Budget

Donald Trump pris au piège de son mur avec le Mexique

Le président des Etats-Unis promet de fermer une partie de l’administration s’il n’obtient pas les financements pour son projet de clôture à la frontière mexicaine

La construction d’un «mur» sur la frontière avec le Mexique avait été la promesse de campagne la plus spectaculaire de Donald Trump en 2016. Deux ans plus tard, elle revient le hanter et souligner son affaiblissement.

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Le temps est compté pour le président des Etats-Unis, qui a prévu de quitter Washington le 21 décembre pour passer les fêtes de fin d’année dans son club de luxe de Mar-a-Lago, en Floride. Il n’a plus que quelques jours pour obtenir du Congrès les 5 milliards de dollars qu’il demande pour au moins amorcer la construction de cet ouvrage controversé.

Son conseiller politique Stephen Miller, le gardien d’une ligne dure sur l’immigration, l’a assuré le 16 décembre, l’exécutif fera «tout ce qui est en son pouvoir pour bâtir le mur», quitte à provoquer «en dernier ressort» un arrêt d’une partie du gouvernement fédéral (shutdown).

Faute d’un accord sur le budget de neuf des quinze départements fédéraux, dont celui de la sécurité intérieure, qui supervise les frontières, ces derniers stopperont leurs activités par manque de fonds à partir du 21 décembre. La menace ne concerne pas la défense, la santé ou les anciens combattants, dont les budgets ont été adoptés dès le mois de septembre, mais elle vise tout de même environ 800 000 fonctionnaires.

Rapport de force défavorable

Recevant le 13 décembre à la Maison-Blanche les responsables démocrates du Congrès – Nancy Pelosi (Chambre des représentants, Californie) et Chuck Schumer (Sénat, Etat de New York) –, Donald Trump a campé sur ses exigences alors que ses interlocuteurs, qui contestent la nécessité et l’efficacité d’une telle construction, se sont refusés à lui accorder plus de 1,3 milliard de dollars. Sous le regard des caméras, le président s’est montré incapable de faire fléchir ses interlocuteurs.

Il a assuré qu’en cas d’échec, il serait alors «fier de mettre à pied le gouvernement au nom de la sécurité des frontières». «J’en prendrais la responsabilité», a-t-il ajouté, alors que le vice-président, Mike Pence, chargé des contacts avec le Congrès, restait impassible à ses côtés. Les deux élus démocrates ont considéré cet engagement comme un piège que Donald Trump s’est tendu à lui-même compte tenu de l’impopularité des shutdowns.

Le rapport de force n’est, de plus, pas à son avantage, car il ne dispose pas des votes pour obtenir satisfaction. Au Sénat, sa majorité ne tient pour l’instant qu’à une voix, alors qu’il lui en faudrait neuf de plus pour éviter une impasse. Le 3 janvier, avec la prise de fonction des élus issus des élections de mi-mandat, les républicains y seront certes en meilleure position avec une majorité accrue (53 sièges au lieu de 51), mais la Chambre des représentants basculera, elle, dans le camp démocrate.

Miracle de Noël

Pour l’instant, les élus républicains du Congrès ne se montrent guère enthousiastes à l’idée d’un shutdown. Le patron de la majorité républicaine du Sénat, Mitch McConnell (Kentucky), a dit espérer «un miracle de Noël» après la rencontre infructueuse du 13 décembre et il a plaidé, lundi 17 décembre, en faveur d’un «esprit de collaboration bipartisan» assez éloigné de la tonalité de la Maison-Blanche.

Contrairement au projet de loi en faveur d’une politique pénale moins répressive, qui a bénéficié lundi du soutien de tous les élus démocrates lors d’un vote indicatif, l’immigration reste un sujet particulièrement clivant. Au début de l’année, une tentative d’accord entre sénateurs démocrates et républicains a ainsi été torpillée par la Maison-Blanche.

Promesse de campagne très populaire

Et une nouvelle fois, Donald Trump semble faire le choix de sa base. En effet, 78% des électeurs qui revendiquent appartenir à l’aile dure du Parti républicain estiment que sur cette question, le président des Etats-Unis ne doit rien céder, y compris au prix d’un shutdown, alors que 57% de la totalité des électeurs interrogés plaident au contraire en faveur d’un compromis, selon un sondage de l’Institut Marist publié le 13 décembre.

Cette bataille pour le financement du «mur» met en évidence les limites de la parole présidentielle. Elle souligne tout d’abord la vacuité d’une promesse de campagne très populaire auprès des électeurs de Donald Trump selon laquelle le Mexique allait payer pour cette construction.

Le président a tenté de l’entretenir, il y a une semaine, en assurant sur son compte Twitter que le nouvel accord de libre-échange conclu avec les deux voisins des Etats-Unis est selon lui «tellement meilleur» que «du fait de l’argent que nous avons gagné, LE MEXIQUE PAIE».

Ce traité, qui doit recevoir l’aval du Congrès, n’est pourtant toujours pas entré en application et ses conséquences financières ne seront pas mesurables avant longtemps. Le président ne cesse d’assurer en outre que la construction du «mur» a déjà commencé alors que les moyens octroyés jusqu’à présent par le Congrès n’ont permis que de renforcer des sections déjà existantes.

Aveu d’impuissance

Une paralysie partielle du gouvernement constituerait enfin un aveu d’impuissance de la part d’un homme arrivé à la Maison-Blanche en assurant être le seul capable de remettre en état de marche l’Etat fédéral. Un sondage de la chaîne NBC et du Wall Street Journal rendu public le 17 décembre montre d’ailleurs que seule la base du président (35% des personnes interrogées) considère qu’il a apporté à Washington «le bon changement»; 43% pensent le contraire et 20% jugent qu’il n’en a apporté aucun.

En l’absence de tout compromis le 21 décembre, les élus du Congrès pourraient gagner du temps en adoptant un financement temporaire des départements fédéraux concernés comme ils l’ont fait depuis trois mois. Il nécessiterait cependant l’aval du président, qui semble l’exclure pour l’instant. Cette mesure conservatoire ne ferait par ailleurs que renvoyer à plus tard l’échéance.

Nancy Pelosi aura retrouvé entre-temps le poste de speaker (présidente) de la Chambre des représentants, qu’elle a déjà occupé de 2006 à 2010. Et la joute du 13 décembre avec Donald Trump a montré combien elle pouvait se montrer redoutable.

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