Charlie Brotman, 89 ans, est dépité et triste. Il était la voix de tous les défilés organisés lors des investitures présidentielles depuis Dwight Eisenhower, en 1957. Il en a fait onze. Et voilà qu’un jour il reçoit un e-mail des services de Donald Trump, qui lui dit que c’est terminé. «Je me suis senti comme si Mohamed Ali m’avait donné un coup dans l’estomac. J’ai pensé que j’allais me suicider», a-t-il déclaré à CNN. Charlie Brotman doit se faire une raison: il sera remplacé par un certain Steve Ray, qui a été commentateur pour une équipe de baseball de Washington. Et devra se contenter d’un statut honorifique, pour autant qu’il l’accepte.

A part la voix des parades qui change, beaucoup d’autres points restent encore à finaliser pour la 58e cérémonie d’investiture placée sous le slogan «Make America Great Again!», qui consacrera officiellement Donald Trump à la tête des Etats-Unis. Mais voici déjà ce qu’on peut en dire, alors que le président élu doit faire face à une polémique sans précédent sur ses supposées accointances avec Moscou. Si le jour J, l'«Inauguration Day», est bien le 20 janvier, les festivités se déroulent en fait sur trois jours. Le 19 janvier, une première cérémonie aura lieu, le matin, dans le cimetière national d’Arlington avec le dépôt d’une couronne de fleurs, suivie d’un concert de bienvenue dans le National Mall, parc public au cœur de Washington, en présence du président élu Donald Trump et de son vice-président Mike Pence.

«Je jure solennellement…»

Le lendemain, le 20, un service religieux prendra place à la cathédrale. La prestation de serment aura lieu vers midi, après un bref entretien avec Barack Obama. Plus de 250 000 tickets ont été distribués par le Congrès pour assister à la cérémonie devant le Capitole. Donald Trump prononcera la phrase «Je jure solennellement de remplir fidèlement les fonctions de président des Etats-Unis, et, dans toute la mesure de mes moyens, de sauvegarder, protéger et défendre la Constitution des Etats-Unis», la main gauche posée sur la Bible. Un texte que tous les présidents américains ont prononcé depuis George Washington en 1789.

Si tout va bien, il ne prêtera le serment qu’une seule fois, alors que son prédécesseur l’a fait quatre fois en tout. En 2009, Barack Obama a dû prêter serment une deuxième fois en raison d’une erreur de phraséologie du président de la Cour suprême John Roberts. Et lors de sa réélection en 2012, c’était pour des questions de calendrier: le 20 janvier tombait sur un dimanche. Il a donc dû prêter serment le jour J pour respecter la Constitution, mais il a répété son geste le lendemain pour des raisons pratiques.

Les Rockettes et une chanteuse de 16 ans

Après la prestation de serment, c’est l’heure de la marche présidentielle, sur l’avenue Pennsylvania, qui relie le Capitole à la Maison-Blanche. Près de 8000 personnes devraient y participer. Un grand concert aura ensuite lieu au Lincoln Memorial, avec notamment les Rockettes et ses danseuses façon french cancan, une célèbre troupe qui se produit toujours en novembre et décembre au Radio City Hall de New York. La venue des Rockettes – elles avaient déjà dansé pour les cérémonies d’investiture de George W. Bush en 2001 et 2005 – a créé la polémique, après un message outré de l’une d’elle: la maison mère a fini par déclarer que les danseuses étaient chacune libre d’y participer ou pas. Donald Trump a essuyé les refus de plusieurs personnalités. C’est finalement la jeune chanteuse Jackie Evancho, 16 ans, ex-candidate de l’émission «America’s Got Talent», qui entonnera l’hymne national. Barack Obama avait, lui, recouru à Aretha Franklin en 2009 et à Beyoncé en 2013.

Puis place au bal. Trois bals, en fait: deux sur invitation au Washington Convention Center, et le troisième avec les services armés au National Building Museum. Pour clore ces festivités, une nouvelle cérémonie religieuse aura lieu le 21 janvier. C’est ce jour-là également qu’est prévue la «Women’s March on Washington», marche de protestation des femmes. Des manifestations sont attendues dans plusieurs villes du pays. Ce samedi, une marche, présidée par le révérend Al Sharpton, a déjà eu lieu pour défendre les minorités et les migrants. Elle a rassemblé plusieurs milliers de personnes. Et le jour J, le groupe DisruptJ20 (Désorganiser le 20 janvier) tentera, annonce-t-il, de semer la pagaille en bravant les services de sécurité.

Lire aussi: Femmes en colère contre Donald Trump

Trois anciens présidents présents

Em ce qui concerne les invités de marque, trois des quatre anciens présidents américains encore en vie seront présents: Jimmy Carter, 92 ans, George Bush et Bill Clinton. Sans oublier, bien sûr, Barack Obama. George Bush père y renonce pour des questions de santé.

Le discours présidentiel sera écrit par Stephen Miller, un jeune Californien qui a déjà signé celui prononcé à la convention du parti républicain de Cleveland. Selon certaines indiscrétions, il devrait s’inspirer de celui de Ronald Reagan qui, en 1981, avait affirmé que les Etats-Unis étaient «confrontés à un mal économique de grande ampleur». Donald Trump a pour priorité de lancer une révolution fiscale pour relancer la croissance et créer de l’emploi.

Lire aussi: Donald Trump expérimente le protectionnisme fiscal

Polémique autour de la récolte de fonds

Une fondation a été mise sur pied pour récolter des fonds pour ces journées. Au cœur d’une polémique en raison de la présence des deux fils aînés Trump dans son comité directeur alors qu’elle proposait de pouvoir participer à une soirée en petit comité avec Donald Trump pour… un million de dollars, elle s’est soudain faite plus discrète. Les fils ont décidé de sortir de la fondation, censée reverser les fonds à des œuvres caritatives.

Si Donald Trump et son équipe peaufinent encore les détails de ces trois jours de cérémonie dans un contexte des plus tendus, d’autres sont bien décidés à y ajouter leur grain de sel. Des militants de la «DC Marijuana Coalition» qui défendent la légalisation du cannabis vont par exemple distribuer 4200 joints pendant la prestation de serment du président. S’il est légal à Washington de faire pousser du cannabis chez soi (mais pas plus de six plants) depuis février 2015, de posséder au maximum 56 grammes et d’en distribuer, il n’est pas autorisé de fumer dans l’espace public. Mais certains sont prêts à braver cet interdit. C’est leur manière à eux de «saluer» leur nouveau président.


Lire également: