Donald Trump a deux empires à gérer: la première puissance mondiale et son empire financier. Avec des risques de conflits d’intérêts évidents s’il continue à percevoir des bénéfices de transactions passées avec des entités en mains de gouvernements étrangers. Ou à profiter de sa fonction pour obtenir des avantages. Le débat fait rage aux Etats-Unis. Et, déjà, le président élu est accusé d’avoir utilisé ses premières rencontres avec des dirigeants et représentants étrangers pour faire avancer ses projets immobiliers.

Le 12 novembre, il a profité d’un entretien avec Nigel Farage, le patron du parti indépendantiste britannique UKIP, pour lui demander un «petit service», selon les révélations de son bras droit: s’opposer à un projet de parc éolien en Ecosse situé trop près de l’un de ses golfs. Trois hommes d’affaires indiens sont également venus le voir à la Trump Tower, entre deux rendez-vous politiques pour constituer son cabinet. Donald Trump entretient des liens d’affaires avec un magnat de l’immobilier, membre du parti du peuple indien. Troisième exemple, l’Argentine. Selon la Nacion, le milliardaire aurait demandé au président argentin de l’aide lié à l’un de ses projets immobiliers. Une information démentie par les services de Mauricio Macri. Lundi, Donald Trump s’est étonné, sur Twitter, que «la presse malhonnête» fasse «toute une affaire» du fait qu’il a «des intérêts dans des biens partout dans le monde, ce qui était connu avant l’élection».

Pour balayer les accusations de conflits d’intérêts, il avait déclaré qu’il était prêt à déléguer la gestion de son conglomérat financier, la Trump Organization, à un «blind trust», une entité financière indépendante. Problème réglé? Pas vraiment. Car il en a pour l’instant confié les rênes à ses enfants, qui occupent une influence grandissante à ses côtés. Ivanka, sa fille préférée, et son mari Jared Kushner, ont jusqu’ici été omniprésents lors de ses rencontres avec des dirigeants étrangers. Donald Trump ne paraît pas s’embarrasser d’une certaine confusion des genres. Il semble même la mettre en exergue. La Trump Tower, d’ailleurs, la symbolise à elle seule: c’est à la fois l’endroit où il vit, le siège de son conglomérat financier et le QG de son équipe de transition chargée de former son nouveau gouvernement. Hommes d’affaires et politiciens s’y croisent dans les ascenseurs, dans un va-et-vient incessant.

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Ces conflits d’intérêts vont-ils parasiter son action politique? La Constitution américaine n’interdit pas au président de continuer à gérer ses activités économiques. Mais il existe bien une clause, «Emoluments Clause», qui précise qu’il ne doit pas «accepter de cadeaux, d'émoluments, de fonction ou de titre, de quelque espèce, de la part d’un roi, d’un prince ou d’un gouvernement étranger». Sauf si le Congrès y consent. Le New York Times rappelle que Barack Obama avait, sur la base de cette clause, consulté le département de la Justice pour savoir s’il pouvait accepter le Prix Nobel de la paix décerné en 2009. La réponse était oui, le prix étant attribué par un comité indépendant du gouvernement norvégien.

Rien à voir avec le cas Donald Trump, qui pèse 3,7 milliards de dollars selon Forbes. Son empire comprend des chaînes d’hôtels, de restaurants et de golfs, implantés dans 18 pays, parmi lesquels l’Arabie Saoudite. Il aurait près de 700 millions de dollars de dettes, et le «Wall Street Journal» a rappelé que la Deutsche Bank lui a prêté près de 2,5 milliards de dollars depuis 1998. L’opacité qu’il entretient autour de sa fortune – il a toujours refusé de rendre public ses déclarations d’impôts – ne fait qu’augmenter les doutes quant à sa volonté de dissocier politique et affaires.