En chef de clan, Donald Trump a toujours cherché à se défaire des accusations de népotisme. Or voici qu’il songerait à accorder le pardon à trois de ses enfants, Donald Jr., Eric et Ivanka, ainsi qu’à son beau-fils, Jared Kushner. Selon le New York Times, qui affirme que son avocat personnel Rudy Giuliani pourrait également bénéficier d’une grâce présidentielle, Donald Trump aurait eu des discussions à ce sujet avec des experts juridiques.

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Des grâces «préventives»

Qu’un président en fin de mandat décide d’accorder des grâces est presque devenu une tradition, un privilège présidentiel. Avant de quitter la Maison-Blanche, Bill Clinton a par exemple procédé à 140 grâces et 36 commutations de peine, non sans avoir provoqué un scandale et choqué à la fois démocrates et républicains. Le financier Marc Rich, qui avait fui en Suisse en 1983 avant d’être inculpé pour fraude fiscale, a fait partie de ceux qui ont bénéficié de la clémence de Bill Clinton au dernier jour de sa présidence.

Le démocrate a également agi en faveur de son beau-frère, l’avocat Hugh Rodham, accusé d’avoir reçu 400 000 dollars pour notamment commuer la peine d’un trafiquant de cocaïne, et de son demi-frère, Roger Clinton, condamné pour trafic de drogues en 1985.

Que Donald Trump songe à sa famille n’est donc pas une première. En revanche, ce qui frappe dans les intentions du président républicain, qui refuse par ailleurs toujours d’accepter sa défaite, c’est qu’il s’agirait de grâces «préventives». Du jamais vu.

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Donald Trump Jr. et les Russes

Donald Trump craindrait que le futur ministre de la Justice sous la présidence Biden cherche à nuire à sa famille. Donald Trump Jr. a été inquiété par le procureur spécial Robert Mueller lors de l’enquête sur l’ingérence russe dans la présidentielle de 2016, mais sans jamais avoir été inculpé. Il a notamment organisé une rencontre avec une avocate russe, qui aurait déclaré posséder des informations compromettantes sur Hillary Clinton, alors rivale de Trump dans la course à la Maison-Blanche. Donald Jr. gère aujourd’hui la Trump Organization avec son frère Eric. Ce dernier a récemment été auditionné par la justice new-yorkaise pour soupçons de malversations financières.

Jared Kushner, qui officie comme conseiller à la Maison-Blanche, a, lui, notamment fourni de fausses informations aux autorités sur ses contacts à l’étranger lors du processus pour bénéficier d’une habilitation de sécurité. Ce qui serait reproché à Ivanka reste en revanche plus flou.

L’avocat en chef grassement payé

Rudy Giuliani, de son côté, est l’avocat en chef qui incarne les accusations de fraude électorale généralisée. Celui qui, à la tête d’une équipe de juristes, a eu pour mission de contester la victoire de Joe Biden dans différents Etats américains. Il serait payé près de 20 000 dollars par jour. Le New York Times affirme qu’il a eu une discussion avec Donald Trump à propos d’une grâce pas plus tard que la semaine dernière.

Ses relations d’affaires avec l’Ukraine, la pression exercée sur le président ukrainien pour qu’il enquête sur Hunter Biden, le fils de Joe Biden, ainsi que son rôle dans l’éviction de l’ambassadrice américaine à Kiev sont au cœur des attentions.

En juillet, Donald Trump a déjà commué la peine de son ancien conseiller Roger Stone, impliqué dans l’affaire russe. Le dernier en date à avoir bénéficié de sa grâce est Michael Flynn, son ancien conseiller à la sécurité nationale, lui aussi inculpé par rapport à l’élection présidentielle de 2016 pour avoir menti au FBI. C’était mercredi dernier.

Une enquête pour corruption

Donald Trump pourrait également chercher à s’auto-pardonner. Ou alors à démissionner pour que son vice-président, Mike Pence, lui succède avant le 20 janvier, et lui accorde une grâce présidentielle. Lundi, Sean Hannity, l’un des principaux animateurs de Fox News, l’a clairement invité à «se gracier et à gracier toute sa famille, si jamais Biden devenait président».

Le Ministère de la justice a par ailleurs ouvert cet été une enquête sur un système de corruption présumé qui impliquerait des financements de campagne électorale afin d’obtenir une grâce du président. Le document révélé lundi ne contient aucun nom visible – même pas celui de Donald Trump –, tous ayant été caviardés. L’affaire impliquerait notamment un riche donateur et un homme qui se trouve actuellement en prison.