Diplomatie

Donald Trump repart de Pékin les mains vides

Alors qu’il avait juré de faire plier la Chine sur la Corée du Nord et de l’obliger à ouvrir son économie, le président américain n’a obtenu aucune concession de la part de Xi Jinping. Un signe de la puissance nouvelle accumulée par l’Empire du Milieu

Le président américain, Donald Trump, s’est entretenu jeudi durant plusieurs heures à Pékin avec son homologue chinois, Xi Jinping, sous les ors du Palais de l’Assemblée du peuple. Au cours de sa première visite officielle dans ce pays, il a pris un ton particulièrement conciliant envers son hôte, contrastant avec son habituelle verve anti-chinoise. «Mes sentiments envers vous sont extrêmement chaleureux, lui a-t-il dit, après avoir été accueilli dans la matinée par un orchestre militaire et des coups de canon cérémoniels. Nous allons accomplir de grandes choses ensemble.»

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Plus réservé, Xi Jinping s’est contenté d’évoquer une coopération «win-win» et «un nouveau départ» pour la relation bilatérale entre les deux pays. Ce dernier «perçoit cette visite comme une occasion de démontrer à ses concitoyens et au reste du monde que la Chine fait désormais partie des grandes puissances et n’est plus le partenaire junior des Etats-Unis», note Scott Kennedy, un expert de la Chine au Center for Strategic & International Studies.

Cela a un impact sur la relation entre les deux pays. «Ce sont les Etats-Unis qui se retrouvent désormais dans la position du quémandeur face à Pékin», fait-il remarquer. De son côté, la Chine ne se sent plus obligée de faire des concessions aux Américains.

Prudence chinoise face à Pyongyang

Cette dynamique nouvelle s’est exprimée sur le dossier nord-coréen, au centre des discussions. «J’appelle toutes les nations à cesser d’armer, de financer et même de commercer avec ce régime meurtrier, a déclaré le président américain. Nous sommes à court de temps, nous devons agir vite et j’espère que la Chine agira plus vite et plus efficacement» que tous les autres pays. Toujours aussi laconique, Xi Jinping a répondu que Pékin souhaitait voir la crise résolue «par le dialogue et la négociation».

Concrètement, le président américain «aimerait que la Chine cesse entièrement les exportations de pétrole vers la Corée du Nord et empêche les banques chinoises de participer aux flux financiers vers ce pays», explique Scott Kennedy. Le président chinois cherche à l’inverse à préserver le statu quo. «Il ne veut pas aller au-delà des sanctions décrétées par les Nations unies et veut à toux prix éviter un effondrement du régime de Pyongyang», précise Suisheng Zhao, le directeur du Centre pour la coopération sino-américaine de l’Université de Denver.

Juste avant la visite de Donald Trump, Xi Jinping a opéré une réconciliation surprise avec la Corée du Sud, après des mois de tensions liées au déploiement par Séoul d’un bouclier antimissiles américain. Il cherche ainsi à empêcher les Etats-Unis de bâtir une alliance régionale avec la Corée du Sud et le Japon contre le régime staliniste.

Alliance pour contenir Pékin?

Conscients que les équilibres régionaux sont en pleine redéfinition, Donald Trump et ses conseillers n’ont cessé ces derniers jours d’invoquer l’émergence d’une «région indo-pacifique libre et ouverte». Ce concept, hérité de l’officier naval du XIXe siècle Alfred Thayer Mahan, implique la création d’une alliance entre les Etats-Unis, le Japon, l’Australie et l’Inde pour contenir la montée de la Chine.

Cette révérence nouvelle envers l’homme fort de Pékin a également imprégné les négociations sur les échanges commerciaux entre les deux pays. La relation d’affaires entre la Chine et les Etats-Unis «est malheureusement à sens unique actuellement», a déploré le président américain. Mais il a aussitôt mis de l’eau dans son vin: «Je ne blâme pas la Chine. Qui peut blâmer un pays qui est parvenu à profiter d’un autre Etat pour le bénéfice de ses citoyens?»

Le déficit du commerce extérieur entre les deux pays s’est élevé à 347 milliards de dollars l’an passé, en faveur de la Chine. «Pour contrebalancer ce déséquilibre, le président Trump veut que les entreprises américaines bénéficient d’un accès accru au marché chinois, notamment dans le secteur financier, qui est actuellement très fermé», note Suisheng Zhao. En août, Washington a ouvert une enquête sur les «transferts de technologie forcés» imposés aux entreprises américaines souhaitant s’implanter en Chine.

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Des accords commerciaux pour calmer Washington

«Donald Trump veut aussi mettre le holà sur les importations d’acier et de ciment bon marché depuis la Chine, assimilées à du dumping car elles bénéficient des subventions de l’Etat», précise-t-il. Fin octobre, les Etats-Unis ont imposé de lourdes taxes à l’importation sur l’aluminium chinois. Ils envisagent de le faire aussi pour les panneaux solaires.

Face à ces accusations, Xi Jinping n’a rien cédé jeudi. Pour calmer Donald Trump, qui s’est rendu à Pékin en compagnie de 29 CEO des plus grandes entreprises américaines, il a en revanche annoncé des accords commerciaux d’une valeur de 253 milliards de dollars, dans des domaines aussi divers que l’aviation, l’élevage bovin ou les puces informatiques. Boeing et Qualcomm font partie des grands gagnants.

Donald Trump devait encore assister dans la soirée à un banquet officiel. La veille, il a eu droit à une visite privée de la Cité interdite en compagnie de son épouse Melania, assortie d’une performance de l’Opéra de Pékin.

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