Etats-Unis

Donald Trump prive les pauvres de 1700 milliards de dollars

Le Budget 2018 proposé par le nouveau président américain fait la part belle aux dépenses militaires, ampute le Secrétariat d’Etat et prévoit d’importantes coupes dans des programmes sociaux et éducatifs. Il ne sera pas validé tel quel par le Congrès

Ils sont 44 millions d’Américains à avoir reçu, en 2016, des «food stamps», des coupons alimentaires qui leur permettent d’alléger leur fin de mois. Cela pourrait bientôt être fini. Présenté mardi, le projet de Budget 2018 ficelé par l’équipe de Donald Trump prévoit des coupes importantes – 1700 milliards de dollars sur dix ans – dans les programmes d’aide sociale pour les plus démunis. Les bons alimentaires, qui représentent 272 milliards, sont sur la sellette. Des coupes de l’ordre de 193 milliards sont envisagées.

Suite logique de la volonté d’abroger l’Obamacare, Medicaid, l’assurance maladie pour les pauvres, a également du plomb dans l’aile: elle pourrait être amputée de 800 milliards de dollars et menacer dix millions d’Américains. L’organisation de planning familial Planned Parenthood est aussi en danger. Donald Trump a également dans le viseur des programmes éducatifs et de soutien pour des étudiants de familles modestes, et veut s’en prendre à des projets pour personnes handicapées.

«Cruel» et «dévastateur»

Mais les bénéficiaires de ces aides ont encore de l’espoir: tel que prévu, le Budget 2018 cuvée Trump a très peu de chance de passer la rampe au Congrès. Un compromis devra être trouvé d’ici au 30 septembre, fin de l’année fiscale 2017. Nancy Pelosi, cheffe de file de la minorité démocrate à la Chambre des représentants, n’hésite pas à qualifier ce plan de «cruel» et «dévastateur pour les familles».

Pour son pendant au Sénat, Chuck Schumer, il s’agit ni plus ni moins d’une «violation colossale et flagrante de la promesse faite aux travailleurs américains». Pour lui, Donald Trump «tourne le dos aux Américains de la classe ouvrière», ceux-là mêmes qui l’ont aidé à remporter la présidentielle.

Ces coupes visent à compenser une augmentation de 10% du budget de la Défense sur un an, soit 54 milliards de dollars en plus. Une somme à laquelle s’ajoutent 2,6 milliards supplémentaires pour le contrôle des frontières et de l’immigration, et 1,6 pour la construction du mur entre le Mexique et les Etats-Unis. Ce dernier point, qui constitue une des principales promesses de campagne de Donald Trump, est très contesté. Les démocrates refusent de cautionner un plan qui prévoit le moindre sou pour le mur, alors que Donald Trump a toujours déclaré de son côté vouloir faire payer les Mexicains. Il a notamment menacé de ponctionner les près de 25 milliards de dollars que les migrants mexicains envoient chaque année à leurs familles.

Signe de la bataille qui s’annonce au Congrès, ses leaders ne sont, le 1er mai, parvenus à éviter la paralysie budgétaire que de justesse. Les démocrates avaient obtenu gain de cause: l’accord garantissant le financement de l’Etat fédéral jusqu’au 30 septembre 2017 ne mentionnait pas le moindre dollar pour la construction du mur. Ils n’ont aucune raison de changer d’avis avec le Budget 2018.

Un congé parental de six semaines

Donald Trump, qui table sur une croissance économique à 3% et vise un retour à l’équilibre, envisage par contre, grâce à l’impulsion de sa fille Ivanka, un congé parental de six semaines entièrement payé. Coût estimé: 19 milliards de dollars sur dix ans.

Le directeur du Budget de la Maison Blanche, Mick Mulvaney, a tenu à rassurer en soulignant que les grandes lignes de la sécurité sociale ne sont pas touchées. Medicare, l’assurance maladie pour les plus de 65 ans, est épargnée, de même que le système des retraites. «Ce que nous avons fait, c’est essayer de ne pas retirer le filet de sécurité aux personnes qui en ont besoin, mais plutôt de trouver s’il y a des personnes qui n’en ont pas besoin, qui doivent retrouver le chemin du travail», a-t-il déclaré.

Mais les réactions fusent. Pour Robert Greenstein, le président du «Center on Budget and Policy Piorities» basé à Washington, «ce nouveau budget enterre définitivement l’idée que Donald Trump entend prendre soin des millions de personnes que l’économie a laissées sur le bas-côté». D’après une étude du Pew Research Center qui remonte à 2013, 55% des Américains ont déjà perçu des aides sociales gouvernementales d’au moins un des six principaux programmes fédéraux au cours de leur vie.

Une absence remarquée

C’est la première fois depuis l’ère Reagan qu’un projet de budget s’en prend aussi massivement à des programmes sociaux. D’autres victimes boiront également la tasse: l’Agence de protection de l’environnement, subira une baisse de 31,4% de ses fonds (-2,6 milliards). Et comme prévu, Donald Trump veut tailler dans les ressources allouées à la diplomatie (-29,1% sur 54 milliards) et réduire la contribution américaine aux organisations internationales.

Pour espérer mieux faire passer la pilule, Donald Trump avait déjà annoncé le 27 février dernier les grandes lignes de son projet, dont la «hausse historique» de l’enveloppe destinée à la Défense alors que les Etats-Unis disposent déjà du budget militaire le plus important du monde. Il correspond à environ 3,3% du produit intérieur brut. Selon l’institut suédois Sipri, les dépenses militaires américaines s’élevaient à 611 milliards de dollars en 2016, plaçant ainsi les Etats-Unis nettement devant la Chine (215 milliards), la Russie (69,2 milliards) et l’Arabie saoudite (63,7 milliards)

Mardi, l’absence de Donald Trump, en voyage à l’étranger, pour la présentation de son Budget 2018, était critiquée. Comme s’il ne lui accordait pas trop d’importance, conscient qu’il sera passablement amendé au Congrès.

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