Lu ailleurs

Et si Donald Trump rendait le monde plus stable?

Le caractère erratique du président américain pourrait forcer ses adversaires à être plus prudents – au moins à court terme, selon l’essayiste américain Fred Kaplan, dans une tribune publiée par Slate. Du temps de Nixon, on appelait cela la «Madman theory»…

Des paroles aux actes, Donald Trump ne s’embarrasse que peu de la constance. Et cette dose «d’imprévisibilité» exaspère. D’abord ceux qui commentent la politique américaine. Puis les acteurs politiques, alliés et adversaires de son administration et des Etats-Unis. Ce caractère «impulsif», «motivé par des stimuli aléatoires et des sautes d’humeur plutôt que par une étude attentive ou des principes à long terme» pourrait paradoxalement provoquer une certaine stabilité dans des régions en crise dans le monde, observe dans une tribune publiée par le site Slate l’essayiste Fred Kaplan.

Le finaliste du prix Pulitzer s’appuie pour son propos sur une comparaison du nouveau locataire de la Maison-Blanche avec son prédécesseur des années 1970, Richard Nixon, dont il partagerait les fluctuances. Celui-ci avait demandé à son conseiller politique Henry Kissenger de prévenir les Vietnamiens qu’il était «fou». Cette théorie, «The Madman theory», pariait sur la crainte d’une réaction imprévisible et irrationnelle du président américain pour tenir en respect les leaders hostiles du bloc communiste.

Les Vietnamiens n’ont pas mordu à l’hameçon, observe Fred Kaplan. Pour ces derniers, «quelles que soient les nombreuses excentricités que Nixon avait affichées dans un quart de siècle de sa vie publique, ce n’était pas un fou, du moins pas de cette façon». Alors que Trump, lui, est vraiment perçu comme «erratique, imprévisible, enclin à des explosions de violence détachées d’une politique cohérente».

Se calmer devant le fou

S’il n’y a aucune certitude sur l’adoption de la «Madman Theory» par Donald Trump, Fred Kaplan estime cependant que son «comportement pourrait avoir l’effet que Nixon souhaitait». Des leaders mondiaux comme Vladimir Poutine ou Xi Jinping, déboussolés par l’humeur instable du chef d’Etat américain, pourraient subitement devenir plus prudents. Que la Chine ait récemment renvoyé une cargaison de charbon venant de Corée du Nord pour montrer sa désapprobation des essais nucléaires de son allié pourrait illustrer ce revirement.

Mais l’essayiste ne parie pas sur une action à long terme de cet effet calmant. Et de citer à nouveau les revirements brusques de Donald Trump. Il a beau avoir promis une politique qui placerait les intérêts nationaux au-dessus, il vient de larguer 56 missiles sur une base militaire en Syrie. Chantre de «l’America First», Trump n’aurait pas supporté l’attaque au gaz mortel de la ville rebelle de Khan Cheikhoun, attribuée à Bachar al Assad le 4 avril. En conséquence, la relation avec Moscou, principal allié du leader syrien, qu’il souhaitait «chaleureuse», a empiré.

Indépassable prédictibilité

Or les Etats-Unis «prospèrent […] en étant garants du système» géopolitique mondial qu’ils ont contribué à créer à la fin de la Seconde Guerre mondiale et en assurant «la sécurité» de ses membres explique le journaliste. De ce fait, «un président américain doit paraître fiable. Il existe une place pour une ambiguïté stratégique, mais pas pour l’incertitude».

L’autre risque de cette éventuelle «Madman theory» est que des alliés ne sachent plus à quoi s’attendre des États-Unis. Situation qui risque «d’éroder» l’influence des USA s’ils vont jusqu’à créer des alliances alternatives ou «se tourner vers d’autres pour leur sécurité».

Au-delà de la «Madman theory» revisitée, et autrement plus inquiétant, Fred Kaplan insiste enfin sur la fragilité d’une politique américaine soumise aux convictions de ceux qui, sur le court terme, ont l’occasion de faire bonne impression sur Donald Trump. Il n’a fallu à Xi Jinping que «10 minutes», de l’avis même du président de la première puissance nucléaire mondiale, pour lui faire «réaliser» que résoudre la crise nord-coréenne n’était pas aussi «facile» qu’il ne le pensait. Et que, si la Chine a une influence certaine sur Kim Jong-un, «ce n’est pas ce qu’on pense». L’occasion de rappeler que le nouveau président n’a toujours pas repourvu des centaines de postes au Département d’Etat.

Relire: Le département d’Etat américain, un grand désert anxieux depuis l’arrivée de Donald Trump

Publicité