Le Parti républicain était en pleine crise tout au long du week-end alors que Donald Trump doit affronter dimanche dans la nuit sa rivale démocrate Hillary Clinton lors du second débat télévisé de la présidentielle américaine diffusé depuis St-Louis dans le Missouri.

Une vidéo diffusée vendredi par le Washington Post n’en finit pas d’interroger sur la personnalité du candidat républicain. Datant de 2005, elle montre une scène dans laquelle le milliardaire new-yorkais, qui avait 59 ans à l’époque, se vante en des termes très crus de pouvoir obtenir les faveurs sexuelles de n’importe quelle femme, profitant de son statut de star.

Grande perte de soutien au sein du parti

Le document n’aurait pu être que le énième épisode des outrages commis par Donald Trump. Mais il va cette fois au-delà car il illustre, estiment les plus critiques, en particulier les femmes, l’archétype du «prédateur», de celui qui abuse les femmes. Ce sentiment est renforcé par un article publié voici une semaine par Associated Press qui décrit les comportements et propos déplacés de Donald Trump dans les coulisses de l’émission de téléréalité «The Apprentice» qu’il a animée de 2004 à 2014 sur NBC.

C’est sans précédent dans une campagne présidentielle. Samedi soir, ils étaient déjà près d’une quarantaine de congressistes et gouverneurs républicains à déclarer qu’il ne pouvait pas soutenir le candidat officiel des républicains à la Maison-Blanche. A leurs yeux, ils serait impossible de justifier un tel choix devant leurs enfants. D’autres républicains exhortent Donald Trump à mettre un terme à sa campagne présidentielle et à laisser son vice-président Mike Pence le remplacer. Une hypothèse que l’intéressé rejette catégoriquement, arguant qu’il n’a jamais abandonné le moindre combat dans sa vie. Pratiquement et juridiquement, un retrait serait d’ailleurs difficile, le vote anticipé ayant déjà commencé dans certains Etats.

Tension entre Trump et son colistier Mike Pence

Jusqu’ici, les républicains ont pourtant été très peu nombreux à s’opposer à celui qui a éliminé seize autres adversaires lors des primaires et remporté le vote de 14 millions d’Américains. Fin connaisseur de la politique américaine et contributeur au «New York Magazine», Frank Rich n’a pas hésité à parler de moment «Vichy» pour qualifier la lâcheté du camp républicain face à Donald Trump.

En ce sens, John McCain, sénateur de l’Arizona est emblématique. Il s’était fait insulter par Donald Trump qui ne le considérait pas comme le héros du Vietnam que l’Amérique voit en lui parce qu’il s’était fait capturer par le Viêt-minh. En difficulté dans son propre Etat pour se faire réélire en novembre, il a néanmoins fini par soutenir le candidat présidentiel par «respect» pour les règles du parti. Aujourd’hui, il fait machine arrière: «Le comportement de Donald Trump apparu cette semaine […] rend impossible un soutien même conditionnel à sa candidature.»

Au même titre que Melania Trump, l’épouse du candidat, le colistier de Donald Trump, l’ultraconservateur et très religieux Mike Pence est furieux. Samedi, il a appelé le milliardaire new-yorkais pour le sommer de s’excuser des propos graveleux qu’il a tenus il y a onze ans. «Nous prions pour sa famille et nous espérons qu’il saisira l’opportunité de faire parler son cœur quand il s’adressera au pays (dimanche soir, lors du débat télévisé).» Preuve qu’il y a de l’eau dans le gaz entre les deux: Mike Pence a laissé à Donald Trump la responsabilité de gérer la crise et a déjà agendé plusieurs événements cette semaine sans les coordonner avec le New-Yorkais.

Excuses postées sur Facebook

Donald Trump ne s’attendait pas à de telles réactions, lui qui avait déjà fait défier sans grandes conséquences les règles régissant habituellement les campagnes présidentielles. Samedi, il paraissait cependant sonné. Il n’a tenté qu’une très brève sortie devant des militants remontés contre l’assaut des médias américains. Pour la première fois, il s’est excusé dans une vidéo postée sur Facebook, mais les critiques n’ont pas jugé ces excuses sincères.

En fin de message, le candidat républicain a expliqué que Bill Clinton n’avait pas mieux agi envers les femmes et que Hillary Clinton avait «intimidé» les victimes abusées par celui qui était président des Etats-Unis dans les années 1990.

Possible tournant dans la campagne

A Washington, beaucoup pensent qu’il s’agit d’un tournant à l’image de la caméra cachée qui avait révélé les propos offensants du candidat républicain Mitt Romney par rapport aux 47% d’Américains qui vivaient, selon lui, au crochet de l’Etat et qui étaient inféodés au Parti démocrate.

Convaincre les femmes, les indépendants et les universitaires sera désormais une tâche ardue. Auprès des électeurs de Trump en revanche, le scandale n’aura sans doute pas ou très peu d’impact. Selon un sondage Politico/Morning Consult réalisé après la diffusion de la vidéo, seuls 12% des républicains sondés estiment que leur candidat doit abandonner la course à la Maison-Blanche.


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