Un ton menaçant

Dans une conversation téléphonique de près d’une heure, Donald Trump, qui refuse toujours de reconnaître sa défaite, demande ni plus ni moins au républicain Brad Raffensperger, le secrétaire d’Etat de Géorgie, que de «trouver» les 11 780 bulletins de vote à son nom manquants pour annuler sa défaite dans l’Etat. «Il n’y a pas de mal à dire que vous avez procédé à de nouveaux calculs», lui déclare-t-il. Le président n’a jamais quitté le registre du scrutin «volé» et des «fraudes massives», alors même qu’aucune preuve d’irrégularités importantes n’a pu être apportée et que son armée d’avocats accumule les échecs devant les tribunaux. En colère, Donald Trump n’hésite pas à adopter un ton menaçant envers son interlocuteur: «Ça pourrait vous coûter très cher, de plusieurs façons.» Ce dernier, accompagné d’avocats au moment de l’appel, ne s’est pas laissé intimider. Et confirme que les résultats de l’élection, réexaminés, sont corrects. Des échanges vifs entre les deux ont par ailleurs eu lieu sur Twitter.

Le coup de fil remonte à samedi. Il démontre à quel point le président est prêt à tout pour contester la victoire de Joe Biden. L’élu démocrate Adam Schiff, un des boucs émissaires préférés de Donald Trump, a réagi de manière vive en parlant de «mépris de Trump pour la démocratie mis à nu», jugeant le contenu «potentiellement criminel». L’enregistrement audio a également semé le malaise dans les rangs républicains. L’élu Adam Kinzinger l’a qualifié d’«accablant» et appelle ses pairs à ne pas soutenir le président dans sa démarche. Sur CNN, Carl Bernstein, l’un des journalistes à l’origine de la révélation du scandale du Watergate, n’a pas non plus mâché ses mots. Il parle d’acte «criminel et subversif», qui mériterait une destitution du président. Des appels à la démission ont d’ailleurs été lancés.

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Une «manœuvre politique»

L’épisode intervient alors que la Géorgie est, ces jours, au cœur de toutes les attentions, en raison de la bataille pour les deux sièges au Sénat qui s’y déroule. Pour que le Sénat reste en mains républicaines, les deux candidats du parti doivent être élus mardi. La sénatrice Kelly Loeffler doit faire face au pugnace pasteur noir Raphael Warnock, alors que le jeune démocrate Jon Ossoff espère ravir le siège du républicain David Perdue, gagnant au premier tour. Preuve de l’importance de l’enjeu, Donald Trump sera sur place lundi. Joe Biden aussi. Future vice-présidente, Kamala Harris y était dès dimanche, principalement pour motiver l’électorat noir.

Donald Trump espère surtout que le vote du 6 janvier au Congrès, dernier acte officiel de validation des résultats de la présidentielle, puisse tourner en sa faveur. Ou du moins provoquer suffisamment de chaos pour continuer d’instiller le doute. Donald Trump n’est pas seul. Une brochette de onze sénateurs républicains, avec Ted Cruz en figure de proue, promet de semer la zizanie. Dans un communiqué commun, ils expriment leurs intentions: «Le Congrès devrait immédiatement nommer une commission électorale, avec une pleine autorité pour enquêter sur de possibles fraudes électorales.» Cette commission conduirait un «audit d’urgence de dix jours» dans les Etats où les résultats étaient serrés. Selon CNN, une centaine d’élus de la Chambre des représentants à majorité démocrate pourraient également décider de voter contre la certification de la victoire de Joe Biden.

Le président avait la semaine dernière déjà annoncé des «surprises» le 6 janvier, et des manifestants pro-Trump se préparent à défiler ce jour-là près de la Maison-Blanche. Une marche à laquelle Donald Trump devrait participer. Mais les objections qui s’exprimeront mercredi au Congrès resteront probablement sans effet. Tout au plus pourraient-elles ralentir le processus et refléter la capacité de nuisance de Donald Trump. Même Mitch McConnell, leader des républicains au Sénat, un conservateur proche du président, a cessé de le soutenir, allant, après la confirmation du collègue électoral, jusqu’à féliciter Joe Biden pour son élection. Un symbole fort. Quant à Lindsey Graham, autre fidèle de Donald Trump, il parle également de cette fronde comme ressemblant davantage à une «manœuvre politique qu’à un remède efficace».

Alors que l’élection présidentielle s’est déroulée le 3 novembre, Joe Biden a été déclaré gagnant le 7, même si plusieurs Etats procédaient encore à un recomptage des voix. Le 14 décembre, le collège électoral a confirmé la victoire du démocrate, avec 306 grands électeurs en sa faveur contre 232 pour Donald Trump. Et plus de 7 millions de voix de différence. S’il fallait une preuve de plus du caractère totalement hors norme de cette élection présidentielle, ce serait celle-là: dimanche, le Washington Post a également publié une tribune de dix anciens ministres de la Défense qui ont éprouvé le besoin de rappeler que le Pentagone et l’armée ne doivent aucunement s’immiscer dans une élection présidentielle ou un processus de transition.


Nancy Pelosi réélue présidente de la Chambre des représentants

La démocrate Nancy Pelosi a été réélue, dimanche, présidente de la Chambre des représentants des Etats-Unis, à une courte majorité, lors de la première session de travail du 117e Congrès américain. Ce sera son quatrième mandat au perchoir. A 80 ans, l’habile tacticienne, qui a été la principale opposante au président sortant Donald Trump durant les deux dernières années, a été reconduite au poste pour les deux ans à venir, malgré les réticences de certaines voix à la gauche de son parti. L’élue de Californie a obtenu 216 voix contre 209 pour son rival républicain Kevin McCarthy. Tous les élus républicains présents ont voté pour ce dernier, tandis que cinq élus démocrates n’ont pas donné leur vote à Nancy Pelosi. (AFP)