Etats-Unis

Pourquoi Donald Trump peine à constituer son équipe

Sur les 563 nominations à des postes-clés qui doivent être avalisées par le Sénat, seules 18 ont pour l’instant été confirmées. Le président américain s’en prend aux démocrates, qui ralentissent le processus. Mais le problème est aussi ailleurs

Donald Trump a annoncé samedi le limogeage de 46 procureurs fédéraux nommés par Barack Obama, dont le coriace Preet Bharara, bête noire des banquiers suisses. Il fait le ménage, pousse des procureurs à la démission, mais, et c’est là que le bât blesse, peine à constituer sa propre équipe. Sur les près de 4000 personnes qu’il doit nommer pour former son administration, il en resterait encore près de la moitié à trouver. Ce qui fait de Donald Trump, s’accordent à dire plusieurs médias américains, le président le plus en retard à ce stade du mandat, après George H. W. Bush en 1989.

L’annonce de samedi a surpris par le nombre des procureurs visés. Chuck Schumer, le chef de la minorité démocrate au Sénat, s’en est ému sur Facebook. «En demandant la démission immédiate de l’ensemble des procureurs en place, sans attendre que ceux-ci aient été remplacés, voire même que les noms de leurs futurs remplaçants soient connus, le président interrompt les enquêtes et les dossiers en cours, et il entrave le bon déroulement de la justice», a-t-il écrit. Preet Bharara, qui supervise le district sud de l’Etat de New York, Manhattan inclus, avait pourtant reçu l’assurance du président américain qu’il pourrait rester en fonction. L’homme s’est bâti une réputation en incarnant notamment le combat contre la délinquance en col blanc et grâce à ses coups de filet dans le milieu de la mafia new-yorkaise.

Le mauvais score de George Bush père

Réputé pour sa fameuse phrase «You’re fired!» quand il animait encore une émission de téléréalité, Donald Trump se débarrasse de l’héritage Obama, mais fait face à certaines difficultés. Sur ses 4000 nominations, 1200 environ doivent être avalisées par le Sénat. Le Washington Post tient un décompte précis: au 13 mars, sur les 553 nominations à des postes-clés (ministres, responsables d’agences, ambassadeurs…) nécessitant la confirmation du Sénat, seuls 18 l’ont obtenue. 24 nominations sont en attente et 511 personnes n’ont pas encore été choisies.

Après un mois de présidence, Donald Trump avait nommé 33 personnes à des postes-clés, contre 42 pour Barack Obama, 22 pour George W. Bush et 27 pour Bill Clinton. Mais pendant cette même période, le Sénat n’en a confirmé que 14, contre 28, 19 et 25 pour ses prédécesseurs. Il faut remonter à George Bush père, en 1989, pour trouver un score plus mauvais, avec uniquement 10 nominations confirmées le 20 février.

Une des raisons de ce retard est liée au comportement des démocrates au Sénat, où ils disposent de 48 sièges sur 100. Donald Trump dénonce une «politique de l’obstruction» et les accuse d’avoir sciemment ralenti le processus, en prolongeant les auditions de ses candidats. Lundi après-midi, c’est le porte-parole de la Maison Blanche, Sean Spicer, qui s’en est à nouveau pris aux démocrates, en rappelant que Donald Trump tiendrait la première réunion avec son cabinet, avec quatre chaises vides. Le cas de Betsy Devos, choisie par Donald Trump comme ministre de l’Education, est emblématique. Deux sénatrices républicaines ont fini par voter contre elle, et ce n’est que grâce à la voie prépondérante du vice-président Mike Pence que sa nomination a pu être confirmée. Elle peut désormais se targuer d’être la ministre la plus mal élue des Etats-Unis.

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Le psychodrame de l’affaire Flynn

Donald Trump a aussi dû faire face à des défections. Andrea Puzder, PDG d’une chaîne de fast-food, pressenti pour le poste de secrétaire au Travail, a retiré sa candidature, après des révélations sur sa vie privée. Il risquait d’être recalé au Sénat: plusieurs républicains s’apprêtaient à voter contre lui. Plus grave, le président américain avait été contraint quelques jours plus tôt à se séparer de son conseiller à la sécurité nationale Michael Flynn, empêtré dans l’affaire russe.

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Agacé par l’attitude des démocrates, Donald Trump a aussi sa propre stratégie. Début mars, il a ainsi déclaré à Fox News que tous les postes au sein de l’administration fédérale ne devaient pas nécessairement être reconduits. Il veut chasser les doublons, réduire l’appareil étatique, et défend régulièrement son équipe qui travaille «merveilleusement bien». S’il s’est concentré sur les nominations de ses ministres, il semble moins pressé de repourvoir des postes au sein de certains départements, comme celui des Affaires étrangères. Il n’a pas caché qu’il comptait augmenter les dépenses militaires de 54 milliards de dollars au détriment des autres ministères. Il aurait particulièrement les Affaires étrangères et l’agence de l’environnement dans le viseur.

Des errements

Le Département d’Etat et ses 70 000 employés ont d’ailleurs été confrontés à un exode massif de ses hauts fonctionnaires avant l’entrée en fonction du nouveau chef de la diplomatie américaine. Donald Trump a demandé aux ambassadeurs à l’étranger de quitter leur poste le jour même de son investiture, le 20 janvier. Ces changements sont courants lors d’alternances présidentielles. Les départs auraient toutefois la plupart été précipités.

Postes vacants, absence de stratégies, communication déficiente, les critiques s’accumulent sur Donald Trump. Après sept semaines de pouvoir, le président américain accuse un retard important, soulignait à son tour, lundi, le New York Times. Agences fédérales et offices se retrouvent la plupart dans une sorte d’état comateux, avec des chefs provisoires – quand ils ne sont pas carrément fantômes –, dont le pouvoir n’est pas clairement défini. Avec le risque d’avoir des conséquences sur la gestion de dossiers sensibles.

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