«C’est une soirée très triste pour le pays.» Ancien collaborateur de Barack Obama, Van Jones n’avait pas de mots assez forts mercredi soir à l’issue du troisième et dernier débat présidentiel pour dénoncer les propos de Donald Trump. Face à la démocrate Hillary Clinton, le candidat républicain à la Maison-Blanche a osé l’impensable. Il a confirmé qu’il n’était pas prêt à reconnaître le résultat de la présidentielle le 8 novembre, à supposer qu’il ne la gagne pas. «Je me pencherai sur la question le cas échéant.» La phrase a provoqué un séisme outre-Atlantique. Pour la première fois, un candidat à la Maison-Blanche remet en question la fiabilité du processus électoral.

Le milliardaire new-yorkais entonne la même antienne depuis plusieurs jours, soulignant que l’élection est truquée. Même son colistier Mike Pence, qui a peut-être des ambitions présidentielles en 2020, s’est senti obligé de contredire Donald Trump, précisant qu’il reconnaîtrait le verdict des urnes. Une série de gouverneurs républicains est aussi montée au créneau ces derniers jours pour remettre le candidat présidentiel dans le rang, considérant son attaque contre le système électoral comme une attaque contre la démocratie américaine.

Jouer avec la confiance des électeurs dans le processus des urnes peut vite devenir très dangereux. Avec une once de mauvaise foi, les porte-parole du républicain ont rappelé, sur les plateaux de télévision, que le démocrate Al Gore avait fait la même chose en 2000. Or la situation était totalement différente, les autorités de Floride ayant automatiquement demandé un recomptage des votes. Al Gore avait attendu avant de décider de son propre gré de dire qu’il avait perdu, pour le bien du pays.

Donald Trump, une «marionnette de Poutine»

Pour reprendre pied dans une campagne électorale où les accusations d’agressions sexuelles formulées par neuf femmes sont en train de saper les chances du républicain d’accéder au Bureau ovale, Donald Trump aurait dû livrer une excellente performance mercredi soir à Las Vegas. Il n’y est pas parvenu. Selon un sondage réalisé peu après le débat par CNN/ORC, la démocrate l’a remporté pour 52% des sondés contre 39% pour le républicain. En termes de sincérité, 47% estiment que Trump était sincère contre 46% pour Clinton.

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Hillary Clinton l’a poussé dans les cordes en le décrivant comme une «marionnette de Poutine». Elle a cherché à éviter de parler du contenu des courriels publiés par WikiLeaks, se focalisant sur ce que ces fuites représentent. «Le gouvernement russe commet de l’espionnage contre l’Amérique et ses institutions», a-t-elle souligné. «Donald Trump va-t-il condamner la Russie? […] Il l’a encouragée à espionner.» Le républicain qui avait reçu des compliments du maître du Kremlin a précisé qu’il ne connaît pas Vladimir Poutine qui «n’a aucun respect» pour Hillary Clinton et le président Barack Obama, a-t-il martelé. La réplique de la démocrate fut cinglante: Donald Trump «préfère croire Vladimir Poutine que les dix-sept agences» de renseignement américain qui ont confirmé que les cyberattaques ayant mené aux révélations de WikiLeaks avaient été menées avec l’aval des autorités russes.

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Malmenée sur sa fondation

Hillary Clinton a été malmenée par le modérateur Chris Wallace, de Fox News, au sujet de la fondation Clinton et des possibles conflits d’intérêts qui ont pu se présenter quand elle officiait en qualité de secrétaire d’Etat. C’était sans doute l’un des meilleurs passages du républicain qui demandait à sa rivale si la fondation en question était prête à restituer un don de plusieurs millions de dollars à l’Arabie saoudite, qui est loin de respecter les droits des femmes dont la démocrate s’est fait la championne.

Sur la question de l’avortement, les deux candidats étaient aux antipodes. Sommé de répondre clairement à la question de savoir s’il souhaiterait que la Cour suprême maintienne à l’avenir l’arrêt historique Roe vs Wade de 1973 qui légalisa l’avortement à l’échelle fédérale, Donald Trump a balbutié avant de déclarer que si trois nouveaux juges devaient être nommés par lui-même, l’arrêt serait abrogé. Hillary Clinton, consciente de pouvoir creuser l’écart dans les sondages auprès de l’électorat féminin démocrate et républicain, a, au contraire, défendu vigoureusement le maintien de l’avortement.

Contrairement au républicain, elle a appelé à un renforcement de la régulation sur les armes à feu, estimant qu’il est possible de respecter le second amendement de la Constitution autorisant le port d’une telle arme tout en durcissant la législation en la matière. Le républicain, soutenu par la National Rifle Association, le puissant lobby des armes, a, au contraire, déclaré qu’il ferait tout pour soutenir le second amendement.

Les contrastes se sont creusés

Hillary Clinton a eu quelques répliques susceptibles de résonner encore quelques jours. Critiquant son adversaire au sujet des impôts fédéraux sur le revenu qu’il ne payerait pas en raison d’une grosse perte de 950 millions de dollars mentionnée dans sa déclaration d’impôt, elle a relevé que nombre des onze millions de clandestins vivant aux Etats-Unis paient davantage d’impôts fédéraux que le milliardaire.

En matière de libre-échange, Donald Trump a répété un message qui passe bien auprès d’une frange de l’électorat préoccupé par les effets négatifs de la globalisation. Il a redit qu’il déchirerait l’accord de libre-échange de l’Alena signé par Bill Clinton en 1993 et conclu avec le Canada et le Mexique. Ou il le renégocierait. Il a rappelé les incohérences d’Hillary Clinton à propos du Partenariat transpacifique, un traité de libre-échange conclu par l’administration Obama avec onze autres pays de la région Asie-Pacifique représentant 40% du commerce mondial. La démocrate avait qualifié le TPP d’«étalon or» du commerce. Mise sous pression par le «démocrate socialiste» Bernie Sanders lors des primaires, elle a fini par changer d’avis pour refuser le TPP. La démocrate a toutefois ironisé au sujet des «larmes de crocodile» de son rival au sujet de la Chine qui volerait des emplois américains, rappelant que le milliardaire new-yorkais avait employé des ouvriers d’aciéries chinoises pour ses constructions et non des ouvriers américains.

Le modérateur Chris Wallace n’a pas omis une question à propos du caractère présidentiel des deux candidats. Il a demandé à Donald Trump pourquoi il estimait que les neuf femmes qui viennent de dénoncer des agressions sexuelles commises par le républicain auraient inventé des faits. La réponse fut catégorique: les accusations d’abus sexuels ne sont, selon lui, que pure fiction. Hillary Clinton ne s’est pas privée de sauter sur l’occasion pour montrer que les multiples épisodes où Donald Trump aurait eu un comportement inapproprié ne sont pas des incidents isolés. C’est un «état d’esprit».

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Le candidat républicain a montré une propension à diviser les Américains en refusant de s’excuser auprès d’un journaliste handicapé qu’il a imité, de parents musulmans d’un soldat américain tué en Irak qu’il a critiqués ou auprès d’un juge américain né de parents mexicains qui serait incapable de traiter de manière équilibrée le cas de la Trump University accusée de fraude.