Acquitté. L'épée de Damoclès de la destitution - qui n'en était pas vraiment une - éloignée, Donald Trump peut désormais se concentrer sur sa campagne de réélection. Sans surprise, le Sénat a officiellement blanchi mercredi le président des Etats-Unis des deux chefs d'accusation, «abus de pouvoir» et «entrave à la bonne marche du Congrès», pour lesquels il était poursuivi. Les républicains ont fait bloc derrière lui. Tout sauf un: le sénateur Mitt Romney a voté avec les démocrates en faveur de sa destitution pour abus de pouvoir. 

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Un procès très politique

Très vite, Chuck Schumer, le leader de la minorité démocrate au Sénat, a parlé d'un verdict «sans valeur»: «L'histoire se rappellera d'une victoire à la Pyrrhus pour les républicains du Sénat, pour le parti républicain et pour le président Trump». Mitch McConnell, le chef de la majorité républicaine, a aussitôt réagi en dénonçant l'«erreur colossale» des démocrates, les accusant d'avoir lancé la procédure d'impeachment pour des raisons partisanes. Donald Trump a de son côté annoncé par tweet qu'il s'exprimera ce jeudi depuis la Maison-Blanche pour «évoquer la victoire de notre pays face à cet impeachement en forme de mascarade».

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Le procès qui agite le Capitole depuis deux semaines s'est déroulé au pas de charge, sans témoins ni nouveaux documents. Ce qui fait dire aux démocrates, tous en faveur de la destitution de Donald Trump, qu'il n'était qu'un «simulacre de procès». Mitch McConnell a été très clair dès le début: il voulait en finir rapidement. Les démocrates ont lancé la procédure d'impeachment en septembre. Dès le moment où le dossier est passé au Sénat pour le procès en destitution à proprement parler, il suffisait de prendre une calculatrice pour connaître le verdict. Il aurait fallu au minimum deux tiers des 100 voix pour que Donald Trump soit démis de ses fonctions. Or les démocrates ne sont que 47. Il aurait donc fallu que 20 sénateurs républicains votent contre Donald Trump. Un scénario totalement surréaliste.

C'est donc à un procès très politique auquel nous venons d'assister. Visionné par des millions d'Américains, il a mis en exergue l'extrême polarisation du Congrès et une Amérique profondément divisée. Pour les démocrates, les pressions exercées par Donald Trump sur son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky, dans le but de nuire à un de ses principaux rivaux politiques, le démocrate Joe Biden, relevaient clairement de l'abus de pouvoir. Il aurait conditionné l'octroi d'une aide militaire de près de 400 millions de dollars à Kiev à l'ouverture d'une enquête sur les Biden.

L'effet boomerang

Les démocrates sont-ils les grands perdants de l'histoire? Nancy Pelosi, la présidente de la Chambre des représentants, avait longuement hésité à déclencher la procédure d'impeachment, consciente que l'exercice serait vain. Pire, que le boomerang pourrait se retourner contre eux. Mais les démocrates ont finalement décidé de prendre ce risque, évoquant un «devoir moral». Donald Trump sera désormais à jamais le troisième président américain, après Andrew Johnson en 1868 et Bill Clinton en 1998, à avoir été jugé lors d'un procès en destitution, Richard Nixon ayant démissionné avant. Son mandat restera associé à cet événement, historique.

Le procès va-t-il néanmoins peser sur ses chances de réélection? Difficile à dire. Pour l'instant, ce sont plutôt les démocrates qui sont en difficultés. Ils se remettent à peine de la gabegie survenue lors des caucus de l'Iowa, un moment pourtant important puisque l'Etat du Midwest est le premier à voter, et donc à ouvrir le bal des primaires en vue de l'investiture démocrate. Donald Trump, qui n'a cessé de dénoncer une «chasse aux sorcières» orchestrée par les démocrates, semble en fait plutôt gagner des points. Son taux de popularité n'a jamais été aussi élevé depuis le début de son mandat. Selon un récent sondage de l'institut Gallup, il récolterait 49% d'avis favorables. Mardi soir, c'est sur un ton confiant qu'il a vanté ses «très bons résultats économiques», lors son discours sur l'état de l'Union. 

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Ce procès a démontré qu'il peut, quoiqu'il fasse, compter sur un soutien sans faille de républicains. Seul Mitt Romney, adversaire malheureux de Barack Obama à la présidentielle de 2012, a osé s'ériger contre lui. Le mormon a, très ému, justifié son vote en faveur de la destitution en évoquant sa «foi» et sa «conscience». Quant aux démocrates, ils sont déterminés à continuer à démontrer les fautes commises par Donald Trump dans l'«affaire ukrainienne». L'élu démocrate Jerry Nadler n'exclut pas que John Bolton, ex conseiller à la sécurité nationale limogé par Donald Trump, soit auditionné à la Chambre des représentants. Les sénateurs n'ont pas voulu l'entendre pendant le procès. 

Habituellement très digne, la speaker Nancy Pelosi ne décolère pas. Elle relève dans un communiqué que Donald Trump reste «une menace pour la démocratie américaine» et qualifie le président et Mitch Connell de «voyous». «Le président et les républicains du Sénat ont banalisé le non respect de loi», estime-t-elle. Mardi soir, à la fin du discours sur l'état de l'Union, elle avait déchiré la copie que lui avait donné Donald Trump, de façon ostentatoire. Un geste très remarqué.